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I.OCIS DE HONGRIE

Après un règne de cinq siècles, la ligne des Piast s'éteignit en Pologne avec la mort de Kasimir le Grand, qui, comme on l'a vu précédemment, avait eu soin de faire assurer, lorsqu'il vivait encore, la couronne sur la téte de son neveu Louis , roi de Hongrie (*).

Il existait néanmoins des héritiers plus directs de la race des Piast, notamment le petit-fils de Kasimir I er , Kasimir duc de Stettin , le duc de Mazovie, Ziémowit, et celui deKuiavie, Wladislas le Blanc; mais le sénat, pour éviter tout conflit entre ces divers compétiteurs, se décida en faveur de Louis.

Wladislas le Blanc, qui avait revêtu le froc , quitta l'habit monacal et tenta, bien à deux reprises de ravir le

(*) Charles Robert, roi de Naples, acquit, au moyen de son union avec Marie, tille d'Éliennc V, roi de Hongrie, le droit de succéder à ce dernier. Louis était tils de Charles et d'Elisabeth , princesse polonaise, fille de Wladislas I.okîélek et sœur par conséquent de Kasimir I' r .

sceptre à Louis; mais, battu les deux fois, il se retira définitivement en France, à Dijon, où il mourut. On y voit encore de nos jours son tombeau

Louis, surnommé le Grand par les Hongrois , en souvenir de ses campagnes d'Italie, fut un souverain remarquable pour eux ; mais la Pologne ne lui doit nulle œuvre utile ou de prospérité. Loin de là ; et ayant , par suite de dispositions soupçonneuses, placé dans chaque ville des terres russiennes une garnison hongroise , il amena l'incorporation illégale de la Russie rouge a la Hongrie : fait passager, sur lequel le gouvernement autrichien fonda, en 1772, ses prétentions à posséder la Galicie.

Durant ce règne, l'état nobiliaire grandit encore en puissance et acquit d'immenses concessions et privilèges, que Louis lui accorda , afin d'obtenir en échange des grands la descendance à la couronne polonaise pour les femmes de sa famille. A cet effet, les biens royaux furent prodigués, et les starostes purent exercer en toute sécurité les vexations les plus exorbitantes dans la perception des impôts, à tel point que les nobles eux-mêmes durent se révolter contre ces oppresseurs privilégiés.

Louis mourut (1382) après un règne de quarante années en Hongrie et de douze en Pologne.

. LA REINE HÉOVIGE.

La mort de Louis donna l'éveil à tous les prétendants au trône , et on vit se mettre alors sur les ranes Sieismond de Brandebourg; le fils de "empereur d'Allemagne Charles IV, époux de Marie , la fille aînée de Louis ; le duc de Mazovie Ziémowit , et une foule d'autres. Cet état de choses devenant dangereux pour le pays, les Polonais formèrent une confédération ou réunion des États, laquelle prit le nom de kapiur ( capuchon ) , en signe de tristesse et de deuil; et ce fût la l'origine des tribunaux de kaptur, qui siégèrent depuis cette époque dans les

L'UNIVERS

interrègnes. Tout bien considéré, la confédération acquiesça aux désirs de la reine Élisabeth , veuve de Louis de Hongrie , et finit par donner la couronne polonaise à la princesse Hédvige, sa fille cadette. Maisdeux années s'écoulèrent auparavant l'arrivée de la reine en Pologne, car Elisabeth, tant par des calculs personnels que pour ne pas se séparer aussitôt d'Hédvige , retardait sans cesse son départ. Enfin les vœux de la nation furent exaucés, et la nouvelle souveraine parut à Krakovie, où elle fut couronnée par l'archevêque de Gnèzne, Bodzanta.

L'éclat du trône la toucha peu d'abord, car il la ravissait à l'objet de ses affections, Guillaume, duc d'Autriche, auquel son père Louis l'avait fiancée de son vivant. De nombreux concurrents ne tardèrent pas à briguer la main de la jeune et belle reine; Guillaume accourut alors secrètement à Krakovie, et compliqua encore les embarras de la situation, en influant sur les décisions de la princesse.

De son côté, le parti national secondait les prétentions de Ziémowit, prince de «la race des Piast, et épris d'Hédvige. Mais bientôt apparut un rival redoutable , qui enleva tous les suffrages, moins celui d'Hédvige. Jagellon, grand-duc de Lithuanie, de Kiiow et des pays situés sur le Dniéper, offrit avec sa main la réunion de ses domaines à la Pologne, et s'engageait à embrasser, lui et tous ses sujets , la foi chrétienne. Cette conversion promise, désirée si ardemment par la cour de Rome et pour laquelle elle avait déjà répandu tant de sang, fit que le clergé polonais appuva de son influence entière une telle alliance.

Tout fut mis en avant , les vœux de la noblesse et les acclamations du peuple; mais Hédvige était femme et reine, et elle refusa longtemps d'approuver un hymen qui I enchaînait à un prince étranger, aux mœurs rudes et sauvages. On employa alors pour la contraindre les moyens les plus violents : une garde entoura le château et eut ordre d'empêcher les entrevues de la princesse avec son amant Guil-

laume , qui savait dépister tontes les tentatives des autorités à l'effet de découvrir sa retraite. Exaspérée par de semblables mesures et voulant revoir une dernière fois au moins celui qu'elle aimait, la reine arracha la hache d'un des gardes et s'ouvrit un passage; mais si l'arme du guerrier n'avait pu tenir lieu de barrière salutaire, la croix du Seigneur produisit ce résultat : cédant aux instances des prêtres et des nobles accourus près d'elle, Hédvige se résigna enfin au sacrifice qu'on lui demandait.

En ajoutant par son mariage une nouvelle possession à la Pologne, celle de la Lithuanie, la reine Héavige mérita la reconnaissance durable de ses sujets. Le lien qui unit alors les deux Etats se resserra de plus en plus pendant les règnes suivants, et aujourd'hui encore leur espoir le plus vif de renaissance repose sur cette imposante confraternité.

WLAMSI.AJ JJLGELLOW.

Accompagné de ses frères Witold et Borys, Jagellon se rendit à Krakovie, et la il reçut le baptême sous le nom de Wladislas. Il fut sacré eu outre, comme roi de Pologne, par l'archevêque Bodzanta, et signa les pacta conr venta^ qui prononcèrent Yunionin dissolubfe des deux nations polonaise et lithuanienne; ils garantissaient aussi tous les privilèges de la noblesse- Cette union forme une époque bien distincte dans l'histoire de la Pologne.

Basée sur la religion et conseillée par la politique ainsi que par les sympathies réciproques, elle résista aux intrigues des factions étrangères durant plusieurs siècles; le partage même de la Pologne, en détachant d'elle par la force des armes le grand-duché de Lithuanie , n'a pu étouffer dans l'esprit des provinces spoliées le besoin d'une jonction qui assurait à la Pologne ce vaste cercle dont les extrémités

touchaient, d'une part, aux sources ainsi l'exemple de la douceur et de (a de la Dzwina, du Dnieper, de la Wis- bienfaisance, emblèmes touchants de la tule et de l'Oder, et, de l'autre, au foi qu'on lui apportait pour son salut, littoral de la Baltique et de la mer On éteignit le feu sacré, znicz, en- Noire, tretenu jusque-là avec soin dans les Certainement un tel accord eut as- temples païens , et les autels des faux suré la puissance du nouvel Etat et dieux furent remplacés par de nomson influence sur le reste de l'Europe, breuses églises chrétiennes , qui relesi Jagellon avait eu le génie nécessaire vèrent des évéchés de Wilna et de Sapour diriger ses destinées, en sachant mogitie. opposer aux influences ennemies la mo *t d'hédt,... trempe d un esprit vigoureux. Mais dès

le début il prouva qu'il n'était point à 1399. Pendant que Jagellon diri-

la hauteur de sa position importante, geait l'expédition de Lithuanie contre

car il confia impolftiquement les rênes Witold , qui harcelait cette province

de la Lithuanie à son frère Skirgiel- avec l'aide des secours teutoniques

lo, détesté des Lithuaniens pour ses fournis par le grand maître Conrad

cruautés et son esprit pervers ; puis Wallenrod , les Hongrois envahirent

il les lui retira bientôt et les remit à les terres russiennes. Sans perdre un

son eousin Witold, qui était allé cher- instant, Hédvige, qui comptait alors

cher du secours près des chevaliers à peine dix-huit ans , réunit des trou-

teutoniques. De pareilles concessions pes et prend leur commandement, puis

de pouvoir, faites pour contenter les livre bataille près de Przemysl (1390), "

vues ambitieuses de sa famille, pro- bat les Hongrois, enlève plusieurs

duisirent durant tout le règne de Ja- places d'assaut, négocie avec les au-

gellon des troubles et des guerres , qui très , et fait rentrer sous la domination

empêchèrent le développement coin- polonaise les villes de Léopol , Halicz,

plet de la puissance nationale. Trembowla , etc. ; bref, grâce à son

courage, la Russie rouge entière est

reconquise.

Dans les temps bien rares de paix 1387. Conformément aux pacta con- et de sécurité, Hédvige s'occupait de venta jurés à son avènement au trône , favoriser le développement des sciences Wladislas Jagellon convoqua une as- et des lettres. Entre autres fondations, semblée à Wilna, où il se rendit avec elles lui durent la création à Prague, son épouse Hédvige, afin d'y pronon- en Bohême, d'un collège pour les Pocer l'abolition de l'idolâtrie. Mais lonais et les Lithuaniens ; l'université bien loin de recourir aux mesures de Krakovie reçut aussi de la reine si barbare* de l'Ordre Teutonique des dons considérables, lors de la conversion des Prussiens Le moment si vivement désiré par idolâtres, que ces moines guerriers toute épouse fidèle approchait enfin avaient vraiment baptisés l'epée à la pour Hédvige ; et quand Jagellon lui main, Wladislas n'emplova que les proposa de faire faire pour le nouveaumoyens de la persuasion. Des prêtres né espéré un berceau en or, tout orné polonais enseignèrent l'Evangile dans de riches pierreries , elle répondit motoute sa pureté , tandis que Jagellon destement : « J'ai renoncé depuis longet Hédvige prêchaient eux-mêmes les « temps aux vanités de ce monde ; Dieu

croyances saintes , remettant à tous « a bien voulu m'accorder le bonh

ceux qui demandaient le baptême des « d'être mère, je lui en rends grâce;

habillements d'étoffe blanche. On vit « mais mon humilité lui sera plus

la belle souveraine parcourir le pays « agréable que tous ces signes de luxe

entier, et distribuer à un peuple sau- « et d'orgueil humain (*). •

vage, couvert de peaux d'animaux , du »

linge et des vêtements. Elle lui offrait (*) Dingos* , Hittori*

Ses espérances ne furent malheureusement pas exaucées : elle accoucha d'une fille qui ne vécut que trois jours , et, une semaine plus tard, Hédvige expirait elle-même à l'dge de vingthuit ans.

La noble et belle figure de cette princesse apparaît comme un divin rayon de soleil à travers la sévère teinte de cette époque, si féconde en faits politiques eten retentissements guerriers.

A toutes les vertus qui peuvent faire l'ornement d'une femme bonne, aimante , Hédvige joignait le courage et la résolution d'une héroïne. Jagellon eut après elle d'autres épouses, mais il la regretta sans cesse; son souvenir ne le quittait jamais, et, au lit de mort, il prononçait encore le nom d'Hédvige.

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