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INTRIGUES DE ROME. DÉFAITE DE WARNA

L'omnipotence ecclésiastique commençaitdéjà, vers ce temps, à s'effacer devant l'influence des nobles et des, autres séculiers. Le monopole des lumières, si longtemps l'un des apanages du cierge, cessait; et la cour de Home, tant par ses fautes renouvelées que par ses exigences, voyait décroître peu à peu sa suprématie sur les provinces lointaines. JNomhre d'incidents semblèrent agir presque simultanément pour produire un tel résultat. Ce furent d'abord la translation du siège apostolique à Avignon, les schismes des années suivantes, puis la lutte des deux papes Eugène IV et Félix V avec l'empereur Louis de Bavière, les dissensions des franciscains , les querelles théologiques agitées au sein des conciles, et enfin l'issue violente de quelques-unes de ces assemblées religieuses, entre autres celle du concile de Constance , en 1413, où Jean Husset Jérôme de Prague furent brilles vifs.

Le légat Césarini ayant réussi , comme nous l'avons vu, à gagner la con-

fiance de Wladislas III, aborda la partie secrète de sa mission , qui regardait les affaires de la Turquie.

Par suite des conquêtes musulmanes, l'empire grec se trouvait réduit à ne plus posséder que sa capitale Byzance et les contrées environnantes; aussi dans leur détresse les Paléologues implorèrent-ils l'appui du saint-siége, qui exigea leur adhésion à l'Eglise latine (*).

Ce point convenu, le pape songea luimême à remplir ses promesses ; mais les monarques européens demeurèrent, pour la plupart, sourds aux appels descendus de la chaire romaine. Le seul Wladislas, poussé par le cardinal Césarini , résolut d'attaquer les musulmans , et il eut pour auxiliaire dans cette périlleuse entreprise le brave palatin de Transylvanie Huniade. Après quelques combats aux chances variées, une paix de dix années fut arrêtée, le 15 juillet 1444, à Szgedin. Mais cela ne remplissait pas le but du pape; et, peu soucieux des avantages que cette paix offrait aux Hongrois et aux Polonais, pressés de retourner dans leur pays menacé par les Tatars , le souverain pontife réussit, toujours grâce à l'entremise de Césarini, a faire promettre quelques jours plus tard à Wladislas que le traité serait déchiré.

Des auxiliaires bourguignons et vénitiens furent promis, et Huniade se laissa également séduire par l'espoir de posséder la Bulgarie avec le titre de roi. On rompit donc la paix jurée solennellement sur l'Évangile.

Cette fois les armées se rencontrèrentprès de Warna (14 14), et, au direde tous les historiens, une lutte des plus acharnées eut lieu en cet endroit. Malgré la supériorité numérique des troupes musulmanes, qui comptaient quarante mille hommes , tandis qu'on en

(*) Celle union des deux rils grec el romain fut proclamée, en 1439, au concile de Florence, malgré l'opposilion d'une foule de prélats grecs. l e métropolite de Kiiow, Izidor, adhéra à celte décision et en l raina par son exemple toutes les Kussies polonaises; mais la Moskovie protesta et conserva le rit grec. ( J. Lelewel, Histoire de* rois et priuces polonais.)

voyait dix mille seulement de l'autre côté, la vaillance de Wladislas et les sages dispositions de Huniade l'eussent emporté, si le roi, entraîné par son courage et combattant comme un simple soldat, n'eût eu son cheval tué sous lui. Il fut haché aussitôt err morceaux par les janissaires , et sa mort devint le signal d'une déroute générale. L'armée polonaise fut taillée en pièces; le cardinal Césarini, les évéques d'Erlau et de Groswaradin périrent sous les yatagans turcs, et Huniade parvint à peine à se sauver de cet affreux carnage. La tête de Wladislas fut portée en triomphe par les musulmans , enivrés de leur victoire.

Telle fut l'issue d'une guerre entreprise contre le gré du pays , et dans laquelle le saint-siége ne tint aucune de ses promesses. En outre des guerrie/s tués, la Pologne perdit à Warna les archives de la couronne, qui se trouvaient dans les bagages du roi.

Cette défaite amena la chute de l'empire grec et l'établissement des Turcs sur le Bosphore. Des vassaux de la Lithuanie, les Tatars de Pérekop, passèrent sous leur domination, dont devint également tributaire le commerce de la mer Noire. De leur coté , la Moldavie et la Valachie se virent menacées d'une invasion imminente.

Durant sa puissance de dix années , Wladislas le Varnénien avait régné sur quatre États slaves : la Pologne, la Lithuanie, les terres russiennes et la Hongrie.

RAStMIR. IT.

Pendant longtemps les Polonais ne voulurent pas ajouter foi à la mort de Wladislas III, dont ils chérissaient le caractère chevaleresque. Attendant toujours son retour, ce ne fut que lorsqu'ils eurent vu la Hongrie procéder à une nouvelle élection et choisir Wladislas, fils posthume de l'empereur Albert, qu'ils se décidèrent à offrir la couronne au second fils de Jagellon , Kasimir. Celui-ci, attaché à la Lithuanie où il avait été élevé, hésita longtemps, et n'accepta le sceptre (1447)

L'UNIVERS

qu'après un interrègne de trois années.

Sans doute il eût moins balancé, s'il s'était mis sur les rangs quelque candidat redoutable , et la Pologne n'eût pas été à la merci de chances polit i-

3 ues qui devaient enfanter plus tard es résultats déplorables ; mais il était dans la destinée de ce rovaume de ne jamais rencontrer, aux époques difficiles et importantes , des princes dignes de lui. Tout contribuait à granair son influence et à consolider son pouvoir, excepté le génie de ses souverains.

De toutes parts les frontières du pays s'étendaient. L'évéque de Krakovie avait acheté, en 1443, le duché de Siéwierz ; Zator et Oswiecim, acquis aussi, mais un peu plus tard, reconnurent Kasi mi r pour souverain, tandis que l'extinction des ducs de Plock lui valut l'héritage de cette principauté ; une partie de la Silésie rentra' sous l'ancienne domination polonaise; enfin la Prusse, comme nous allons le dire, devint une des provinces de la Pologne. Mais de ce rare concours de circonstances propices , le roi ne sut tirer, dans sou incapacité, que des résultats peu satisfaisants, sinon désastreux par la suite. Ses querelles mesquines avec le clergé et la noblesse, ainsi que sa partialité envers la Lithuanie, dont il toléra les dissensions avec la Pologne , semèrent le règne de ce prince aembarras, et encouragèrent les prétentions de l'oligarchie, devenue de plus en plus oppressive pour le peuple, qui se vit enlever, pièce à pièce, toutes les franchises et garanties que lui avait accordées Kasimir le Grand.

ïiait£ si

1454-1466. Dans le même temps que les Ottomans établissaient leur puissance au midi, et que l'infortuné empereur Constantin Paléologue, digne d'un meilleur sort, succombait glorieusement à la prise de Byzance, la Prusse se préparait à subir une commotion, qui devait amener avec elle

l'anéantissement de la puissance teutonique, déjà bien ébranlée par la bataille de Grunwald. Cette défaite avait détruit une partie du prestige attaché jusque-là aux armes de l'Ordre, que l'introduction du christianisme en IÂthuanie et en Samogitie rendait désormais tout à fait inutile. Poussée à bout par les mauvais procédés de l'empereur Frédéric, et indignée de tous les crimes honteux dont les chevaliers se rendaient coupables journellement, la noblesse prussienne invoqua la protection de la Pologne. Kasimir exauça ses vœux , et décréta que les terres prussiennes feraient, à 1 avenir, partie intégrante de la république polonaise , les droits de celle-ci lui devenant communs. La Prusse se vit divisée en quatre palat mats, savoir ceux de Dantzig, d'Elbing, de Kœnigsberg et de Thorn.

Ce. fut dans cette dernière ville que Kasimir reçut en grande pompe, le 37 mai 1454 , les serments de fidélité de ses sujets les Prussiens, et il recouvra ainsi la jouissance d'une province qui appartenait légitimement à la Pologne depuis le règne de Boleslas le Grand.

Les chevaliers teutoniques , encore possesseurs de plusieurs places fortes , luttèrent d'abord avec succès ; et ce ne fut qu'à la chute de Malborg (1457; que Kasimir parvint à prendre complètement le dessus. Ce succès important entraîna la soumission de toutes les autres villes; et si on avait apporté autant d'habileté que de courage dans cette guerre, c'en était fait de la puissance teutonique ; mais le manque de persévérance et d'énergie devint cause du prolongement de la lutte. Elle dura treize années, et partout le pillage et l'incendie marquèrent le passage des combattants. A la demande des chevaliers, des fondés de pouvoir se réunirent à Thorn, en 1 464 ; mais cette première assemblée diplomatique n'amena aucun résultat , car les chevaliers voyant que les discussions prenaient un caractère tout à fait à leur désavantage, comme n'ayant nul droit légitime sur les terres contestées, rompirent brusquement lacoth

férence , et pendant deux années en- immense. Malheureusement elle favocore s'en rapportèrent à la chance des risa encore les empiétements nobiliaiarmes. Il fallut que le pape, qui se mé- res, et tout subit leur influence : les lait un peu de tout, intervînt en leur paysans, privés de leurs vieilles franfaveur; et, grâce à ses soins, Kasimir chises, durent courber le front sous consentit à accorder une paix moins la servitude des seigneurs; la bouronéreuse pour l'Ordre. geoisie se vit restreinte dans ses droits En vertu du traité de Thorn (1466), politiques; enfin le clergé et le roi luila Prusse occidentale (polonaise), corn- même ressentirent les atteintes d'un posée des palatinats ae Malbore, de pouvoir envahisseur. Poméranie, de Culm, et de l'évécné de L'admission de toute la noblesse, Warmie, fut à jamais réunie à la Polo- sans exception, aux droits civiques, ren-

Sne. Le reste demeura au pouvoir dit tous les nobles égaux devant la

es chevaliers teutoniques > désormais loi. Il résultait de là le droit commun

les vassaux de la Pologne ; chaque d'interpeller les nonces territoriaux

grand maître devait recevoir, à l'ave- dans les diètes post~comitiale& ou celles

nir, l'investiture du roi, et s' epgager à de relation, sur le mandat impéra-

le servir contre tout ennemi : sa place tif; et comme ce mandat même ap-

dans le sénat était à la gauche du sou- • par tenait à la masse noble, elle avait

verain. évidemment l'omnipotence.- Mais si la

Cette transaction neutralisa la puis- nouvelle position des choses flattait

sance d'un ordre que la faiblesse de l'orgueil des petits nobles russiens et

Conrad avait introduit dans le sein lithuaniens, elle froissa non moins vi-

du pays; mais tout avantageuse qu'elle vement celui de la haute noblesse des

paraisse au premier abord, elle devint deux provinces. A elle seule apparte-

encore pour la Pologne , comme la naient les titres de kniaz ou princes ,

suite le démontrera, une source de et, pendant longtemps, le droit de sié-

maux et de désastres. ger au sénat et dans les diètes fut sa

prérogative exclusive. L'union avec la

iKSTiTUTioir de la chambre du KONCES. Pologne , détruisant une partie de ees

privilèges , enfanta des luttes et des

1468. Jusqu'ici on a vu des assem- déchirements,

blées des terres , des districts , des pa- Aucun des deux pays n'eut à se louer

latinats, des provinces et du royaume de pareilles dissensions. La Lithuanie

entier , mais sans forme régulière. Il surtout eut à supporter une invasion

était réservé à l'année 1468 d'offrir le turque, qui lui enleva les Tatars de Pé-

spectacle d'une diète complète, ainsi rekop ( 1475), et des empiétements

que celui de mandataires nationaux en renouvelés du çrand-duc de Moskovie,

conférence avec le monarque et le sénat. Ivan Vassiliévitch (1477-1479). Les

Depuis lors le roi présida la diète , * princes de Siéwierz finirent même par

composée de deux chambres : celle du reconnaître ce dernier pour leur suze-

sénat, où siégeaient les évéoues, les rain, tandis que les Turcs, enhardis

palatins, les castellans et les fonction- par les divisions du pays, envahirent

naires de l'État ayant rang de séna- la Moldavie et la Valacnie , et coupè-

teurs; et celle des nonces, composée rent à la Pologne toute communica-

des députés des districts, terres et tion avec la mer Noire, par la prise

villes. des ports de Kilia et de Bialygrod

Cette institution . en donnant une ( Akerman ). voix à la chambre des nonces dans les

décisions les plus importantes, détrui- fowdatiow de la poissahcb moseoviti. sit sans retour le pouvoir absolu du

monarque et diminua celui du sénat. Le caractère indolent de Kasimir

Ainsi organisée, la représentation na- avait laissé échapper r occasion d'à-

tionale était sans doute un progrès néautir, en Prusse, un ennemi des plus

L'UNIVERS

redoutables, et qui devait dans la suite contribuer d'une façon active au renversement de la Pologne ; mais un danger non moins grave prenait naissance aux portes du pays et menaçait déjà son avenir , par Faccroissement d'un État obscur jusque-là, et que l'ambition de ses chefs promettait de rendre formidable.

Délivré du joug des Tatars Megols, le grand-duc de Moskovie, Ivan III Vassiliévitch, jetait les bases de la puissance moskovite, et, grâce aux moyens de corruption employés auprès de la noblesse novoçrodienne, s'emparait, malgré la résistance courageuse du peuple, de Novogrod la Grande, avant que les armées polonaises eussent pu accourir au secours de cette ville. Le nonchalant Rasimir ne chercha pas même à venger cetaffront ; et Ivan, que le succès encouragait, tourna alors ses regards vers l'empire grec.

La petite-fille de Constantin Paléologue, Sophie, vivait à Rome des secours du pape Paul II; et afin d'obtenir, avec la main de la princesse , des droits à la succession de l'empire envahi , Ivan entama des négociations auprès du saint-siége, où chacune des parties fit assaut de ruse et de mauvaise foi. Adoptant les armes de l'Empire, l'aigle noir à deux têtes, Ivan leurra le pape d'une promesse d'adhésion au décret d'union des rits grec et latin rendu au concile de Florence. De son côté, Paul 11 espérait amener, par l'intervention de la princesse Sophie, une croisade des Moskovïtes et des Tatars convertis contre les musulmans.

Quant à la petlte-lille de Constantin, tout aussi dissimulée et voulant conserver l'appui spirituel et les subsides du Vatican , elle affectait une grande ferveur romaine, pendant que, pour devenir tzarine, elle se donnait comme Grecque de cœur au Grec Ivan, qui lui-même se donnait comme zélé catholique. Sixte IV acheva l'œuvre commencée sous les auspices de Paul II, et un légat conduisit pompeusement la princesse Sophie en Moskovie; mais à peine la tint-il dans ses possessions qu'Ivan jeta le masque, et se moquant

du légat qui lui rappelait sa promesse d'union, déclara qu'il n'en serait jamais question désormais. La duplicité moskovite l'emportait sur toute la di-

Elomatie italienne, pourtant bien haile.

A sa conquête de Novogrod la G ra nd e, Ivan ne tarda pas à ajouter celle de la république de Pskow, et enleva à la Lithuanie une partie de la Sévérie et de la Russie blanche. Ces envahissements menaçaient en vain les destinées du pays, Rasimir ne devait s'émouvoir de rien.

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