ALEXANDRE
v i5oi-i5o6.
Le premier soin de ce souverain , frère de Jean Albert et sacré à Krakovie par son autre frère , le cardinal Frédéric, archevêque de Gnèzne, fut d'assurer la paix a la Lithuanie, que le tzar de Moskovie menaçait. Libre de ce souci , il s'occupa activement d'une révision des lois pour toutes ses, possessions, et mérita par la d'occuper une place honorable aans l'histoire.
Complément du statut de Kasimir IV autorisant les États à déclarer la guerre et à faire des lois, la loi fondamentale qui porte le nom d'Alexandre constatait que le monarque ne pouvait rien conclure de valide, sans Passentfment et la participation des sénateurs et des nonces. Par cette déclaration, les chambres se trouvèrent investies du droit de vote et d'assiette des impôts, du droit de guerre, du droit d'intervenir dans la surveillance des domaines royaux, du droit de battre
monnaie, ainsi que de la promulgation des lois et de la haute main sur les pouvoirs judiciaires.
VICTOIRE DE KLEÇE.
1506. Le paisible règne d'Alexandre fut troublé a l'intérieur par les haines qui divisaient les grandes familles lithuaniennes, dont le kniaz Michel Glinski, homme d'une illustre naissance et doué d'une âme puissante, excitait la jalousie. Alexandre, qui reconnaissait en lui de hautes qualités, se plaisait à le combler de ses faveurs, au point que la Lithuanie entière tremblait devant le kniaz. Glinski eut le tort d'abuser de sa position éminente et de céder à ses passions , en obtenant du roi que le palatinat fût retiré au magnat lithuanien Jean Zabrzezinski, palatin de Troki et un de ses ennemis acharnés. Cette vengeance lui coûta cher par la suite.
Mais les troubles intérieurs durent cesser un moment à l'approche des Tatars, qui envahirent la Lithuanie avec des forces immenses; les esprits médiocres et envieux se turent à la vue d'un, danger imminent, et le roi, retenu par une grave maladie, confia à Fépée de son favori le sort du pays.
Glinski atteignit les hordes sauvages près de Kleçk, petite ville située dans le palatinat de Novogrodek. La victoire fut décisive pour les Polonais; vingt mille Tatars mordirent la poussière, et tout le butin fait par eux, prisonniers ou trésors, leur fut repris (*).
La nouvelle de cet éclatant triomphe fut apportée à Wilna, à l'instant même où Alexandre était en proie à L'agonie. Il ne pouvait plus articuler un mot ; mais il leva les mains au ciel, et quelques larmes de bonheur vinrent mouiller les yeux du mourant, comme dernière marque de joie de la glorieuse journée accordée à son favori. On enterra le roi à Wilna ; car on craignit, si on le transportait à Krakovie , que
(*)M. J. U. Niemcewicz, Chants historiques.
L'UNIVERS
Glinski ne profitât de l'éloignement des magnats lithuaniens pour consommer l'usurpation du grand- duché , usurpation dont oh lui supposait la pensée.
SIGISMOND I er .
La dernière époque du règne de Kasimir IV, et les règnes éphémères de Jean Albert et d'Alexandre avaient amené des changements notables dans la politique intérieure. Les Turcs, non contents de s'être emparés de divers ports et forteresses sur le Danube et la mer Noire, étendirent leur influence en Moldavie et en Valachie; la guerre impolitique de Jean Albert contre les bospodars de ces deux provinces avait altéré leur fidélité de vassaux , et fut cause qu'ils s'armèrent souvent depuis contre la Pologne. D'un autre côté, les Tatars de Pérekop, encouragés par la faiblesse des rois de la race jagellonne, réitéraient plus fréquemment leurs invasions et ravageaient chaque fois le pays.
Sur ces entrefaites, Sigismond I er , frère des deux rois précédents , et le dernier fils de Kasimir IV, parvint au trône. Il avait fort à faire, car si, comme nous venons de le constater , les rapports extérieurs étaient dans un état peu satisfaisant , les choses à l'intérieur ne se présentaient guère sous un jour plus favorable. La Lithuanie avait Deaucoup perdu de ses anciennes conquêtes ; les grands maîtres teutoniques refusaient de nouveau l'hommage, et élevaient certaines prétentions; enfin l'empereur d'Allemagne, Maximilien, froissé de voir les sceptres de Bohême et de Hongrie sous l'influence des souverains polonais, favorisait en arrière les desseins des Teutoniques et de la Moskovie.
C'est au milieu de ces complications diverses que les Moskovites, conduits par Michel Glinski, envahirent la Lithuanie.