‹ PologneChapitre 34 sur 103 · I.E PRIITCE MICHEL GLIJCSKJ · texte numérisé non relu

I.E PRIITCE MICHEL GLIJCSKJ

Quelque rapide que soit la marche

qui doit présider à notre travail , il nous est impossible de ne pas nous arrêter, pour un moment, au nom d'un homme qui a si puissamment influé sur les événements de son époque. Cet homme, malgré tout le génie que la nature s'était plu à lui accorder et les services éminents qu'il avait déjà rendus au pays , fut , par une fatalité trop commune, entraîné vers une fausse direction , et condamné à porter à jamais dans les annales de 1 histoire le surnom de traître.

Nous l'avons déjà vu à la cour d'Alexandre en butte à des attaques qu'il eût dû mépriser. Le triomphe de Kleçk, loin d'exciter l'admiration de ses ennemis, ne fit que redoubler leur haine; et Jean Zabrzezinski, dépossédé précédemment par lui, profita de l'avenement au trône de SigisiHond I* r pour dénoncer Michel Glinski comme conspirateur. Le prince demanda à se justifier et tenta, dans ce but, plusieurs démarches auprès du roi, mais elles furent toutes inutiles. On ferma les portes du château à l'ami fidèle du monarque défunt , à celui auquel on devait la dernière victoire qu'eût remportée la Pologne. Le caractère hautain de Glinski fut vivement blessé de cette marque d'indifférence et de mépris ; toutefois il se contint encore, et chercha à amener un arrangement, par l'entremise du roi de Hongrie et de Bohême, Wladislas. Mais Sigismond, influencé par les grands, qui ne craignaient rien tant que de voir Glinski de nouveau dans les bounes grâces du souverain, demeura inflexible ; alors la colère du prince se tourna tout à fait contre ses ennemis acharnés, et il résolut d'en tirer une vengeance éclatante. A la tête d'hommes dévoués, il pénétra la nuit dans la maison de Zabrzezinski et le tua. Puis, ayant perdu par ce crime tout espoir d'obtenir la faveur du roi , il souleva une

fiartie du peuple et voulut ressusciter 'ancien granu-duché de Russie, que les Russiens eux-mêmes considéraient depuis longtemps comme éteint. A cette nouvelle, Sigismond envoya Nicolas Firley apaiser la révolte, et il

POLOGNE. «l

marcha bientôt en personne au secours et , au moyen de dénonciations, le perde Minsk, assiégée par Glinski , qui se dirent, plutôt que de rendre au. pays retira vers le Dniéper. Là, il fut re- un guerrier redoutable. Tels sont les joint par un corps de soixante mille terribles effets de la jalousie et des Moskovites; mais toute cette armée, dissensions entre les grands : en se dispersée par les Polonais , dut cher- persécutant entre eux , ils perdent la cher son salut dans là fuite, et les trou- patrie (*) l »

pes polonaises, arrivées jusqu'aux murs Quant à nous, sans vouloir disculde Moskou , ravagèrent le pays envi- per Glinski d'une faute que nous avons ronnant. Le tzar, tremblant pour sa déjà flétrie dans Witold , guerroyant capitale, demanda alors la paix et l'ob- contre son pays , lors du règne de tint, en remettant à Sigismond tous Wladislas Jagellon, nous accusons forles châteaux forts pris en Lithuanie. tement l'aveuglement de Sigismond ; Glinski fut déclaré traître à la patrie, et nous voyons, en tout ceci, un nouvel dépouillé de ses biens et proscrit. exemple de ce fatalisme qui , trop sou- Cet accord dura peu\ La Mosko- vent , brise l'âme la plus vigoureuse vie, poussée par Glinski, se porta de dans les étreintes de l'envie et des pasnouveau contre la Lithuanie, et par- sions méprisables de la médiocrité, vint à s* emparer de Smolensk (1514),

qui r,esta toujours depuis en son pou- victoire d'omia. voir. Ce fut de cette ville que Glinski,

tourmenté par ses remords, ou bien 1514. Après que le tzar se fut ven -

mécontent de ses nouveaux amis, cher- gé de Michel Glinski , il envoya Ivan

cha à obtenir le pardon de Sigismond. Tscheladine , à la téte de quatre-vingt

Le roi était sur le point de l'amnis- mille hommes , combattre la Pologne,

tier, quand les seigneurs lithuaniens, Sigismond était alors à Boryssow avec

que ces négociations compromettaient, quatre mille hommes ; et le corps qui

dénoncèrent tout au tzar, qui fit jeter «la au-devant de l'ennemi n'en comp-

Glinski dans un cachot. On ajoute tait que vingt- neuf mille, sous les

même qu'il lui fit crever les yeux avec ordres du prince Constantin Ostrogs-

un fer brillant (*). ki. La rencontre des deux armées eut

« Il n'y a point, dit le Nestor de Heu près d'Orsza, sur les bords du nos historiens vivants, d'injustice as- Dniéper, et toute la gloire de cette sez grave qui puisse justifier le plus journée ( 8 septembre 1514 ), mémogrand des crimes, celui de combattre fable dans les fastes polonais, revint contre son pays. Mais si quelque chose à Ostrogski. Les commandants mospeut diminuer ce crime et éveiller la kovites en chef Tscheladine et Boulpitié sur le sort de Glinski, c'est Ta- ghakoff, six wojewodes, trente-sept charnement vil de ses ennemis, qui, «niaz et quinze cents officiers supélui ôtant tout moyen de justification, rieurs furent faits prisonniers; artillele poussa vers l'abîme par le désespoir. rie et drapeaux, tout tomba au pouvoir Lorsque repentant, il tenta de réparer «les Polonais, et trente mille cadasa faute, ils le persécutèrent encore, vre s moskovites couvraient les vastes

plaines où , peu d'instants auparavant,

(*) M. Lelewel ne parle toutefois pas de l'orgueilleux Tscheladine pétait écrié :

ceiti dernière circonstance : « Glinski, a J «Prendrai aux Polonais a respec-

««oupçonné par le Uar d'entretenir de» " ter ' e nom el la Puissance de mon

•relations avec le roi de Pologne, Sigismond, «maître!»

« fut arrêté et demeura quelque temps en Ma,s > comme le remarque judicieu-

« prison. Il eut plu* tard beaucoup de crédit sèment le savant Niemcewicz , si on

« à Moskou. Après la mort de Wassil , en sut vaincre, on ne sut pas utiliser la

• 1 534 , il fut un des tuteurs divan le Terrible. » Histoire des rois et princes polonais (*) M. J. U. Niemcewicz, Chants « Wag a. riques.

L'UNIVERS

victoire. Au lieu de profiter de l'élan qui animait l 'arums pour tomber sans retard sur Smolensk et reprendre au tzar les possessions polonaises dont il s'était emparé, Sigismond se contenta de laisser des garnisons dans les places fortes de la frontière , et revint tranquillement à Krakovie.

CONGRÈS DE VIKHICK.

1515. L'empereur Maximilien, dont la défaite du tzar avait dérangé les combinaisons astucieuses, chercha à leurrer le roi de son amitié perfide.

Il convoqua un congrès à Vienne, auquel il invita à prendre part Sigismond et le roi de Hongrie , AVIadislas ; et là, par d'habiles détours, il sut acquérir à sa maison des droits sur les royaumes de Hongrie et de Bohême , comme il l'avait &\a fait pour l'Espagne et pour la Bourgogne. Le fils de Wladislas fut destiné en mariage à la petite-fille de l'emnereur, Marie , et le petit-lils de Maximilien, Ferdinand, fut également fiancé à la fille du roi de Hongrie. En échange de ce pacte avantageux, l'empereur promit sa médiation auprès du tzar Vassili , et s'engagea à faire rentrer les chevaliers teuton iques sous la suzeraineté de la Pologne. Aucune de ces promesses ne fut remplie , et tant que Maximilien vécut, les rapports que Sigismond eut avec lui furent constamment préjudiciables pour ce dernier.

A son retour en Pologne, Sigismond ne trouva que des sujets de deuil, qui compliquèrent encore sa position. La reine Barbe, sa femme , était morte.

Le tzar ravageait la Lithuanie, pendant que, d'un autre eôté, les ïntars envahissaient la Russie et la Podolie.

Le frère de Sigismond, Wladislas, roi de Bohême et de Hongrie, venant aussi à mourir (1516), lui laissa l'embarrassante tutelle de son fils mineur Louis. Enfin le grand maître teutonique Albert refusa ouvertement l'hommage dû, et parlait de s'emparer de la Prusse royale. Il fallut humilier son orgueil, mais on n'y parvint qu'après une lutte sanglante.

Alors Maximilien, qui avait aidé l'Ordre dans sa révolte en envoyant à son secours un corps de troupes commandé par le célèbre Schomberg, brisant ainsi tous les engagements pris lors du congrès de Vienne , changea encore une lois de marche. Il proposa au roi, avec des consolations hypocrites sur les lèvres, la main de Bone Sforza-, la fille de Jean Galeazzi, duc de Modène, et d'Isabelle d'Aragon. Sigismond accepta ce fatal présent, et ne tarda pas à s'en repentir, car à peine arrivée en Pologne, cette princesse, adroite et belle, y exerça le pouvoir le plus absolu et le plus désastreux. Connaissant son empire sur le monarque et sacrifiant tout à ses passions, elle éloigna de la cour les gens les plus purs et les plus vertueux. Loin d'exercer l'infiuence salutaire qui convient si bien à une reine, à une femme, èlle se plut, au contraire, à exciter des dissensions parmi la noblesse, et mit complètement en pratique la fameuse maxime : Diviser pour régner. Aussi les contemporains ont -ils laissé un souvenir de leur opinion à son égard dans le distique suivant :

Ut parcac [in r sunt, ut luci lumine lucrnt , Ut bel lu in bcllutn, tic bona Bona fuit.

Ce fut heureusement le dernier don du machiavélique Maximilien, qui mourut peu de temps après (1520).

L'Allemagne se trouva alors sans chef, et François I er , roi de France , fit demander" par son ambassadeur, Jean de Langeac, à Sigismond de vouloir bien s'employer en sa laveur ; mais Sigismond, doue d'un cœur vraiment noble, oublia tous les torts de l'empereur défunt, pour ne favoriser que les droits de son petit-fils, Charles d'Autriche, déjà roi d'Espagne. Celuici apparut dès lors sur la grande scène

f>olitique, et, reconnaissant de ce que e souverain polonais avait fait pour lui , lui témoigna toujours une vive amitié.

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