‹ PologneChapitre 36 sur 103 · GUERRE AUX POULES · texte numérisé non relu

GUERRE AUX POULES

1537. L'hospodar de Valachie et de Moldavie , après avoir réparé les pertes que lui avait fait éprouver à Obertyn, en 1531, le grand général de la couronne Jean Tarnowssi, envahit la Podolie, au moment même où les intrigues de la reine Bona aliénaient tous les esprits, et occasionnaient un désaccord complet entre le roi et la noblesse. Ces dissensions furent cause que Sigismond ne put obtenir de la diète les impôts nécessaires pour solder l'armée. Il dut donc convoquer l'arrière-ban (pospolité ruszenié) , et cent cinquante mille hommes se réunirent aux environs de Léopol. L'historien Orzechowski, témoin oculaire, dit qu'on n'avait pas encore vu en Pologne une armée aussi nombreuse et aussi bien montée en chevaux et en armes.

Sigismond projetait d'attaquer avec ces forces la valachie et la Moldavie, et d'incorporer à jamais ces deux provinces à la Pologne. Mais les griefs de la noblesse contre le roi, ou plutôt à l'égard de sa faiblesse pour l'artificieuse Bona, les dissensions des nobles eutre eux , l'envie que les nécessiteux portaient aux riches, tout vint mettre obstacle à l'accomplissement de ce dessein grandiose. L'armée, convoquée

Sour combattre, se changea en un club élibérant. En vain le vénérable Tarnowski prit la défense de l'autorité royale méconnue, la licence leva hardiment la tête, et qualifia cette réunion

du nom de rokosz (*), insurrection.

Ce fut le premier exemple , la première origine de ces associations fatales qui, composées de masses armées, se métamorphosaient en autorité législative, àl'insu des diètes et des représentants élus par la nation : associations qui ne reconnaissaient d'autres guides que l'insolence et le désordre!

On présenta donc au roi une série de trente-cinq articles , par lesquels, après s'être plaint des impôts, on demandait que les bourgeois et les étrangers fussent exclus de la possession territoriale ; que la noblesse fut exempte de subi r le même chati ment que les bou rgeois pour les délits commis dans les villes, etc. Malgré que Sigismond, toujours trop bon, eût déjà accédé à maintes demandes et remis les autres à l'examen de la diète prochaine, les esprits exaspérés allaient recourir ouvertement aux armes , quand un orage terrible et de durée vint dissiper tous ces mutins.

Ils avaient clabaudé et vociféré pendant quarante jours. '

La grande pensée de Sigismond se trouva ainsi paralysée,dans l'exécution, par une multitude aveugle ; et l'unique vengeance que l'opinion publique tira de ce rokosz, ce fut de l'appeler la Guerre aux Poules (VVoyna kokosza); car le massacre complet de la volaille, aux environs de Leopol, fut le seul fait d'armes qui honora ce malencontreux arrière-ban.

Le mal ne s'arrêta néanmoins pas là. Non-seulement les nobles opulents cherchèrent à se distinguer par des titres de princes, de comtes , de barons, encore inconnus en Pologne et qu'ils obtenaient de l'empereur d'Allemagne, mais cette insurrection ouvrit le champ aux majorats, dont la sagesse du roi était parvenue à empêcher jusque-là l'institution. Les exigences de la noblesse furent aussi cause que Sigismond dut réinstaller, aux diètes de.l539etde 1549, les nonces de la bourgeoisie, expulsés par elle des délibérations. La classe des paysaus

(*) Voyez Introduction , page 37.

eut encore bien davantage à souffrir, car ils devinrent serfs, assimilés à ceux de Lithuanie ; les nobles s'arrogèrent sur eux le droit seigneurial et le droit de vie et de mort. Quoique aucune loi ne contint de pareilles monstruosités, 1* usage consacra l'abus.

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