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1548. Contemporain des empereurs Maximilien et Charles-Quint, de François I er , et des papes Léon X et Clément VII, Sigismond mérita d'être placé à juste titre au premier rang des grands nommes de ce siècle, si fécond pourtant en célébrités de toute espèce.
Paul Jovius a dit avec % une profonde conviction : « Si Charles-Quint, Fran- « çois I er et Sigismond 1 er n'eussent a pas régné dans le même temps, « chacun d'eux eût été digne de ré- « gner sur les États des deux autres « et d'avoir à lui seul Vempire du « monde entier. »
Sigismond correspondait avec François I er ; mais ce prince, de la race des Valois, lui paraissait d'un esprit inférieur, tandis que l'empereur d'Allemagne, par l'étendue et la profondeur de ses vues, l'avait frappé bien davantage :
de là vint la condescendance que Sigismond montra pour Maximilien en toute occasion.
Dans sa prévision , et afin d'éviter les troubles qui accompagnaient d'habitude les interrègues, Sigismond était parvenu à faire proclamer,, à la diète de Piotrkow (1529), son fils Sigismond - Auguste roi de Pologne, mais sous condition qu'il ne se mêlerait pas du gouvernement tant que Sigismond existerait, et que cette nomination anticipée ne porterait aucune atteinte à la libre élection des rois dans l'avenir.
Ce soin rempli , Sigismond croyait
{)ou voir jouir de quelque repos; mais es dissensions excitées par le caractère perfide de la reine Bona vinrent empoisonner ses dernières années. Il mourut à Krakovie, âgé de quatrevingt-deux ans, après en avoir régné quarante - deux. Monarque juste et
éclairé, il eut sans cesse en vue le bonheur du peuple , et s'il posséda la plupart des qualités qui font l'homme d'État , il réunit également les vertus oui devraient toujours être l'apanage d'un souverain puissant. Son physique était imposant et gracieux à la fois, et sa force corporelle était telle, qu'entre ses doigts il brisait un. 1er à cheval.
D'un caractère peu ambitieux, il refusa à diverses reprises des couronnes étrangères, afin de pouvoir donner entièrement ses soins à la prospérité de la Pologne. Dès Tannée 1519, la couronne impériale d'Allemagne lui avait été promise par des bulles du pape Léon X, et les Hongrois lui offrirent le trône après la mort de Louis II. Il repoussa toutes ces avances, ainsi que celles qui lui furent faites pour la couronne de Suède en 1522 et 1526. Mais, en échange, il consolida la puissance du pays nar la réunion définitive à la Pologne au duché de Mazovie, dont le dernier duc, Janus, issu des Piast, mourut en 1525. Cette province revint ainsi à la couronne polonaise, après avoir formé, depuis le duc Conrad I er , un de ses fiefs pendant trois cent dixhuit ans. La Lithuanie dut également à Sigismond le don d'un code civil , connu sous le nom de Statut russien.
Durant cette époque, l'agriculture et l'industrie prospérèrent, car le libre commerce de la mer Noire appartenait à la Pologne. Ce fut aussi le siècle de Kopernik ; et la cour, foyer des lumières, comptait parmi ses élus les chanceliers Maciéjowski et Tomicki,, célèbres par leur éloquence, et Constantin d'Ostrog, Jean Tarnowski, Karaiéniecki, Nicolas, Georges et Jean Radziwill, Firley, Ostafi Daszkiewicz, guerriers qui avaient tous rempli le monde du bruit de leurs victoires.
Comme une faible compensation de tout le mal fait, la reine Bona appela auprès d'elle de nombreux artistes italiens, qui amenèrent avec eux dans le pays les notions et le goût du beau.
Des édifices s'élevèrent de toutes parts, et des galeries précieuses vinrent les orner. En un mot, on peut dire que,
L'UNIVERS
malgré l'influence pernicieuse des empereurs d'Allemagne et de la reine Bona , jamais le royaume ne fut plus respecté à l'étranger et plus heureux à l'intérieur. Les règnes de Sigismond I e * et de son fils Sigismond-Auguste sont dans l'histoire le point culminant, l'apogée de la Pologne.
SIGISMOHD AUGUSTE.
Lorsque la nouvelle de la mort de Sigismond I er parvint à Wilna, son fils Sigismond-Auguste fit proclamer, avant d'en donner connaissance aux états, le mariage qu'il avait contracté secrètement et en secondes noces avec Barbe Radziwill , veuve du palatin de Troki Gastold. Il connut bientôt, à la diète de Piotrkow (1549), grâce à l'esprit turbulent de la noblesse, quels étaient les difficultés et les soucis attachés à la couronne. Ces nobles, gui se croyaient les égaux du souverain % ne voulaient pas d'une princesse qui n'était pas issue d'un sang royal ; et la reine mère Bona, jalouse des charmes et des qualités de Barbe, mit tout en œuvre pour agiter les esprits. L'archevêque primat, Dzierzgowski, et le puissant palatin de Krakovie K. mi ta étaient à la téte de la partie du sénat et des nonces qui demandait le divorce du roi. Une députation fut envoyée à Sigismond-Auguste ; mais, loin de se laisser imposer par ces clameurs , le monarque répondit avec dignité à Pierre Boratynski, qui le suppliait, à genoux et au nom du sénat, d'annuler son mariage : « Ce qui est fait ne peut « être détait. Croyez-vous donc que « je tiendrais ensuite ma foi envers « vous, quand vous voulez me la faire * rompre envers ma femme !... >»
Voyant la fermeté du roi , le turbulent primat se récria alors contre un prétendu despotisme, et il voulut persuader à la diète de l'étouffer dès sa naissance, avant qu'il eût pris racine.
L'évêque de Przemysl, non moins fanatique , abonda dans ce sens , et insistant sur le divorce, posa pour principe le passage d'Euripide : S'il faut
violer la justice, c'est particulièrement quand il s'agit de régner. Toutefois la diète fut dissoute, sans avoir produit d'autre résultat qu'une discordance complète entre le roi et la noblesse (*).
D'après l'avis des soutiens de Sigismond, Jean Tarnowski, grand général de la couronne, et l'évêque de Krakovie, Maciéiowski , une seconde diète s'ouvrit à Piotrkow en 1550, afin d'arriver à neutraliser toutes les oppositions au couronnement de Barbe. Cet fois Sigismond y mit plus de savoirfaire et d'habileté : il annonça qu'on allait procéder avant toute chose à la vérification des titres des seigneurs et de leurs droits à la propriété des domaines qu'ils possédaient. Cette menace obtint un plein succès, car les récalcitrants redoutaient trop l'exécution d'une pareille mesure, pour ne pas s'empresser de donner leur assentiment au couronnement repoussé jusqu'alors. Il eut donc lieu à Krakovie, et Sigismond entoura cette cérémonie de tout l'éclat et de toute la magnificence imaginables. Barbe eut le triomphe de voir ramper devant elle les mêmes et vils esprits qui, peu de jours auparavant, se montraient les plus acharnés contre elle. Bona ne fut pas la dernière à la féliciter, et sut, en ex-
(*) Durant une séance des plus orageuses , Sigismond , attaqué avec amertume pour des sentiments qui lui étaient chers, se laissa aller à l'emportement et s'écria : « C'en est assez , j'exige soumission et ol>éissance ! » A ces paroles, que la noblesse polonaise n'était pas habituée d'entendre , un jeune nonce , Raphaël Lcszczynski , se leva vivement et, de son banc, répliqua : « Avez-vous « donc oublié, Sire, à quels hommes vous m commandez? Nous sommes Polonais, et « nous uous faisons autant de gloire d'abais- «f ser la morgue des souverains qui méprisent « les lois , que d'honorer ceux qui les res- « pecient. Prenez garde qu'en trahissant vos « serments, vous ne nous rendiez les nôtres ! « Le roi votre père écoutait nos avis, et c'est « à nous à faire en sorte que désormais vous « vous prêtiez à ceux d'une république dont « (ce que vous paraissez ignorer) vous II' êtes « que le premier citoyen ! »
primant ses regrets d'avoir autant tardé à reconnaître le bonheur de son fils , cacher sous un sourire de bienveillance un dessein infernal. Six mois après le couronnement, Barbe expirait par le poison qu'avait apprêté la vindicative Italienne. Désespéré d'une telle catastrophe, Sigismond-Auguste accompagna jusqu'à Wilna le convoi funèbre, et garda, tant qu'il vécut , le souvenir d'un bonheur si brusquement terminé. Jamais aussi, au dire de tous les historiens, femme ne fut plus digne que Barbe Radziwill d'occuper un trône. D'une beauté éblouissante , et réunissant aux dons de la nature tous ceux de l'esprit et du cœur, elle formait, sans y penser, un contraste complet avec toutes les autres personnes (le la cour , Bona particulièrement :
aussi celle-ci ne lui pardonna-t-elle jamais !
Cédant toutefois aux devoirs que lui imposait sa position de souverain et aux vœux du sénat, Sigismond-Auguste contracta de nouveaux liens. Il épousa la sœur de sa première femme, l'archiduchesse d'Autriche Catherine, veuve du duc de Mantoue. Mais bientôt le peu de santé de la reine enlevant tout espoir à Sigismond d'avoir d'héritier, il sollicita son divorce auprès de la cour de Rome ; et le nonce du pape, le cardinal Commendoni, dévoué à la maison d'Autriche, supposant opiniâtrément à la dissolution des nœuds contractés , le roi s'abandonna à une vie dépravée, afin de s'étourdir sur les chagrins qu'il éprouvait dans son intérieur.
La reine mère Bona, cet objet de la haine et du mépris de la nation entière, quitta enfin la Pologne, mais en emportant avec elle des trésors immenses. Vingt -quatre chariots à six chevaux chacun, chargés d'or, d'argent et de choses précieuses , le tout arraché au pays par les moyens les plus révoltants, précédaient la marche de ce génie du mal (*).
(*) Bona, douée d'un visage remarquable, avait vu sa jeunesse s'écouler dans les intrigues galantes; plus tard, parvenue à l'âge
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1557-1561. Le règne de Sigismond- Auguste, jusque-là paisible, fut troublé par les différends qui s'élevèrent au sujetdelaLivonie, province attenant à la Lithuanie et à la Prusse ; ces différends entraînèrent la Pologne dans des guerres contre la Moskovie, ainsi qu'on va le voir.
Le grand-maître des chevaliers du Glaive avant été relevé de l'hommage de vassalité par le grand-maître teutonique Albert, et reconnu prince de l'Empire par Charles - Quint , devint
Possesseur absolu de toute la Livonie.
lais l'archevêque de Riga, Guillaume de Brandebourg, frère du duc Albert de Prusse et cousin germain de Sigismond-Auguste, voulut, après avoir embrassé la doctrine de Luther, braver le pouvoir des chevaliers du Glaive, et nomma , en conséquence, de son chef coadjuteur de l'archevêché de Riga le
mnr et proOtant de sa position dans l'État, elle fit un vil trafic des dignités publiques. Cela lui attira un jour une rude apostrophe del'évèque deKrakovie Zebrzydowski, qui, interpellé par elle en ces termes: Prêtre, toi qui as acheté Cévêclié... lui répliqua sur-lechamp : Je Cai acheté parce qu'il était à tendre!.... Ce ne furent pas les murmures du peuple qui éloignèrent Bona de la Pologne, mais les instances de sou favori, le Napolitain Jean Papagoda, qui voulait faire main basse«ur les trésors qu'elle avait amassés, et qui sut amener ce départ, malgré l'opposition de Sigismond-Auguste et de la diète. Bona alla s'établir dans la Pouillc, à Barri, d'où elle préla à Philippe II, roi d'Espagne, quatre cent trente-trois mille ducats de Hollande, somme énorme pour le temps. Ce capital devait retourner à Sigismontf-Augusle, à la mort de Bona.
L'Italien Papagoda se délivra, en 1557, de sa maîtresse, après lui avoir fait signer un testament fabriqué par lui. Les conventions arrêtées précédemment furent violées, et non-seulement on ne tint aucun compte à la Pologne du prêt fait au roi d'Espagne, mais le restant de l'héritage fut aussi perdu pour Sigismond. De là les sommes napolitaines, si souvent et toujours vainement réclamées par la Pologne.
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prince de Mecklembourg Christophe.
Blessé dans ses prérogatives, le grand maître Furstenberg ne tarda pas à assiéger l'archevêque à Kokenhauzen et le fit prisonnier. Alors Sigismond, prenant la défense de son cousin, envoya Gaspard Loncki demander la délivrance de l'archevêque; mais l'ambassadeur polonais ayant été tué dans une émeute, le roi dût se mettre luimême à la tête de ses troupes soldées.
L'arrière - ban , pospolité ruszenié^ convoqué, n'avait pas répondu à l'appel. Le grand maître Furstenberg fut effrayé d'une telle démonstration , et s'empressa de recourir à l'entremise de 1 empereur Ferdinand I** et des* autres princes allemands, afin d'obtenir la paix. Puis il se rendit au camp • de Sigismond, accompagné de l'archevêque de Riga, qu'il avait mis en liberté, et là, se jetant aux pieds du roi, implora l'oubli du passé. En vertu de l'arrangement qui survint, l'archevêque rentra dans la possession de tous ses biens, et le grand-maître s'engagea à payer 60,000 thalers pour les Frais de la guerre. Un traité d'alliance offensive et défensive contre la îMos- Jtovie fut signé à cette occasion entre la Lithuanie et la Livonie.
Ivan IV le Terrible n'attendait, de son côté , qu'un prétexte pour commencer les hostilités -, car il voyait avec dépit l'agrandissement de l'influence de* la Pologne, par la soumission d'une province aussi oelleet aussi fertile que fa Livonie. Déjà fier de la conquête de Kazan et d'Astrakan, ce prince, bien qu'il ne possédât qu'une partie des terres russiennes, se faisait appeler souverain de toutes les Russies. Sa haine contre la Pologne puisa , dans un affront fait à son amour-propre, un nouveau degré de force. Voici a quelle occasion. En combinant par quels moyens il pourrait parvenir au trône de Pologne après la mort de Sigtsmond- Auguste, qui n'avait pas d'enfants (*),
(*) « L'ambitieux ïvan tendait déjà, dans « la pensée , sa main sanglante vers la glom rieuse ronronne des Jagellons. » (Karamziue Histoire de Russie ).
Ivan résolut de demander la main de la sœur du roi, Catherine; mais cette princessè s'empressa d'épouser Jean de Suède, duede Finlande, pour ne pas devenir la proie d'une bête féroce dont chaque jour était marqué par un crime.
Ulcéré par ces divers motifs, le tzar ne tarda pas à envahir la Livonie , où il s'empara de plusieurs villes, et fit
Srisonnier le vaillant Furstenberg, qui éfendait avec courage le terrain pied à pied. Ce grand-maître périt misérablement dans les cachots de Moskou.
Son successeur Gothard Rettler, après avoir conclu des pacta avec la Lithuanie, qui lui prêta six cent mille florins pour pouvoir continuer la guerre , opposa la même résistance opiniâtre au tzar; mais bientôt attaqué avec succès d'un autre côté par le roi de Suède Éric, il ne vit d'autre moyen de salut que de se mettre, d'accord avec l'Ordre, sous la domination de Sigismond-Auguste.
Par suite du traité conclu à cet effet à Wilna, le 28 novembre 15GI , la Livonie se soumit complètement au roi.
Le grand-maître obtint le rang de duc, vassal de la Pologne, et reçut à titre de fief, pour lui et ses descendants , la Kpurlande, située sur la rive gauche de la Dzwina. Le reste de la Livonie, situé sur la rive droite , fut incorporé à la Lithuanie. Les terres de l'Ordre , tels que Pévéehé de Dorpat et l'Estonie, retenues encore par l'ennemi , devaient après leur reprise appartenir a Sigismond-Auguste (*).
Cet arrangement amena une rup-
(*) Plus tard , et partagée entre la Pologne , la Suède , le Danemark et la Moskovie, la Livonie fui encore le sujet de longues et sanglantes guerres. Les paix d'Oliva en 1060 et de Kardis en 1661 vinrent y mettre fin : la première termina les contestations enire la Pologne et la Suède , et la seconde celles t \ i tant entre la Suède et. la Moskovie; toutes deux firent la part belle à la Suède, et, d'après les clauses des traités, toutes les provinces situées sur le golfe de Finlande, depuis l'embouchure de la Dzwiua dans la Baltique, la plus grande partie de la Liymie, l'Estonie, l'Ingrie et la Karelic demeurèrent acquises à cette puissance.
fure ouverte avec la Moskovie. Le à cette assemblée solennelle. Là encore
tzar envahit la Lithuanie et s'empara une opposition intéressée voulut élever
de la ville de Polock. Les Polonais rem- la voix , mais les soins des palatins de
Eortèrent bien plusieurs avantages et Kiiow, Ostrorog, et de Wolhynie, attirent les Moskovites à Czasmki, à Alexandre Czartoryski, amenèrent les Orsza et à Ozieryszcze , mais ne pu- Lithuaniens à la conclusion d'un aèrent reprendre Poloçk. La trêve de 1565 cord.
termina cette guerre. Voici les principales clauses de cet
réunion définitive de la lit hua- Lithuanie sont définitivement unies et
nie a la Pologne. gouvernées par un même souverain ,
élu en commun par les deux nations et 1569. Tandis que des traités garan- couronné à Krakovie, sans aucun signe tissaient l'acquisition de la Kourlande distinctif pour le grand-duché; 2° les et de la Livonie, les états représenta- diètes, composées de représentants des tîfs insistaient vivement sur la eonso- deux provinces dans les deux chambres lidation des affaires intérieures du pays, des sénateurs et des nonces , se réunion exigeait une fusion plus complète rontà Warsovie; 3° la "Wolhynie et le de la Pologne et de la Lithuanie, car duché de Kiiow sont réunis à la cour si l'union existait entre les deux pro- ronne, à laquelle revient également la vinces depuis cent quatre-vingts ans, Podlachie; 4° la Livonie appartiendra des difficultés élevées par l'intérêt per- autant à la Pologne qu'à la Lithuanie; sonnel empêchaient une homogénéité 6° les deux pays n'auront plus que les parfaite. La Lithuanieavait bien adopté mêmes intérêts, les mêmes prérogar idiome polonais à la place du russien, tives et les mêmes monnaies ; 0° tout et de nombreux colons y avaient trans- sera commun entre eux, sans porter porté les mœurs et les coutumes polo- toutefois atteinte aux formes judiciainaises , mais les magnats lithuaniens res et aux formes de droit local ; 7° les faisaient une vive opposition à de tels palatinats de Prusse auront aussi leurs progrès ; ils sentaient qu'une fois l'u- représentants à la diète, nion entièrement achevée, leur place Cette diète, si mémorable dans les au sénat, qu'ils devaient jusque-là à la annales de la Pologne, fut encore ténaissance, leur serait enlevée, attendu moin d'un acte qui rappelait la puisque la Pologne ne reconnaissait pas sance nationale. Le prince Frédéric-All'hérédité dans cette assemblée. La Po- bert, duc de Prusse, y reçut des mains logwe voulait, en outre, a voir des droits du roi Sigismond-Auguste (comme égaux sur la Livonie , que la Lithuanie nous en parlerons plus loin ) l'investi* prétendait conserver pour elle seule, ture, et les ambassadeurs de l'élecmalgré que ses forces personnelles ne teur de Brandebourg et du margrave fussent pas suffisantes pour défendre, d'Anspach y obtinrent aussi des drasans la Pologne, cette province. Aussi peaux, comme un gage d'hérédité priles conditions d'une union complète mitive.
furent-elles longtemps débattues , et LE DERinER DES JAGELL0NS . les choses n aboutirent a une solution
qu'après la mort des deux plus violents 1572. Tout semblait donc présager
opposants, le prince Nicolas Radziwill au pays un avenir brillant et assuré,
et le palatin de Malborg Achace Czema quand son souverain mourut à peine
( de Zehmen ). âgé de cinquante-deux ans. Les plaisirs
Enlin ladiètedeLublin, en 1569, ter- et les excès de volupté auxquels il se
mina cette œuvre remarquable. Le roi, livrait, afin d'oublier ses soucis inté-
le sénat, les princes lithuaniens, les rieurs, avaient usé et tué Sigismond-
nonces des terres et des villes , les Auguste avant le temps,
hauts fonctionnaires et les envoyés de Sa mort, arrivée en 1572 à Kny-
plusieurs cours étrangères assistèrent szyn , forme une époque des plus re-
I/UNIVERS
marquables dans la politique de la Pologne. Dernier prince de la race des Jagellons, race qui avait jeté tant d'éclat sur la troisième période de l'histoire polonaise, Sigismond laissa le trône sans héritier, et dès lors la forme du gouvernement fut de plein droit élective. Cette heure solennelle, qui ouvrait de nouveau une arène à toutes les ambitions et aux intérêts personnels, était impatiemment attendue de îa noblesse, dont les membres aveuglés ne s'apercevaient pas qu'en minant sans cesse le pouvoir royal , en asservissant les pavsans et en limitant l'industrie et les franchises des bourgeois, ils renversaient les bases fondamentales sur lesquelles reposaient leur propre existence et le salut du pays.
Malgré la reconnaissance que la Pologne a toujours conservée pour la race des Jagellons, si brillante par son esprit chevaleresque, son amour de la justice , sa loyauté , sa tolérance et sa générosité, 1 histoire impartiale ne peut s'empêcher de remarquer en elle un manque absolu d'énergie et un excès de funeste confiance. Il est à déplorer que du sein de ces princes il ne se soit pas élevé un chef qui , saisissant d'une main vigoureuse les rênes de l'État, ait abaissé l'orgueil des mutins, consolidé l'hérédité, èt fondé un royaume dans lequel un monarque puissant et une nation "libre eussent pu marcher de concert vers la gloire et le bonheur.
Le droit d'élection préluda donc, en ces temps d'absolutisme compacte , à une décadence que devait précipiter le droit encore plus fatal du liberum veto. C'est depuis cette époque que les puissances étrangères, auxquelles la Pologne s'en allait demander des souverains, s'immiscèrent dans les affaires du pays , et semèrent les germes dedestructionquidevaient faire crouler par la suite le plus vieil édifice du Nord.