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POPULATION

Sous Jean Kasimir et avant la guerre désastreuse avec la Suède en 1655, la population du royaume s'élevait à quinze millions d'âmes. SelonBandtkie(**), les luttes funestes soutenues à cette époque contre les Suédois, les Moskovites, les Nrandebourgeois , les Kosaks , les Transylvaniens , les Tatars et les Valachiens , enlevèrent à la nation trois millions d'habitants. Zeiler affirme que les Tatars et les Kosaks emmenèrent dans le cours de leurs fréquentes invasions plus de douze cent mille prisonniers.

La population de la Pologne, dans l'étendue de ses limites de 1772 (***), se monte à 2(^220,000 habitants, composés comme il suit :

6,77Q,Q00 Polonais; , 7,520,000 Russiens ( ne pas confondre avec Moskovites) ; 2.110,000 Juifs; 1,900,000 Lithuaniens; 1,640,000 Allemands; 180,000 Moskovites (Russes); 100,000 Valachiens.

La division en cultes religieux est de :

8,560,000 catholiques romains; 3,740,000 catholiques grecs ou grecsunis ;

3,430,000 grecs russes; 2,160,000 protestants; 2,110,000 Juifs; 180,000 vieux croyants moskovites ; 50,000 mahométans.

ODelille.

(*") Bandtkie, Histoire de la Pologne.

(***) Stanislas Plater, Géographie de la partie orientale de l'Europe.

- « Ces deux tableaux font voir que la race slave est la plus nombreuse dans la famille russienne , qui se divise en trois branches : r celle de la Russie blanche et de la Russie noire; 2° celle d'Ukraine, de Podolie et de Wolhynie; 3° celle de Russie rouge ou galicienne. La première et la dernière se rapprochent le plus des Polonais, tant sous le rapport de l'idiome que sous celui de la religion, car elles appartiennent à l'Église unie, et les sermons sont dits en langue polonaise. La famille slave qui habite la Wolhynie, la Podolie et l'Ukraine, se distingue par l'idiome et l'église : son chef religieux habite Moskou ; mais, malgré cela, son idiome et ses sentiments sont encore plus rapprochés de la Pologne que de la Moskovie. — Ici est le point central où la nationalité et la civilisation polonaises luttent depuis l'introduction du christianisme contre les attaques dirigées envers la Slavonie et contre les principes et les nationalités normande et tatare, sources primitives de la nationalité moskovite. — En considérant la population polonaise, on voit le meilleur partage en cultes religieux.

Les catholiques et les grecs-unis appartiennent à une même église et à une même patrie. Les Grecs podoliens ont une église différente de la notre, mais ils ont aussi une patrie différente de la nôtre et de celle moskovite; c'est une nation intermédiaire. En admettant cette base, nous aurons 12,340,000 Slaves catholiques et 3,610,000 Slaves du rit grec, ou quatre Polonais en proportion d'un Russien ( distinguez toujours Russien de Russe ). — A la nationalité polonaise il faut encore ajouter 50,000 Mahométans - Tatars , qui sont de cœur et d'âme Polonais.

La population juive, et surtout celle allemande, si différentes de caractère entre elles, entrent encore dans notre nationalité et jamais dans celle russe.

Les Lithuaniens, comme catholiques, sont Polonais. — C'est ainsi que la nationalité polonaise est l'élément supérieur sur notre sol , et , même en la comparant sous le rapport de l'influence morale, elle est entièrement

POLOCN E

polonaise et dominante par la religion , les sciences , l'industrie et l'agriculture (*). »

Par le premier partage, effectué en 1773, on enleva à la Pologne 4,916,000 habitants. La Prusse s'appropria pour sa portion 630 railles carrés de terrain et 416,000 habitants, l'Autriche 1,280 milles carrés et 2,700,000 habitants, et la Russie 1,975 milles carrés et 1,800,000 habitants.

Le second partage, en 1793, ravit encore à la Pologne plus de 4,100,000 habitants. La Prusse s'empara dç 1,000 milles carrés avec 1,100,000 habitants, et la Russie de 4,000 milles carrés passés, avec plus de 3,000,000 d'habitants.

Réduite par ces deux spoliations à 4,400 milles carrés et 3,400,000 habitants, la Pologne fut rayée par le troisième partage (1795) du rang des États indépendants.

Le traité de Tilsitt (7 juillet 1807) la reconstitua en partie, sous le nom de grand-duché de Warsovie; il se composait de 1,800 milles carrés renfermant 2,000,000 d'habitants. Selon les rapports officiels, ce dernier chiffre était monté jusqu'à 4,059,617 dans le royaume de Pologne , devenu province russe en 1835.

Le savant Czacki , comparant dans ses études l'étendue du territoire polonais avec son produit , dit : que si la Pologne (telle qu'elle était en 1772), et y compris la Lithuanie, avait seulement la moitié de son territoire cultivée, elle pourrait nourrir 58,353,500 habitants.

Sous le règne de Boleslas le Grand, vers Tannée 1020, la population polonaise se divisait en plusieurs catégories.

1° Les esclaves (servi) et les serfs (liberati), qui dépendaient des seigneurs. Cette classe s'augmentaitconsidérablement des prisonniersdeguerre, et diminuait bien peu par l'affranchissement.

2° Les agriculteurs (rustici), classe

(*) A. Slowaczynski , Dictionnaire géographique.

la plus nombreuse, riche , et résidant dans les domaines de la noblesse, du clergé et de la couronne. Ils gardaient les villes et les châteaux. Ceux d'entre eux qui faisaient un service militaire (milites gregarii) , armés du bouclier (clypeati) ou de la cuirasse (laricati), étaient presque assimilés à la uoblesse , et jouissaient d'une portion de ses privilèges.

3° Les nobles (nobiles), faisant seulement à cheval la guerre. C'était la classe la plus active pour le service public, et dans le nombre figuraient des seigneurs plus distingués (/amitiares, magnati, cunei) qui avaient un droit plus spécial aux faveurs du souverain.

L'historien Kromer dit dans son ouvrage publié en 1574 (*) : « Les nobles (szlachta) ou habitants terriens étaient, nommés ainsi , parce que, originairement , ils acquéraient en propriété les terres des domaines des princes qui leur revenaient par suite de leur service militaire. De temps immémorial, leurs habitations sont dispersées tant dans les bois que dans les champs. Dans leurs châteaux, ils s'occupent principalement de lâchasse. Les plus puissants sont entourés d'une petite noblesse (drobna szlachta), habillée de drap de même couleur. Cette assistance n'est pas une nécessité, mais elle sert à acquérir protection devant les tribunaux, dont les places sont occupées par les grands, ainsi que pour s'attirer la bienveillance des sénateurs séculiers et ecclésiastiques , ou des grands citoyens oui ont bien mérité de la patrie.

La noblesse la plus puissante passait et terminait ainsi sa vie à la cour des magnats. »

Malgré toutes les inégalités extérieures ou personnelles, les nobles jouissaient d'une égalité absolue devant la loi de l'État, et de là provint, en même temps que l'indépendance monstrueuse d'une classe de privilégiés, l'oppression tyrannique du restant de la nation. En admettant tous les repro-

(•) Kromer, de Situ Poloniœ et gente polona.

L'UNIVERS

ches adressés aux magnats polonais, qui, occupés d'eux seuls et de leurs jouissances , trouvaient dans les excès de lâches consolations aux malheurs du pays, et pardonnaient à ses oppresseurs afin d'en obtenir en échange une facile tolérance, il n'en est pas moins vrai que la noblesse polonaise représentait a elle seule la vie politique de la république ; et , tant que la bravo ure et le désintéressement, vertus de leurs aïeux , résistèrent à l'enivrement du pouvoir, on vit sortir du sein de cette même noblesse, qui pouvait dire comme Louis XIV : « VEtat, c'est vwi ! » de grands citoyens , d'illustres guerriers et des rois qui sauvèrent plus d'une fois la chrétienté.

La classe ouvrière dans les villes se composaitprincipalement d'Allemands.

Il n'y avait pas de bourgeois proprement dits en Pologne; le véritable bourgeois , l'industriel , c'était le juif.

Le paysan commença à jouir d'une position tolérable sous le règne deKasimir le Grand, à qui la postérité a conservé le surnom de roides paysans, et gui s'occupa avec une sollicitude vraiment paternelle du sort de cette nombreuse classe, à la fois la plus intéressante et la plus malheureuse. De 1370 à 1572, les seigneurs fonciers , dans les transactions qu'ils imposaient aux rois, firent dégrever le peuple de la campagne des charges et impôts publics , pour s'en approprier petit à petit les avantages. Aux quatorzième et quinzième siècles, l'état du paysan en Pologne était, sinon préférable, du moins égal à celui dont il jouissait dans l'Europe occidentale. A la fin du seizième siècle, le paysan polonais était encore libre, et si la faculté de se déplacer était soumise pour lui à do certaines restrictions , ces restrictions ne devaient être attribuées qu'à une mesure d'ordre. La loi le protégeait efficacement contre les vexations des seigneurs ; mais, à mesure que la condition de ses semblables s'améliorait dans l'Occident, la noblesse polonaise, de plus en plus oppressive et envahissante , le réduisit par degrés à l'état de bête de somme. La misère remplaça

alors chez lui une honnête aisance, et l'ivrognerie succéda aux joies innonocentes d'un être moral cultivé.

Ce n'est que depuis une cinquantaine d'années seulement que le servage a été aboli en Pologne , et encore en certaines localités; car, dans les provinces incorporées à la Russie, à la fin du dix-huitième siècle, ainsi qu'en Lithuanie, en Wolhynie, en Podolie et en Ukraine, les paysans sont toujours esclaves.

« Le peuple polonais , dit Kromer , a le teint clair, les cheveux blonds ; il est d'une belle stature et d'une taille moyenne; la bonté et la loyauté se peignent sur la figure des deux sexes. »

« Une chose bien remarquable , et qu'on ne trouve que dans l'histoire de la Pologne ( observe très -judicieusement M. Spazier, dans son introduction à l'Histoire de la révolution polonaise de 1830), c'est que le paysan polonais , soit à l'époque où il était encore attaché à la glèbe, soit depuis son affranchissement, a constamment donné à son maître des preuves d'une affection partout ailleurs sans exemple ; tandis que, chez d'autres peuples voisins, et dont l'organisation sociale était la même , comme, par exemple , chez les Kourlandais, encore à présent le serf a voué à son maître une haine implacable. Lors même que d'autres contrées, dont les habitants ne jetaient qu'un regard de mépris sur l'existence au serf polonais, étaient en proie à des insurrections aussi violentes que cruelles des paysans contre leurs seigneurs, l'histoire de la Pologne ne fait mention d'aucun sujet de différend entre le serf et son seigneur; au contraire elle nous apprend que, dans tous les temps et au moindre signal, le paysan accourait auprès de son maître, pour le servir dans les entreprises les plus hasardeuses. »

Le paysan polonais aime avec passion le sol natal; aussi porte-t-il une haine innée aux oppresseurs de sa patrie. Le curé du village, voilà son prophète; la religion catholique et la Pologne, les deux mots qui résument toutes ses affections. Il est honnête,

puis le cou jusqu'à la ceinture, et d'un large manteau semblable à un froc ; )ar-dessus la calotte , qui ne les quitte amais, ils portent un chapeau à grands jords, ou un bonnet de poil, même en été; des pantoufles leur servent de chaussure : ils laissent croître leur barbe , ainsi que leurs cheveux , en longues touffes de côté.

Les juifs polonais passent pour être les plus adroits filoux d'Europe, et il est bien rare que l'un d'eux ne figure pas, soit comme acteur principal , soit comme complice , dans les procès pour vol ou escroquerie : tout moyen de gagner de l'argent sans travailler leur paraissant bon. La presque totalité des misérables qui se livrent à l'espionnage provient aussi d'eux.

Tous les efforts tentés jusqu'ici pour les réformer et rendre utiles au pays ont été vains ; les juifs resteront longtemps encore pour la Pologne une plaie difficile, sinon impossible à guérir. De tout temps, des mœurs crapuleuses, des habitudes de saleté, l'avidité du gain , un penchant prononcé à la friponnerie, firent détester du peuple et mépriser des classes supérieures ces sectaires, qui forment un État dans l'État.

Les juifs et les Allemands alternent entre les nobles et les paysans ; mais autant les juifs sont fourbes, dépravés, autant les ' Allemands sont intègres et travailleurs.

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