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CHEFS DES PARTIS

Au moment où le sort de la Pologne allait encore une fois se décider, par l'élection d'un nouveau roi, la fatalité qui pesait sur les destinées du pays voulut que les Polonais se divisassent dans cette crise en deux grands partis.

Le premier, qui s'intitulait de prédilection parti républicain, comptait parmi ses notabilités plusieurs Potocki, le vieil hetman Branicki, et le prince Charles Stanislas Radziwill, palatin de Wilna. Ce dernier chef, possesseur jd'une fortune immense et doué de courage et d'ardeur, était totalement dépourvu d'éducation élevée , et rappelait sans cesse, par les bizarreries sauvages de sa vie, le temps où la force , corporelle l'emportait sur tout. Le * parti républicain exigeait le statu quo dans les institutions de l'État et repoussait toute intervention étrangère.

Le deuxième était dirigé par les Czartoryski et Poniatowski. Le maréchal Auguste Czartoryski, devenu immensément riche par son mariage, conservait en tout de la dignité et de la modération ; peu avare de conseils, il ne tenait pas à ce qu'ils fussent exécutés , et semblait avoir oublié, en apparence du moins, tout

Erojet ambitieux. Toutefois le véritale chef de ce deuxième parti était le frère d'Auguste, Michel Czartoryski, grand-chancelier de Lithuanie. Aussi adroit qu'actif, il connaissait les noms et les relations de la plupart des membres de la noblesse et possédait ce coup d'œil précieux qui sait employer chacun dans sa, sphère ; mais, comme l'observe judicieusement Rulhière , cette même expérience des hommes avait rendu le prince Michel blessant pour les personnes, par ses sarcasmes, et il faisait ainsi du tort aux plans les mieux combinés (*). Ce parti, tout à l'inverse du parti républicain, entendait se servir de l'influence étrangère

(*) Rulhière, Histoire de l'anarchie en Pologue.

pour introduire les changements et améliorations jugés nécessaires.

Telles étaient les deux grandes factious prêtes à s'entre-choqber en présence des ennemis, qui attendaient avec impatience le signal de la lutte afin d'en profiter. Toutes les deux avaient tort : la première, en présentant comme base indispensable de la constitution le maintien de choses erronées ; la seconde , en espérant des résultats salutaires de l'intervention de l'étranger. Le but de l'une était aussi hlûmable que les moyens d'exécution de l'autre.

« Plus que jamais se fit sentir à cette époque (pendant le règne d'Auguste III, et lors de l'avènement de Poniatowski) la défectuosité de l'édifice social polonais et la fausseté de sa base. Si, au lieu de quelques milliers d'individus influant exclusivement sur les destiné es xi u pays, plusieurs millions d'hommes , toute la nation , en un mot , eus?

sent joui de droits égaux, si le peuple eut été libre et eut su conséquemment sentir et penser, n'aurait-il pas, en cas d'indolence ou de perversité d'une partie des citoyens, donné signe de vie et sauvé la cause nationale au bord du précipice? Mais, plongé dans les ténènresue l'ignorance, il n'avait ni liberté, ni faculté de réfléchir. Jamais, jamais la" réforme sociale n'avait été plus nécessaire qu'en ce moment; mais il n'y a point de sauts subits dans l'existence des sociétés. Tout dans les commotions des nations a, comme dans la nature entière, ses lointains et puissants motifs. Ainsi que les autres, la société polonaise se formait par degrés, en adoptant la physionomie des siècles.

Notre république nobiliaire comptait de brillants jours de puissance, et pendant longtemps son existence fut forte, solennelle et retentissante. Il n'est donc pas étonnant qu'arrivée même au «dernier période de décadence, un seul instant n'ait pu suffire à raser d'une manière complète des bases enracinées profondément ; surtout lorsqu'un des éléments du corps de la nation (les uon-nobles), limité et paralysé, n'était pas encore en état d'agir par

lui-même et de contribuer à l'enfantement d'un nouvel édifice social (*).

INVASIOîf DES RUSSES.

1764. Tandis qu'à l'aide d'un langage mielleux et perfide, la diplomatie étrangère cherchait à leurrer le pays , en lui promettant d'assurer la liberté de l'élection, un traité secret conclu entre la Russie et la Prusse (mars 1764) stipulait quePoniatowski serait roi (**).

Et quand le baron de Breteuil pro-

I)osa a Catherine II de s'entendre avec a France à l'égard de la prochaine élection polonaise, la tzarine répondit nettement : « L'avenir vous appren- « dra s'il appartient à quelque autre « oue moi de donner un roi aux Po- « îonais (***). »

Catherine ne s'en tint point aux paroles, et quarante mille Russes ne tardèrent pas à entrer en Pologne. Ce fut bien en vain qu'on cria et qu'on gémit sur l'atteinte portée à l'indépendance et aux libertés nationales. L'ambassadeur de Russie, le comte de Repnin, se contenta de faire valoir dans sa réponse que les soldats étrangers, vivant avec leur argent, ne tomberaient pas à la charge des habitants; puis, quelques jours après, il joignit l'ironie à 1 injustice et dit : « Comment une na~ « tion aussi grande et libre peut-elle « croire au' une poignée de Russes.

« puisse léser en quelque point ses « droits (****)? »

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