‹ PologneChapitre 61 sur 103 · DIÈTE ÉLECTIVE · texte numérisé non relu

DIÈTE ÉLECTIVE

1764. C'est sous de pareils auspices et au milieu de la lutte des partis , lutte que signalaient des actes de violence et de férocité, que les diétines élurent les représentants à la grande diète. Bientôt Warsovie vit abonder

(*) François Grzymala , Sybilla , journal polonais. Paris, i834<

(**) Frédéric II , Œuvres posthumes.

(***) Rulhière , Histoire de l'anarchie en Pologne.

(****) Noies officielles de Repnin, des 16 avril et 4 mai 1764.

L'UNIVERS

dans son sein, en groupes armés, les Polonais, les Russes, les Prussiens, les Hongrois, les Turcs et les Tatars.

Cette réunion de membres de nations si diverses, tous calmes en apparence, indiquait bien le danger auquel la république se trouvait exposée.

La Russie prenait de plus en plus position ; et une fois que Repnin eut été adjoint au comte Kayserling , on ne garda plus aucune retenue. D'un caractère ambitieux et sans frein, Repnin, élevé dans les idées de son oncle Panin , ministre de Catherine, avait été perverti par les tergiversations diplomatiques. Il ne voyait en tout que Je pouvoir de la Russie ; et quand on lui demanda pourquoi la tzarine s'intéressait tant aux affaires polonaises , il répondit avec hauteur : « fous au- « riez dû le demander plutôt, maùir « tenant il est trop tard (*). »

La diète s'ouvrit le 7 mai. Des troupes russes étaient postées, mèches allumées, chez Kavserling, Repnin et Poniatowski, etcfe nombreuses patrouilles de Kosaks parcouraient les rues et gardaient les places. L'insolence de Repnin alla jusqu'à introduire des soldats de sa nation dans le sein de la salle des délibérations et de les y faire asseoir à côté des députés. Le maréchal de la diète, Malachowski, refusa d'ouvrir la séance, tant que ces étran-

f ers n'auraient pas été éloignés. Les abres furent alors tirés, et la minorité généreuse qui tenait à sauver l'honneur du pays, allait être accablée, quand le nonce Mokronowski s'écria au milieu du tumulte : « Comment, « vous êtes les représentants de la « patrie et vous portez la livrée d'une « famille {**)! Puis il remit son sabre dans le fourreau, et, se plaçant les bras croisés devant ses adversaires , il ajouta avec calme : S'il vous faut une victime, me voici; moi, du moins, je veux mourir libre, comme foi vécu.

(*) Rulhière, Histoire de l'anarchie en Pologne.

(**) Rulhière, Histoire de l'anarchie en Pologne; Joubert, Histoire des révolutions en Pologne.

Ces paroles imposèrent aux plus acharnés, et les partisans de la Russie, redoutant les suites d'une telle scène, laissèrent les membres de l'opposition sortir tranquillement de la salie. Les Czartoryski craignirent aussi d'avoir été trop loin et s'empressèrent de déclarer qu'ils n'étaient pour rien dans cet acte de violence.

Mokronowski se rendit à Berlin, *t là, A proposa à Frédéric II de porter au trône polonais le prince Henri ; mais les traités qui existaient entre la Prusse et la Russie s'opposèrent à l'exécution de ce projet. « Gomme la France était alliée a l'Autriche, ennemie naturelle de la Prusse, et que l'Angleterre avait manqué précédemment de foi , Frédéric H pensa qu'il était de son intérêt de maintenir la convention avec la Russie et qu'il valait mieux que Catherine donnât un roi à la Pologne que de la kl i voir conquérir (*). »

Les Czartoryski, demeurés à la tête de la portion victorieuse , qui se composait de quatre-vingts députés sur trois cents réunis d'abord , n'eurent rien de plus pressé que de réformer la constitution ; et on les laissa y introduire quelques changements de peu d'importance, quitte à les arrêter quand ils en viendraient aux bases fondamentales.

« L'absence du vieux Branicki, qui comptait en vain sur l'appui de la France, la mort du nouvel électeur de Saxe , Frédéric Chrétien , survenue le 17 décembre 1763, et l'inaction de toutes les autres puissances de l'Europe, laissèrent le cliamp libre à la Russie.

Ce fut pourtant au milieu d'un concours de circonstances si favorables que Catherine faillit détruire son propre ouvrage : elle hésita un moment entre Poniatowski , le prince Adam Czartoryski, et le comte Oginski, gendre de ce dernier <**). » Mais elle revint bientôt à son premier projet, et Stanislas Auguste fut élu roi de Pologne, par les députés présents, le 7 septembre 1764.

(*) M. de Raumer, Chute de la Pologne.

(**) Même auteur.

uigiiiz

STAÏfISLAS-AtTGUSTE FOHIiTOWSEI.

Envoyé d'abord à la cour de Saint- Pétersbourg en qualité d'ambassadeur de Ja république, Stanislas Poniatowski avait été chargé en outre de suivre auprès du cabinet russe les affaires de la maison Czartoryski.

Le jeune émissaire , doué d'une "belle figure et de nombreuses qualités physiques et morales, ne tarda pas à attirer sur lui les regards de la luxurieuse tzarine. La chronique secrète rapporte qu'il fut pendant assez longtemps maître du cœur et de la personne de Catherine : ce qui favorisa l'accomplissement de l'horoscope tiré

{>ar le médecin Fornica,qui, se méant aussi d'astrologie, avait prédit, raconte-l-on, à Poniatowski dans son enfance qu'il serait un jour roi.

Les faveurs de l'impératrice, venant après un grand nombre d'autres conquêtes, augmentèrent encore l'amourpropre de Poniatowski, qui oublia promptement les intérêts de ses oncles pour ne songer qu'aux siens. Il ne seconda que trop bien par là les plans de Catherine ; et lorsque celle-ci fut fatiguée de cette nouvelle liaison, elle résolut de faire de l'amant congédié un roi de Pologne, mais roi faible et entièrement soumis à ses volontés.

VVIOX DES DISSIDENTS.

1766. Peu de temps après l'élection de Poniatowski , Catherine envoya à Warsovie l'Allemand Saldern, homme perdu de réputation et aussi rampant devant ses supérieurs qu'impertinent et hautain envers ses inférieurs. Il était chargé d'opérer la réconciliation des deux partis dissidents, d'examiner la conduite de Repnin , et d'arriver à la conclusion d'un traité du Nord; mais sou rapport, rempli de ménagements pour Repnin et rédigé dans un esprit hostile aux Polonais , ne calma rien : les discordes prirent seulement une nouvelle direction

Les notes des ambassadeurs de Russie et de Prusse en faveur des libertés

Ou NE. 139

religieuses , en fournirent la source.

Les demandes précédentes a cet égard, non écoutées, furent renouvelées par les deux puissances en novembre 1 766, collectivement avec la Suède, le Danemark et l'Angleterre. Ce fut vainemeut, car les catholiques zélés, qui avaient à leur tfte Pévéque de Krakovie, Cajetan Soltyk', appuyé du légat Visconti , rejetèrent de nouveau toute mesure conciliatrice, en dépit non-seulement des principes de la tolérance chrétienne, mais encore contre toutes les règles de la prévoyance politique.

La Russie profita habilement d'une faute aussi énorme et sut , sous prétexte d'un généreux appui accordé par elle à la liberté de conscience, détaener beaucoup de Polonais de la cause nationale. La tzarine promit donc sa protection aux dissidents, et Repnin rit dévaster ou confisquer les biens de Soltyk et des évêques qui persistèrent dans leur refus.

Grâce à ces mesures , l'union des dissidents prit chaque jour une force nouvelle. Les villes de Dantzig et d'fclbing,. ainsi que toute la Kourlande, y donnèrent leur adhésion. Beaucoup de catholiques se joignirent également à elle , poussés soit par l'influence moskovite , soit par la conviction du besoin d'une juste tolérance.

Page 1