DÉPORTATIONS EN SIBERIE
1767. Repnin embrouillait de plus en plus les affaires du pays , et la Pologne fut témoin cette année d'un spectacle encore inouï chez elle. L'envoyé russe avait placé à la tôte de la diète un ennemi particulier du roi, Radziwill, dont le premier soin fut de proposer la nomination d'une commission de législateurs, qui serait chargée de confectionner une nouvelle constitution, avec plein pouvoir de décider sur toute chose et saus être tenue de rendre aucun compte de sa conduite, ni être soumise à aucune responsabilité.
L'opposition, qui voyait parfaitement où tendait cette ' proposition , éleva avec force la voix pour repousser une mesure qui menait tout droit à la tyrannie décemvirale et plaçait le royaume sous la complète dépendance
(*) Lind, Lelters.
de la Russie. Plusieurs opposants, notamment l'évêque de Kamiénieç, Krasinski, conseillèrent de temporiser et d'attendre un mouvement favorable de la Turquie ; mais Soltvk , persistant fermement dans sa volonté, s'écria :
Si je succombe , votre devoir sera de marcher sur les traces que vous m'indiquez.
Alors Repnin fit arrêter, sans doute à la suite d'ordres supérieurs, dans la nuit du 13 au 14 octobre, les évéques de Krnkovieet dehiiow, ainsi que les comtes Rzewuski , père et fils. D'autres prélats, sénateurs et députés, tous ceux, en un mot, qui refusèrent de déclarer leur soumission par écrit, se virent également saisis dans leurs personnes et transportés en Sibérie (*).
L'épouvante que ces actes de violence jetèrent parmi les Polonais fut grande, mais. l'Europe demeura spectatrice muette d'une pareille atteinte portée au droit des nations. Nul ne prit en main la défense des malheureux opprimes ; et le faible roi, dans un discours empreint d'un style fleuri assez peu de saison, invita la nation à l'union et à la patience. De son côté, et pour toute explication , Repnin se borna à répondre qu'il n'avait de compte à rendre qu'à son impératrice.