CONFÉDÉRATION DE BAR
1 768.Lfne nouvelle constitution, con nue sous le nom de Lois cardinales et Matières d'État, fut enfantée à l'aide des baïonnettes russes. Elle donnait force de loi à tous les abus et perpétuait l'anarchie; aussi poussat-elle à bout la patience des patriotes.
Déjà et afin d'intéresser les autres États en faveur de la cause polonaise, l'évêque de Kamiénieç , Adam Krasinski , parcourait depuis quelque temps diverses cours d'Europe ; mais fatiguées des longues guerres qu'elles avaient soutenues, les puissances étrangères ue prêtèrent qu'une oreille dis-
(*) Jekel , Staatsveràndcrungen in Polen ( Réformes politiques en Pologne.)
traite aux accents du prélat. La France même, en alliance intime avec l'Autriche par suite des derniers traités , se renferma dans un rôle presque passif; c'est à peine si elle accorda quelques secours insignifiants apportés par Dumouriez, et encore n'eurent-ils aucun cachet officiel..
Quanta la Turquie, guerroyant contre la Russie avec des résultats malheureux, elle ne pouvait guère offrir d'espoir aux Polonais. D'ailleurs l'évêque Rrasinski avait écrit àPotocki :
« Attirer les Turcs pour chasser les Russes , c'est mettre le feu à la maison pour se débarrasser des vers (*). »
Et, en effet, le grand-vizir Méhémet avait eu le projet de dévaster et appauvrir la Pologne , pour la plus grande sûreté de l'empire ottoman.
Les Polonais durent donc ne compter que sur eux-mêmes, et, le 29 février 1708, fut proclamée la célèbre confédération de Bar (petite ville de Podolie) , à la tête de laquelle apparurent Joseph Pulawski et ses fils, François Rrasinski, Paç, et autres notabilités. Le but de cette association était de secouer le joug de l'étranger; mais, à côté de ce but si noble et sacré, la funeste influence qui présidait aux destins du pays fit que les confédérés prirent, en outre, la persécution des protestants pour bannière religieuse et le liberum veto pour étendard politique, deux fautes capitales.
A cette levée de boucliers, Repnin répondit en s'emparant de toutes les ' munitions de guerre, considérant les confédérés comme rebelles, et força le sénat de supplier Catherine de ne pas retirer ses troupes du royaume.
Un choc sanglant devenait dès lors inévitable, mais aucune guerre moderne n'offrit le tableau d'atrocités pareilles à celles qui signalèrent la lutte que nous constatons. Nous nous contenterons d'en rapporter quelques exemples.
Les hordes sauvages des Haidamaques et des Kosaks zaporogues, arra-
(•) Rulhière, Histoire de l'anarchie en Pologne.
chées par la Russie à leurs steppes stériles ou à leurs marais fangeux, portèrent dans toutes les parties de la Pologne le meurtre et l'incendie. Un noble, un moine, un juif et un chien étaient pendus ensemble avec cette sentence ironique : Tout est égal (*).
Nombre de gens furent enterrés vifs jusqu'au cou , puis on leur fracassait la tête. On ouvrait le ventre aux femmes enceintes, et on substituait au fruit ravi à leurs entrailles des chats furieux. Les propres généraux russes se plaisaient à donner le knout aux officiers polonais captifs, à les fusiller eux-mêmes (**). Le colonel Drewitz ne renvoyait ses prisonniers qu'après leur avoir fait écorcher la peau des épaules, en guise d'habillement polonais dit kontusz. Des mutilations plus horribles encore s'exercèrent.
Les chances de la lutte furent longtemps balancées. Malgré la perte de son père et de ses frères, Kasimir Pulawski continuait de Jaire la plus vigoureuse résistance, mais il se vit forcé, à la longue, de s'enfermer dans le couvent fortifié de Czenstochowa. Ce
Î|ui affaiblit surtout le parti des conédérés, ce fut la non-réussite du projet d'enlèvement du roi.
ENLÈVEMENT DU ROr.
1771. Cette tentative eut lieu le 3 novembre 1771, à Warsovie. Pulawski donna son assentiment au projet des confédérés de Bar, mais sous la clause expresse qu'il ne serait porté aucune atteinte à t 'existence du prisonnier; et Strawinski, homme d'une imagination ardente et d'un caractère impétueux, se chargea dé l'exécution, après avoir prêté serment d'amener le roi vivant à Czenstochowa. Il saisit , en conséquence, le moment où Poniatowski se rendait le soir chez son oncle, le grand-chancelier Michel Czartoryski, pour attaquer le faible cortège
(*) Rulhière, Histoire de l'anarchie en Pologne.
(•*) Meisner , Leben Brenkenhofs (Vie de Brenkenhof ).
qui l'accompagnait. Deux hayduks sont tués, mais dans la bagarre les conjurés prennent l'aide de camp du roi ur ce dernier, qui parvient à gagner porte du palais de son oncle; malheureusement ses coups précipités le trahissent : on accourt , il est saisi et entraîné. Au sortir de Warsovie les conjurés, que les ténèbres servent mal, s'égarent et se dispersent. Des patrouilles de Kosak s parcouraient la forêt de Biélany, lieu du rendez-vous général ; Strawinski et Lukaski sont obligés de leur tenir tête, et, pendant ce temps, Kuzma Kosinski, demeuré seul auprès du roi , tombe à ses genoux en implorant son pardon. Ils atteignent tous deux le moulin de Mariemont, où, après quelques heures de cruelle incertitude, les gardes de Ponintowski, avertis par son ordre, viennent le délivrer d'un danger toujours imminent.
Quand l'alarme se répandit dans la ville, le grand-chancelier, loin de voler au secours de son neveu, se mit tranquillement à souper, et Saldern, au récit de l'événement , répondit sèchement qu'une autre affaire l'occupait.
Une fois le roi délivré, on déclara que cette tentative d'enlèvement cachait des projets de régicide; et Poniatowski lui-même entretint les esprits dans cette idée , quoiqu'il eût la parfaite conviction du contraire.