UOMJÉAG1S DE VASS2I.AGE
Parmi les vassaux et tributaires de la couronne polonaise figuraient les ducs de Prusse, les grands maîtres teutoniuues, les ducs de Kounande, et les hospodars de ValaChie et de Moldavie. De tels feudataires attestaient hautement de la puissance nationale, et la solennité avec laquelle se prêtait le serment d'hommage ajoutait encore à l'éclat qui entourait le nom polonais. jNous en rapporterons deux exemples remarquables.
Le premier eut lieu, en 15G9, à la diète de Lublin, où le roi Sigismond- Auguste reçut en grande pompe l'hommage du prince Albert -Frédéric de Prusse.
Après s'être approché lentement du trône, le prince embrassa les pieds de son suzerain , qui lui mit dans la.
main un drapeau blanc orné d'un aigle
L'UNIVERS
noir portant sur sa poitrine les initiales S. A. , chiffre de Sigismond, et lui dit ces paroles: «Nous, Sigismond-Au- ■ guste, roi, inclinant aux prières de « vous et de vos sujets, donnons en Oef « à ta personne Illustre (il se servit des « mots illustritati tuae), comme nous « avions fait à ton père Illustrissime, « les terres, villes, bourgades et for- « teresses de la Prusse : d'icelles nous « investissons ton Illustre personne, « par la remise de cette enseigne, et « nous t'instituons, par notre grâce et a bénignité, dont nous chérissons ton « Illustre personne , comme notre « très-cher neveu, espérant que ta . « personne Illustre se souviendra de ce « bienfait et nous sera agréable et « fidèle. » A la suite de ce discours , le prince, tenant la queue du drapeau, jura ainsi sur les Évangiles:
« Je, Albert- Frédéric , margrave de « Brandebourg, duc en -Prusse et de «Stetin, Poméranie, Slavie, Cassu- « bie, prince de Hugie, burgrave de « Nuremberg, promets et jure que je « sera y Jidel et obéyssant au sérénis- «sime prince et seigneur, monsei- « gneur Sigismond- Auguste , rot/ de « Pologne très-invaincu , grand-duc « de Lithuanie, seigneur et héritier « de Russie et de toutes les terres de «Prusse, comme à mon naturel et « héréditaire seigneur, et aux héri- « tiers de sa sacrée Majesté, à ses « successeurs roys, au rouaume de « Pologne.^ Je procureray le bien de « Sa Majesté, de ses héritiers, et de » tout le royaume ;je les garder ay de « dommage et feray tout ce qui ap- « partient à un Jidel vassal et féodal.
« Ainsi Dieu m'ayde et ce sainct « Évangile (*). » Ce serment reçu , le roi saisit le glaive à deux tranchants que lui présenta le porte-glaive de la couronne, AndréZborowski, en frappa trois coups sur les épaules du prince Frédéric , et , relevant celui-ci , lui passa au cou une chaîne d'or, action qui termina la cérémonie.
Toujours généreux et mil par des
(*) Le Laboureur, Traité du royaume de Pologne.
affections de famille, Sigismond- Auguste confirma en cette occasion les privilèges accordés précédemmment à la Prusse; il fit même plus, car il accorda à cette vassale de la couronne de nouveaux avantages. A la solennité que nous venons de retracer, les ambassadeurs de l'électeur de Brandebourg et du mari: rave d'Anspach portèrent la main au drapeau remis par le roi au prince, en signe des droits de leurs souverains à l'héritage du fief en cas opportun.
Le second exemple eut lieu en 1641 , à Warsovie, le 7 octobre. Revêtu de l'habit du couronnement, et entouré de ses ministres et de toute la cour, Wladislas IV prit place sur un trône élevé devant la grande porte du château royal. Quatre commissaires de l'électeur de Brandebourg s'approchèrent du trône avec respect, et, mettant le genou en terre, supplièrent le roi d'admettre leur maître à prêter le serment de foi et hommage pour le duché de Prusse. A laquelle requête le chancelier fit droit, en transmettant aux commissaires la réponse affirmative de Wladislas. Alors le jeune électeur s'avança à cheval vers le château, et suivi d'un nombreux cortège de chevaliers prussiens et polonais. Deux grands maréchaux de la couronne se portèrent à sa rencontre. Descendu de cheval et amené devant le roi, qu'il salua à deux reprises différentes , l'électeur exposa lui-même, à genoux, sa prière en langue latine. Le chancelier y lit une courte réponse au nom de Wladislas, puis lut la teneur du serment, que l'électeur répéta après lui, la main posée sur les saints Évangiles.
Le prince reçut ensuite du roi le diplôme du liet de la Prusse, offrant ses vifs remercîments à son suzerain du bienfait accordé. Wladislas ne tarda pas à le relever et à lui faire prendre place à ses côtés.
En cette occasion comme à la précédente, deux ambassadeurs des princes de la maison de Brandebourg furent admis à toucher au drapeau feudataire; plusieurs seigneurs se virent aussi armés chevaliers par le roi.
Un splendide festin termina cette . l'église. Le nonce, entouré d'une nom
journée mémorable, et, le lendemain, l'électeur traita à son tour avec maguificence le roi , la reine et toute lu cour.
De nombreux présents étaient également offerts par le feudataire à son suzerain dans ces sortes de solennités.
Parmi ceux dont les chevaliers teuto
breuse cavalcade , se tenait, dans un magnifique carrosse. On portait devant lui , sur des coussins de velours, un riche casque, un glaive et une rose d'or. Le roi et la reine, suivis de toute la cour en grand costume, venaient ensuite. Apres la messe, le nonce, as-
niques lirent hommage à Kasimir le siste de quatre évéques , remit a So- Grand, se trouvaient dix-huit faucons bieski ses Itttres de créance, tint un et vingt-quatre chiens de chasse appelés discours à l'éloge du souverain, et, donwalhy. nant la bénédiction au roi, lui souhaita
tout le bonheur désirable. Sobie^ki se raisENTs du saist-siégf. leva alors du trône et s'avança vers
l'autel, où le nonce lui mit sur la téte Les papes avaient autrefois l'habi- un casque de velours écarlate, à bartude d'envoyer aux rois, aux princes et res d'or incrustées de riches pierreaux chefs d'armées qui se distinguaient ries; il lui ceignit ensuite le glaive à par des \ictoires sur les hérétiques ou garde et fourreau d'or, la garde or-
par leur piété, des présents. Ils se coin
5 osaient ordinairement d'un glaive et 'un bonnet bénits, ou d'une épée et d'un chapeau , ou enfin d'une rose d'or.
Les aunes avaient la garde en or; le bonnet était de velours cramoisi , deublé d'hermine , entouré d'un cordon d'or, et orné au milieu d'un pi«eon également d'or, représentant le Saint- Esprit.
Le premier exemple de ces libéralités remonte a l'année 1385; et c'était aux grandes fêtes, principalement à ISoël , que le pape bénissait les objets destinés à être envoyés en présent.
La rose s'offrait aux princesses, quoique anciennement on l'eut aussi donnée aux rois : c'est ainsi qu'en 1448, le légat du pape apporta une rose d'or à Kasimir IV.
Sigismond-Auguste fut gratifié d'un glaive et d'un bonnet bénits ; Henri de Valois , au contraire , n'eut qu'une rose. Étienne Batory obtint de Rome, en 1580, un glaive et un bonnet.
R'ibinkowski nous a laissé quelques détails sur les cérémonies qui accompagnèrent la remise des dons envoyés par le pape Innocent XI à Jean Sohieski, après la délivrance de Vienne.
Le 20 juillet 1084, le roi arriva avec sa femme et son fils à Warsovie, où il trouva le nonce du pape et l'ambassadeur de Venise Angélo Morosini. Le cortège se mit bientôt en marche pour
12 e Livraison. (Pologne.)
née de diamants et le fourreau long de deux aunes et demie (une aune un quart de France). Après quoi, le nonce offrit à la reine, de la part du saintpère, une rose d'or, garnie de pierres précieuses, estimée une valeur de quinze cents ducats. Cette partie de la cérémonie terminée, le roi se remit sur sou trône, donna l'accolade avec le glaive à l'ambassadeur de Venise, qui se tenait à genoux devant lui, et le nomma chevalier.
On s'en fut ensuite visiter les tentes prises au grand vizir devant Vienne, lesquelles, par leur étendue, pouvaient bien représenter une ville entière.
Un banquet splendide termina cette journée solennelle.