‹ PologneChapitre 75 sur 103 · ALLIANCES ROYALES · texte numérisé non relu

ALLIANCES ROYALES

C'est peut-être dans les alliances des souverains polonais que le cachet national s'affaiblit le plus rapidement.

Les unions qu'ils contractaient avec des princesses étrangères contribuèrent sans doute beaucoup à faire adopter les usages reçus dans d'autres pays , afin de ne pas effrayer la (lancée par des cérémonies qui lui étaient tout à fait inconnues. Mais ce qui demeura comme des particularités caractéristiques de ces sortes de solennités, ce fut la magnificence des ambassades envoyées à la future du monarque, le luxe qui accompagnait son entrée dans le pays , la prodigalité des présents faits a cette occasion , une hospitalité généreuse envers les convives invités , un esprit chevaleresque dans les fêtes et plaisirs, l'invitation à ces fêtes de nombreux souverains étrangers , et enfin la franche expansion de sentiments qui se manifestait en cette circonstance entre le trône et la nation.

Selon Naruszewicz , la semaine qui précéda le mariage de Boleslas III, et celle qui le suivit , furent employées à faire des présents, en cadeaux et en don itions. Et l'historien Martin Gallus s'exprime ainsi au sujet de ce monarque : «« Boleslaus mimera dore non quierit, aliis scilicet renoues et pelles paiiis cooperlas, aurifrislis dejibutas prineipibus pallia', rasa aurea et araentea, aliis cir dates et ca Stella, aliis villas et pnvdia. v

Lorsque la princesse de* Mantoue , dit l'historien Oornicki , eut été accordée à Sigismond-Auguste , l'ambassadeur de ce monarque, le palatin de AVilna, se rendit à la cour du roi de Hongrie et de Bohême, pour l'exécution de la cérémonie des fiançailles.

Après que le prêtre eut uni les 'mains de l'ambassadeur, qui représentait son maître, à celles de la princesse, on fit honneur au souper, puis au bal.

L'heure voulue par le cérémonial sonnée, le père, c'est-à-dire le roi Ferdinand, enjoignit à l'ambassadeur de se coucher : l'usage existant dans sa maison souveraine devant être accompli.

Le palatin s'étendit donc dans le lit , tout habillé comme il était; mais quand le roi ordonna à sa fille d'en faire autant, celle-ci rougit, hésita, et finit par refuser d'obéir à la volonté paternelle. Alors le père la prit parla tête, sans plus de façons , et dit à son fils :

Maximilien, aide- moi ! Le prince Maximilien prit sa sœur par les pieds , et, de cette manière, ils parvinrent à la coucher à côté du palatin, qui ne savait trop que penser durant cette singulière scène. Bientôt les deux fiancés se levèrent , heureux chacun d'en être quitte.

Quatre mille nobles à cheval, étincelants sur leurs habits d'or et de pierreries , se portèrent à la rencontre de la princesse Anne, fiancée de Sigismond III.

La princesse, Louise-Marie de Nevers, fiancée à Wladislas IV, fit une entrée des plus solennelles dans Dantzig, après v être débarquée. Nous trouvons à ce "sujet les détails suivants dans plusieurs ouvrages sur cette époque.

Il y avait quarante-huit phalanges, chacùnede cent vingt hommes, aux couleurs diverses; deux cent trente carabiniers , en costume français écarlate; soixante varlets à cheval ; quatre cents cavaliers de Dantzig, en costume allemand de drap noir, gilet noir de velours , chapeau de eastor relevé d'un côté et surmonté de plumes noires et blanches, porteurs de chaînes d'or, auxquelles pendaient des clefs et des pistolets ; trois cents dragons de Wejher

sur des chevaux richement caparaçonnés, dont cent armés de lances*, le reste de fusils; trois cents hommes de l'évêque de Warmie, cent cavaliers, cent dragons et cent hayduks hongrois ; cent cinquante hayduks et dragons du vice-chancelier et évéque Kamiéniecki.

La garde du prince Charles comptait deux cents Kos.iks et trois cents hayduks, aux couleurs d'azur. Puis venaient deux cents hayduks et dragons en costume rouge du prince AÎbert Radziwill. Deux cents nobles suivaient en grand costume de velours et de satin, richement -brodé d'or et d'argent, bordé de riches fourrures ; les agrafes en diamants qui ornaient leurs bonnets de zibeline et soutenaient les panaches coûtaient dix, vingt, et jusqu'à trente mille thalers ; leurs chevaux portaient de longues capes de velours, brodées d'or et d'argent et de pierres précieuses, et des panaches noirs évalués à mille thalers.

Le carrosse de la princesse était précédé de six trompettes du roi , et des hallebardiersde la garde l'entouraient.

Les voitures de la cour le suivaient,

Euis le reste de la garde , trois cents ayduks, deux cents Hongrois, trois cents Kosaks, et les fantassins allemands.

Deux arcs de triomphe avaient été élevés. Sur l'un , entre autres statues, il y en avait deux qui représentaient les' nations française et polonaise , en signe d'alliance éternelle. A l'entrée du palais destiné à servir de pied-àterre à la princesse, elle trouva encore un arc de triomphe, soutenu par Apollon et Diane, et surmonté d'un aigle bfanc.

La réception de la princesse à Warsovie se fit encore avec plus de' pompe.

A la tête du cortège paraissaient d'abord cinquante Kosaks à cheval , du prince Janus Radziwill , vêtus en satin vert, cuirassés et armés de haches; cent Kosaks aux couleurs écarlates, vêtus de même ; cent vingt nobles en habits de satin, aux couleurs de ce prince. Puis cent Kosaks de Lanckoronski , aux couleurs ponceau et bleu céleste , armés de fusils ; cent Kosaks

d'Albert Radziwill, chancelier de Lithuanie, au drapeau rouge, orné de son blason; cent Ko aks du maréchal Opalinski , en casques et cuirasses, portant de larges manteaux ; trois cents gardes royaux, en uniforme rouge, doublé de jaune. Le reste de la cavalerie entourait de loin les fantassins, qui se composaient de huit cents gard: s royaux allemands, mousquetaires et hallebardiers , aux uniformes blancs, et de huit cent trente hayduks, aux couleurs de leurs maîtres/Venait ensuite une compagnie de hussards, aux cuirasses luisantes, les épaules couvertes de peaux de léopards et de tigres , armés de lances. Le chef de chaque phalange marchait en tête, ayant derrière les épaules deux grandes ailes d'autruche que le vent faisait mouvoir.

On comptait cinquante drapeaux du roi , et soixante-trois du pod/comorzy .

(grand chambellan) de Lithuanie Radziwill.

A un quart de mille de Warsovie on éleva trois tentes , drapées avec les plus riches tapis de Perse. La princesse entra dans la tente la plus spacieuse, où l'évêque de Luçk Gembicki la complimenta au nom des états; l'évêque d'Orange répondit pour la princesse. Soixante coups de canoa annoncèrent la remise en marche du cortège ; et la nouvelle souveraine monta dans un carrosse tout couvert à l'extérieur de drap d'azur, et en dedans d'une étoffe argentée : six chevaux blancs le traînaient.

Quand le cortège entra dans Warsovie, cinquante deux jeunes filles, choisies par la ville et vêtues en satin bleu aux lisérés d'or, vinrent au-devant de lui. Pendant ce temps , le roi se faisait conduire à l'église cathédrale de Saint-Jean. Il portait un costume français d'une étoffe d'argent , et un chapeau de castor, entouré d'un g rus cordon en diamants et d'une riche agrafe soutenant des plumes.

En entrant dans l'église, la princesse se jeta aux pieds du roi; puis elle entendit debout le discours du chancelier et la réplique de l'évêque d'Oran-

180 L'UNIVERS

ce. Le roi, tourmenté par la goutte, tertres tumulairès, aux immenses pro-

Fut porté à l'autel ; et la reine le suivit, portions, contre lesquels se sont bri-

accompagnéedemadamedeGuébriant. ses les efforts du temps. S'il faut s'en

Le légat Su pape donna la bénédiction rapporter à la tradition populaire, ils

à cette alliance; après quoi fut chanté le contiendraient les dépouilles mortelles

Te Deum, et Ton déchargea les mous- de Wanda et de Krakus, deux des pre-

quets et les canons. miers chefs de la nation.

A la salle de réception, ce fut ma- Quand, avec Miéczvslas I er , lechris-

dame.de G uébriant qui . en sa qualité tianisme prit naissance en Pologne,

d'ambassadrice extraordinaire , pré- un grand changement s'opéra dans les

senta la nouvelle reine, et fit le corn- mœurs; et les cérémonies empruntées

pliment d'usage de la part des souve- du paganisme firent place aux usages

rains de France. de la religion chrétienne. Les funé-

Le souper, qui eut lieu dans les railles offrirent dés lors un tout autre

appartements de la reine, fut servi par aspect. v

des dames. Les souverains, par leur conduite

Pendant les trois jours qui suivi- édifiante à leur lit de mort, contrî-

rent , la nouvelle souveraine fut occu- buerent beaucoup à ramener le peuple

pée à recevoir les présents que chacun de ses anciens errements, et à graver

venait lui offrir à l'occasion de son dans son esprit la saine morale de

mariage. Le roi lui donna une bague l'Évangile. A l'heure suprême, ils re-

d'une immense valeur ; l'ambassadeur cevaient avec humilité, en présence

de France, de la part de son monarque, de tous, les saints sacrements, adres-

six boucles d'oreilles en diamants; le saient de sages conseils à leur sueces-

fnrince Charles un diamant d'une va- seur, et faisaient à leurs sujets les eur de dix mille thalers. Puis vinrent adieux les plus déchirants, les offrandes des sénateurs et des nonces, Les premières tombes royales furent en vaisselle, coupes, plateaux d'or placées à Posen; mais comme d'autres et d'argent, incrustés de riches pier- lieux ne tardèrent pas à en renfermer, reries, tapis de Perse brodés d'or, Boleslas IV (1 173) conçut l'idée de raschaînes d'or et médailles frappées à sembler à Krakovie les mausolées l'occasion de cette féte. La valeur des épars; et, à compter de ce moment, dons offerts à Ja reine en cette cir- presque tous les souverains polonais constance s'éleva à quatre cent mille y eurent leur sépulture sous les voûtes thalers. imposantes de la basilique de Saint- Stanislas , dans l'enceinte du château funérailles royales. royal. Le tombeau de Miéczvslas I er

demeura pourtant à Posen, dans la

1 Païenne jusqu'au règne de Miéczys- cathédrale, qui contient également

las I er (965) , la Pologne observa long- ceux des successeurs de ce roi jusqu'à

temps, dans les funérailles de -ses Wladislas-Hermann. Ce dernier et son

princes, les coutumes des Germains, fils Boleslas III se firent ensevelir a

A l'exemple de ces belliqueux voisins, Plock , où l'on retrouva , en 1824, des

les Slaves jetaient sur le bikher du débris de leurs tombes. Un nouveau

chef défunt son glaive, son armure, mausoléeleurfutélevéalorsparlessoins

et le serviteur le plus fidèle, comme de la société des amis des sciences de

expression de leur croyance à une se- WarsoYie. Les cendres de Boleslas II,

conde vie. Puis, le corps consumé, on forcé de fuir sa patrie, reposent à

en rassemblait les cendres dans une l'étranger; et celles de M iéczyslas III,

urne que l'on ensevelissait sous un occupé durant toute sa vie à s'affer-

mausolée gigantesque élevé par i'atta- mir sur le trône , se trouvaient à Ka-

chement des sujets C'est ainsi que, lisz , dans une église fondée par lui et

de nos jours encore , on rencontre qui n'existe plus",

dans les environs de Krakovie deux Objets, en général, de l'affection de

leurs sujets, les rois de Pologne eurent pour la plupart dos funérailles magnifiques ou éclatait la douleur publique.

A la mort de Jîoleslas le Grand (1025), le deuil de la nation dura une année entière.

L'hi>torienNaruszewieznousa laissé la description des obsèques de Rasimlr le Grand.

Quatre chars funèbres, attelés chacun de quatre chevaux caparaçonnés de drap noir, ouvraient le cortège, et étaient suivis de quarante chevaliers , armés de pied en cap et vêtus de longs manteaux de pourpre. Onze de ces chevaliers portaient les drapeaux des onze

{>rineipautés; un douzième, celui de a Pologne. Paraissait ensuite , sur un coursier magnifique, un cavalier au costume royal et qui représentait la personne dû monarque défunt. Six cents hommes le suivaient avec des cierges allumés. On voyait venir après eux des brancards supportant des corbeilles remplies d'étoffes et d'objets nrécieux, destinés en présents aux églises. Le nouveau souverain en deuil , l'archevêque, les princes et les grands terminaient le convoi.

Il lit trois stations aux églises de Saint -François, de la Trinité et de Sainte-Marie. A chacune d'elles furent distribuées des pièces d'écarlate et des coussins tissus d'or, ainsi que des pièces de drap de Bruxelles, aux riches couleurs. Pendant la messe , outre d'abondantes aumônes, deux hommes, porteurs d'immenses vases en argent, s'avancèrent vers l'autel et y déposèrent le contenu de ces vases, lequel consistait en gros de Prague (monnaie de l'époque). On mit également sur le maître - autel , comme témoignage de la munificence du défunt , ( t pour l'entretien de l'église , deux pièces d'étoffe de soie rouge, brochées d'or, et deux

Sièces de drap fin. Vint ensuite le tour es grands officiers de la couronne.

Le maître des cérémonies et le trésorier offrirent deux vases d'argent, avec une nappe et une serviette; le maître d'hôtel , quatre grands plats d'argent; l'échanson et le sous- échanson , des urnes et des gobelets de même métal ;

le maréchal , le meilleur cheval de trait ; et , enfin , le grand écuyer fit don du cheval favori du n onarque décédé.

Lorsque , selon l'antique usage , on brisa les drapeaux , il s'éleva parmi les assistants de tels pleurs et gémissements, que l'on eût dit qu'avec Kasimirle Grand descendaient au tombeau la patrie et le nom polonais !

Jusqu'à Sigismond- Auguste, les funérailles royales subirentdes variantes, suivant les particularités qui accompagnaient le décès de chaque souverain.

Le premier de tous, Sigismond -Auguste régla le cérémonial à observer en pareille circonstance ; et ses instructions furent fidèlement suivies par la suite, à quelques légers changements près , jusqu'au moment où l'influence d'avides et perfides voisins vint jeter le trouble parmi l'État.

Ce monarque mourut à Knyszyn, en Lithuanie; et voici, d'aprèsOrzelski , quelles furent les formalités qui précédèrent la translation de ses restes a Krakovie.

Aussitôt qu'il eut rendu le dernier soupir , le corps fut lavé et embaumé avec les parfums les plus précieux. On lui passa la chemise mortuaire , puis on lui mit des bottes éperonnées , une dalmatique blanche, un collier, des gants de soie, et, par -dessus, des gantelets d'acier , un anneau au doigt , et au cou une croix d'or suspendue par une chaîne de même métal. La couronne fut placée sur sa tête , le sceptre dans sa main droite, et la sphère d'or, représentant le monde \ dans sa main gauche; à ses côtés reposait son glaive. Dans ce costume , Sigismond fut exposé aux regards du public, ensuite placé dans un riche cercueil où les dames de la cour déposèrent deux médailles à son effigie.

Jusqu'au moment du départ, les officiers de la cour gardèrent le corps nuit et jour, et des prêtres célébraient alternativement des messes. Le lit, tout recouvert de velours noir, était celui où Sigismond avait rendu le dernier soupir; des lampes et des flambeaux éclairaient ce lugubre tableau.

Vint le moment de se mettre en

182 L'UNIVERS

marche pour Krakovie. Les députés son bâton , et le chancelier rompit les

des provinces, au nombre de trente, sceaux, marquant par 15 que leurs di-

E récédaient le char funèbre avec leurs gnités cessaient avec l'existence du

annières; après eux venaient les grands monarque. Le corps de Sigismond fut

officiers. La sphère, le glaive, le sceptre descendu ensuite dans Se c.iveau royal,

et la couronne étaient portés par des et les cérémonies étaient Unies,

sénateurs, à qui ce droit appartenait. Les funérailles des reines frétaient

Le char funèbre, attelé de huit che- pas moins imposantes. Les mémoires

vaux , était suivi de trente-deux bran- deOaëtani donnent la relation de celles

cards aux armes du roi , contenant les d'Anna Jagellonne, épouse d'fctienne

présents destinés aux églises, et de Batory (1596). On y voit que le corps

trente chevaux richement caparaçon- de la "souveraine fût accompagné par

nés. La princesse Anne , sœur du ino- les officiers de la couronne , Tes évê-

narque défunt, paraissait ensuite, ques des religions grecque et latine,

ayant le légat du pape à sa droite et et par les dames de Ta cour, conduites

l'ambassadeur de Venise à sa gauche, chacune par un cavalier. Etienne Ba-

Derrière elle se trouvaient le sénat et tory suivit le convoi jusqu'à Kra-

la noblesse; enfin, une longue file de kovie.

gens du peuple , au nombre d'environ chevalerie. quatre mille , tous en habits de deuil

et portant des cierges allumés , termi- L'ancienne chevalerie , qui joua un

naît le convoi. rôle si important dans les cours euro-

On alla dans cet ordre au château, péennes et chez les Maures d'Espagne,

et on dit la messe dans l'église ca- eut aussi son temps de vogue en Po-

thédrale, illuminée extraordinaire- logne.

ment (*). L'historien Dytmar raconte que l'em-

Le troisième jour des funérailles, pereur d'Allemagne Henri, voulant,

les enseignes à cheval se rangèrent de- en 1013, se lier de relations amicales

vant l'église , et trente chevaux , cou- a v ec Bolf slas I er , invita son fils Mié-

verts de draps mortuaires, avec des czyslas à venir à Magdebourg, où il le

boucliers de deuil, furent conduits reçut avec la plus grande distinction,

dans le temple. Le sarcophage , élevé et lui donna l'accolade de chevalier,

devant le maître-autel, était recouvert Boleslas III fut nommé chevalier

de velours noir et surmonté de la par son père Hermann , selon les his-

couronneetdes autres insignes royaux, toriens polonais, et par le roi de

Après le sermon , le palatin de Kalisz Bohême Brétyslaf , s'il faut adopter

prit le casque , le castellan de Lenczyça la version des auteurs bohèmes,

le glaive, et le chancelier le bouclier; Les exercices chevaleresques trou-

puis ils s'avancèrent tous trois vers vèrent dans la jeunesse polonaise d'en-

fautel , et remirent ces objets aux âm- thousiastes et habiles partisans. Nulle

bassadeurs étrangers, savoir :1e casque part les tournois ne furent plus cou-

à l'ambassadeur d'Autriche, le bou- rus et plus somptueux que dans ces

clierà celui de France, et le glaive à contrées. Gornicki parle de ceux qui

celui de Hongrie. Les ambassadeurs eurent lieu à Krakovie en 1553, à l'oc-

les déposèrent, à leur tour, au pied casiondu mariage de Sigismond - Au-

du maître autel. Alors, Mniszek, armé guste avec Catherine d'Autriche, veuve

de pied en cap, et monté sur un cheval du duc de Mantoue.

noir, caparaçonné de deuil, entra dans « Dans ces tournois , dit-il , le porte-

l'église au galop,etse laissa tomberavec glaive Wol>ki combattit Kiezgal, noble

fracas devant le sarcophage. Le palatin lithuanien. La rencontre se fit à l'arme

de Krakovie, en sa qualité de maré- blanche, et les deux champions s'en

chaf, brisa , après un court discours, tirèrent avec honneur. Kosmowski

croisa le fer avec Fecuyer d'honneur

(*) De Thou, Histoire universelle. du duc de Prusse. Dans uu tournoi à

cheval, les combattants se trouvèrent vingt-quatre contre vingt-quatre, avec des boucliers et des lances. Après ces luttes du château , d'autres eurent lieu en ville, sur le marché public, en armure clouée; luttes dans lesquelles chacun pouvait, en se conformant aux règles affichées sur la porte du château, se mesurer avec quiconque se présentait sur la place; de sorte qu'il , se trouvait obligé d'affronter deux ou trois champions avant de toucher la barrière. Et comme ils combattaient visière basse, chacun d'eux avait une marque sur son casque. Le roi et la reine, entourés de toute la cour, étaient placés sur une estrade construite à cet effet, et où se trouvaient déposés de riches prix pour les vainqueurs. Parmi les combattants, celui qui se distingua le plus, ce fut Pécuyer du duc de Prusse, déjà cité plus haut, et qui portait sur son casque une chaussure de femme. Le second prix fut adjugé au gentilhomme Kosmowski , brave champion, vainqueur de récuver, à l'arme blanche, dans les courses du château. D'autres chevaliers polonais, allemands et prussiens, eurent aussi des prix , consistant en couronnes et bagues , que distribuait le roi , principal juge ae la lutte. »

De semblables tournois marquèrent l'entrée de Henri de Valois, le mariage de Jean Zamoyski avec Griselda , nièce d'Étienne Batory, et l'union de Sigismond III avec Constance d'Autriche.

Parmi les héros de ces joutes, nul ne jouit de plus de renom ((ue Zawisza , dit le Noir, à cause de la couleur de ses armes. Un besoin impérieux de périls et de combats , une soif de gloire et de célébrité, l'avaient conduit adolescent à la cour de l'empereur Sigismond. Sous le règne de ce souverain , rien ne se lit d'important sans les conseils du Polonais; au point qu'un dicton : Fiez-cous à lui comme à Zu wisza, prit naissance de là(*). Gracieux et spi< ituel , toujours le plus riche en chevaux et en armures, Zawisza était, pardessus tout cela, un guerrier intré-

(*) Orzechowski,Viede Jean Tarnowski.

pide. Il périt d'une manière glorieuse à la bataille de Golub; loin de fuir comme les autres, Zawisza, sum de deux cavaliers seulement , se jeta au milieu des escadrons ottomans, et, quand il fut las de frapper, succomba sous les yataghans turcs.

Page 1