CONRAD WALLE5ROD
L'ordre Teutonique occupe une trop grande place dans les annales polonaises, pour que nous n'entrions pas dans quelques détails à son égard. A chaque pas de l'histoire nationale, on aperçoit des traces de l'influence funeste qu'exercèrent sur les événements les grands maîtres de cette institution redoutable.
Lin de ceux dont l'existence abonda le plus en péripéties dramatiques, ce fut Conrad YVallenrod. Sa naissance même n'a jamais été bien définie. Quoiqu'il passât pour un des membres de la célèbre famille allemande Wajlenrod , il n'en était pas issu en ligné~directe; la Chronique de Kœnigsberg le dit fils d'un prêtre, et, par conséquent, enfant naturel. D'autres écrivains supposent qu'il était Lithuanien, et qu'il n'entra dans l'Ordre que pour venger plus sûrement son pays des persécutions essuyées.
La même contradiction existe au sujet du caractère de Conrad. D'un côté, on le représente comme un homme orgueilleux , cruel , adonné à l'ivrognerie, plein de dureté pour ses subordonnés , montrant peu de zèle pour la foi , et même de la haine envers les ecclésiastiques. De l'autre, des auteurs contemporains lui donnent en partage la grandeur d'âme, la valeur, la noblesse et la force de caractère.
JNous sommes assez de l'avis de ces derniers; car il est évident que, sans de grandes et nobles qualités , Conrad n'aurait pas pu conserver aussi longtemps le pouvoir, au milieu de l'aversion générale , provoquée par les calamités qu'il avait préparées à l'Ordre, naguère encore des plus florissants.
Lorsque Conrad YVallenrod fut élu grand maître, après la mort de Conrad
L'UNIVERS
Zollner (1390), il se présentait pour lui une belle occasion de débuter avec éclat , c'était de déclarer la guerre h la Lithuanie. "VVitold , dont on a vu dans l'histoire <le caractère turbulent, promettait de conduire lui-même les chevaliers à Wilna, et de bien payer>leur alliance. Conrad différa pourtant les hostilités, et alla jusqu'à offenser sensiblement Witold, en qui il mit ensuite une confiance si imprudente , qu'elle valut de grands désastres à l'ordre. "VVitold , réconcilié secrètement avec Jagellon , abandonna nonseulement Conrad , niais , profitant de ses précédentes relations avec lui , entra comme ami dans les châteaux appartenant aux chevaliers , et en massacra les garnisons.
Ces événements excitèrent de toutes parts de violents murmures; et Conrad sentit que , pour les apaiser, il fallait prendre une forte détermination.
Il annonça donc une croisade en Lithuanie;' mais, en cette circonstance comme précédemment , sa conduite offrit des contradictions frappantes. Il dissipa en longs préparatifs les trésors de l'Ordre , cinq millions de marcs, ou environ un million de florins de Hongrie, somme énorme pour l'époque; s'amusa en route à donner des fêtes et à attendre des secours qui ne parurent pas. A leur place, la mauvaise saison , l'automne , arriva ; et Conrad, abandonnant le camp teutonique sans vivres, se retira précipitamment en Prusse , portant ainsi un dernier coup à la puissance de l'Ordre. Nul chroniqueur ou historien n'a pu expliquer d'une façon plausible les motifs de cette espèce de fuite ; et l'on doit en revenir à la première supposition, ç'est-à-dire, que Conrad Wallenrod était Lithuanien, et s'était étudié de longue main à venger, sur les ennemis acharnés de son pays natal , les malheurs dont il avait été témoin "presqu'en naissant.
Conrad mourut subitement en 1394, en démence, sans recevoir les sacrements ; et , s'il faut en croire les chroniqueurs d'alors , son trépas fut accompaguéde circonstances extraordinaires.
Peu de temps avant sa mort , il y eut des orages et des débordements de fleuves; la Wistule et le Nogat rompirent leurs digues, et se creusèrent un nouveau lit a l'endroit où se trouve aujourd'hui Pilawa.
L'inséparable compagnon de Conrad , Halban , autrement dit le docteur Leander von Albanus, passait, quoique moine et affectant les dehors de la piété, pour païen et sorcier. On ignore où et comment il mourut. Les vieux chroniqueurs ne s'accordent pas à cet égard ; les uns disent qu'il se noya, les autres que le diable remporta (*). ,
Un des poètes polonais modernes les plus distingués, Adam Mickiéwicz, a retracé les principales circonstances de la vie de Conrad Wallenrod, dont il a ennobli la tin. Nous extrayons de cette œuvre, remarquable par la richesse des images et l'éclat du coloris, les passages suivants, qui ont trait à quelques-unes des cérémonies de l'ordre Teutonique, et rentrent, par conséquent , parfaitement dans notre cadre.
f élection.
Au château de Malborg les cloches tintent, le canon tonne, le tambour bat ; un jour solennel dans l'ordre Teutonique !
De toutes parts les komtours (**) arrivent dans la capitale , où , rassemblés en chapitre, ils vont invoquer le Saint-Esprit. eLdé- . libérer sur quel sein ils vont placer la grand'croix, dans quelles mains ils remettront le glaive. Un jour, puis un autre s'écoulent en délibérations; beaucoup de chevaliers sont sur les rangs, tous d'une haute naissance, tous ayant bien mérité de l'Ordre ; cependant jusqu'ici les frères réunissent leurs suffrages sur uu seul, supérieur à tous, Walleurod.
Au château de Malborg les cloches tintent ; de la salle du conseil marchent à la chapelle le premier komtour, 1rs grands dignitaires, les prêtres, les frères et une troupe de guerriers. Le chapitre écoute les vêpres et chaule une hymne au Saint-Esprit.
(*) Koteebue , Histoire de Prusse.
(**) Nom des dignitaires de l'Ordre.
■ Ayant prié, ils sortirent. — L'archikomtonr ordonna qu'après quelques instants de repos on rentrât au chœur, et que de nouveau on priât Dieu d'éclairer les frères, les prêtres et les électeurs.
C'est dit, s'écrièrent-ils, c'est dit. — Et ils partirent en poussant d<:s cris. Longtemps, dans la vallée, l'écho du triomphe et de la joie répéta : — Vive Conrad ! vive l'Ordre ! vive notre grand maître ! — mort au paganisme ! ^
Quand le grand maître eut haisé le livre des lois sacrées , qu'il eut fini la prière et reçu du komtour le glaive et la grand'croix , insignes du pouvoir, il releva fièrement la léte; cepnidanl un nuage de soucis pesait sur son Iront. Il lança sur l'assemblée un regard où se peignait en traits de flammes un mélange de joie et de colère.
Ce feu du grand maître, cet air de menace remplissent les cœurs de courage et d'espoir; ils prévoient des batailles et des conquêtes, et voient en idée des flols de sang païen ! Qui résisterait à un tel guerrier? qui ne redouterait son glaive, son regard? Tremblez, Lithuaniens, voici le moment où la croix va briller aux murailles de Wilna.
Vaines espérances ! — Des jours, des semaines s'écoulent, une longue année se passe tout entière dans la paix.
£t tiûJtqttct.
C'est la tête du patron, jour solennel ! — Les komlours et les frères arrivent à la capitale; des drapeaux blancs se balancent dans les airs : Conrad va faire à ses guerriers les honneurs d'un repas.
Ont manteaux blancs flottent autour de la table; sur chaque manteau s'élend nue noix noire, ce sont les frères, et derrière eux sont debout en cercle, les novices prêts à les servir.
Conrad est à la place d'honneur; à sa gauche est Witold avec les chefs de l'armée; jadis ennemi, maintenant hôte de l'Ordre, il s'est lié par traité coulre la Lituanie.
Le grand maître se lève et donne le signal du festin : « Réjouissons-nous en Dieu ! » et soudain les coupes brillent : « Réjouissons-nous en Dieu ! » répètent mille voix ;
l'argent résonne, le vin coule à flols, et les propos joyeux commencent.
« C'étaient d'autres mœurs de mon temps, s'écrie WaMeurod , quand sur un champ de bataille jonché de morts, au milieu des montagnes de Distille ou de& forêts de Finlande, nous buvions autour des feux du camp.
«On chantait là: — et vous , n'avez-vous donc ni barde ni ménestrel? Le vin réjouit le cœur de l'homme , mais le chant est le vin de la pensée. »
Aussitôt plusieurs chanteurs de si; lever. D'abord un gros Italien, à la voix de rossignol, loue le courage et la piété de Conrad ; puis un troubadour des bords de la Garonne chante les amours des bergers, des dames enchantées et des chevaliers errants.
Wallenrod l'interrompt.
« Ici les roses se fanent. Il me faut un autre barde; un frère guerrier veut une autre chanson, (pii soit sauvage et rude comme le son des cors et le bruit des armes, sombre comme les murs d'un cloître, furieuse comme un solitaire enivré.
«Telle est notre vie, tel doit être notre chant : qui le chantera, qui?
— Moi !» répond un vieillard vénérable, assis près de la porte entre les varlets et les pages. — Prussien ou Lithuanien? — Son costume l'indique : sa Iwube éjiaisse est blanchie par l'âge, sa tète est couverte d'un reste de cheveux gris , sou front et ses yeux sont voilés, son visage porte l'empreinte d'une longue vie de souffrance; sa main droite. tient un vkttX luth, il étend la gauche vers la table pour demander audience.
Tout le monde s'est tu.
« Je chante , s ecrie-l-il ; jadis j'ai chanté aux Prussiens et aux Lithuaniens; maintenant les uns sont morts pour la patrie , les autres ne veulent pas survivre à sa perte, et préfèrent mourir auprès de son cadavre, comme ces serviteurs fidèles qui , heur ou malheur, périssent sur le bûcher de leur maître. D'autres se cachent honteusement dans les forêts, d'autres enfin, comme Witold, vivent au milieu de vous.
« O enfants! quille honte pour la Lithuanie! Aucun de vous n'a pris ma défense, nuand, vieux waïilelote , j'ai été traîné de 1 autel dans les fi rs d« s Allemands. Solitaire, j'ai vieilli sur une terre étrangère; chanteur, hélas! je n'ai plus à qui chauler : j'ai regardé la Lithuanie , et j'ai perdu les yeux à force de pleurer.
«Allemands, arrachez-moi mes souvenirs !
L'UNIVERS
« Inspiré nar un dernier désir, je veux encore prendre mon luth. Que le dernier waïdelote lilhuanien vous chante donc une dernière chanson lithuanienne? »
Il tlil et aliend la réponse dti grand maître. Tout le momie demeure dans un profond silence; Conrad épie d'un œil railleur et perçant le visage et les gestes de Witold.
Tons ont remarqué que , quand le waïdelole a parlé de traîtres, Witold a change de couleur. Il s'est ému de courroux et de honte.
Les Allemands se disaient tout has :
«Pourquoi ad mettre ce vieux mendiant à nos banquets? qui écoute sa chanson ? qui la comprend ? - Et les pages sifflaient dans des noyaux, en criant : « Voilà l'air de la chanson lithuanienne. »
Conrad se lève : « Braves guerriers , aujourd'hui, d'après une ancienne coutume, l'Ordre reçoit les présents des villes et des princes. C'est comme tribut d'un pays conquis, quête mendiant offre sa chanson. Ne rejetons pas le tribut du vieillard; agréous sa chanson, ce sera le denier de la veuve. »>
sonne ne le sait , — il s'est perdu dans la foule.
' Le lendemain la guerre était déclarée.
Cfl £urrrr.
La guerre !
La bulle part ; par terre et par mer arrivent de tous côtés de nombreuses troupes de guerriers; de puissants .princes, entourés de vassaux, décorent leur armure de la croix rouge, el chacun jure sur sa vie de convertir les païens ou de les exterminer.
lisse sont dirigés vers la Lithuanie ; qu'y ont-ils fait?
Tout a péri, Conrad a tout perdu, lui qui s'était acquis tant de gloire par les armes, lui qui s'enorgueillissait de sa prudence. — Dans celte dernière campagne, timide, insouciant, il n'a point reconnu les traces de Witold; trompé, aveuglé par le désir Je la vengeance , il a conduit l'armée dans les steppes de Lithuanie, et traîné devant Wilna un siège long • et sans éuergie.
Mais à peine le vieillard avait-il fini son chant mystérieux, qu'une grande rumeur de mécontentement s'éleva dans Ja salle. Le grand maître seul, au milieu Je celte foule d'hommes ivres, demeure en silence, la tête penchée ; dans une vive agitation, il se verse à chaque instant des rasades et les vide d'un trait. — Sa physionomie a changé; mille sentiments, comme de rapides éclairs, se croisent sur ses lèvres enflammées. Son front devient de plus en plus menaçant; ses yeux égarés circulent comme des hirondelles au moment de la tempête. — Enfin , il ôte sou manteau et s'élance au milieu de l'assemblée : « Quelle est la fin de la chanson? Chante la fin sur-le-champ, ou donne le luth; pourquoi trembles-tu? Donne le luth, verse du vin, et je chanterai la fin, si tu as peur.
« Je vous connais. Toute chanson de vvaïdelote présage le malheur; elle verse dans le cœur de teiribles poisons, et souvent apparaît au sein des bimpiels, pour mêler du sang aux coupes de la joie. — C'en est fait.
— Je te connais, v ieil ennemi, tu l'emportes ! la guerre.... Victoire au poète; donne du vin, tes projets seront accomplis... Viens donc, vieillard ; car, par tous les dieux allemands el prussiens... »
Mais qu'était devenu le waïdelote ? — per-
Le grand maître a quitié le premier le champ de bataille; au lieu de lauriers et de trophées . il a rapporté la nouvelle des victoires de la Lithuanie.
. Un éclair de fureur et dé joie donnait à ses regards un éclat infernal.
Le peuple frémit et murmure; mais Conrad n'en prend nul souci.
Ce (tribunal «cem (*).
Arrête, orgueilleux potentat! il est des juges pour toi; je connais à Malhorg un cachot souterrain ; là , quand la ville est ensevelie dans les ténèbres, s'assemble un secret tribunal. — Là, une seule lampe brûle. — Douze fauteuils entourent le trône.
(*) Au moyen âge, lorsque l'autorité des tribunaux ordinaires ne suffisait pas pour contenir les excès auxquels les grands se livraient impunément, prit naissance une société dont les membres, inconnus entre eux, s'engagèrent par un sertnetit terrible et solennel à punir tous coupables, sons épargner leurs propres parents ru amis. Dès que os juge* avaient rendu un arrêt de mort , on le signifiait au condamne en criant par trois fois sous ses fenêtres et en sa présence.- Malheur ! Quiconque entendait ce cri lugubre n'avait plus qu'à se préparer à la mort , qui dès lors planait sur lui et devait , au premier moment, l'atteindre d'une manière imprévue. On no saurait dire positivement l'époque de la formation de celte juridiction mystérieuse et ! appel.
— Sur le Irène est le livre des lois secrètes.
— Douze juçes, chacun sons une armure noire, et le visage couvert d'un masque. — Le sou'errain les cache à la foule, et leurs masques les cachent le< u'is aux autres. — Tous ont juré voloniairenienl et unanimement de pun : r les délits de leurs puissants chefs, leursdélitsscaudaleux ou secrets pour le monde. Quand leur arrêt est prononcé , îls ne pardonnent pas même à leur propre frère. Chacun doit, par la force ou la ruse, exécuter la sentence sur le coupable. Ils ont le poignard à la main et le glaive au côté.
Un des hommes masqués s'est approché du trône , et debout , le glaive nu devant le livre de l'Ordre, a dit : « Juges inexorables , notre soupçon est confirmé par des preuves; l'homme qui s'appelle Conrad W<illeurod ne l'est pas ! Ce qu'il est , on l'ignore; il y a douze ans, il est venu, on ne sait d'où, au pays qui borde le Rhin.
Quand le comte Wallenrod partit pour la Palestine, il le suivit comme écuyeis, Bientôt le chevalier Wallenrod péril , on ne sait où ni comment; récuver, soupçonné de l'avoir assassiné, quitta secrètement la Palestine et vint en Espagne, où, dans la guerre contre les Maures, il donna mille preuves de bravoure, mérita les prix des tournois, et se rendit célèbre sous le nom de Wallenrod. Enfin, il devint membre de l'Ordre et fut élu grand maître pour noire perte. — Ses actes sont connus. Cet hiver, quand nous avions à combattre et le froid , et la faim, et la Lithuanie, Conrad visilail seul les forêts, les prairies... il y avait des entrevues avec Witold ! . . .
«< J'accuse notre grand maître d'hérésie, d'assassinat et de trahison. »
L'accusateur s'agenouilla devant le livre de l'Ordre et, la main levée sur le crucifix, il jura la vérité des faits sur Dieu et sur la passion de mitre Sauveur. — Il s'est tu.
Les j'«ges examinent la cause; personne ne parle; un profond silence règne dans l'as>emblée. À peine un coup d'œil et un signe de tèle manifestent quelques pensées profondes et menaçantes; chacun, à son tour, s'approc ha du trône, feuilleta le livre des lois avec son poignard, et lut à voil basse. Chaque juge sonda l'opinion de sa conscience, mil la main sur son caur, et tous s'écrièrent*: «Malheur ! »
Trois fois les murs répétèrent : « Malheur.' »
Dans ce mol, ce seul mot, tout l'arréi est compris. — Les juges s'entendirent , élevè-
rent leurs douze glaives, tous dirigés contre le cœur de Conrad, puis se séparèrent eu silence.
Et les voûtes répétèrent encore une fois ;
« Malheur/ »
« Qui est là? » demande trois fois le garde. « MaUteur! » répondent des voix farouches. Les gardes n ont pu résister , la porte de la tourelle n'a point soutenu le choc violent des coups. Déjà le cortège parcourt les corridors d'en bas ; déjà, dans l'escalier de fer qui conduit à la demeure de Wallenrod, le bruit des pieds armés résonne ; déjà les verrous crient sous l'ac ier ; on entre, on appelle Conrad par son nom.
« Traître, la tête va tomber sous le glaive ; fais pénitence , prépare-toi à la morl. » Il les attendait l'épée à la main; mais soudain il pâlit, faiblit, chancelle sous les étreintes du poison, arrache son manteau , jelle à terre les insignes de grand maître, et les foule aux pieds avec un sourire de mépris.
« Voilà les péc hés de ma vie, je suis prêt à mourir: que voulez-vous de plus? Compte de mes actions ?.. Regardez tant de milliers d'hommes perdus, vos villes en cendres, vos terres en feu; entendez vous les vents? ils poussent des nuages de neige; là meurent de froid les débris de vos armées ; entendezvous leshurlemeutsdes chiens affamés ? ils dévorent et se disputent les restes de ce repas.
« C'est moi qui l'ai fait! Oh! que je suis grand et fier ! Tant de tètes de l'hydre coupées à la fois! comme Samson, qui, d'un seul ébranlement de colonne, fit écrouler tout l'édifice, et périt sous ses ruines!. . »
Il dil , jette un regard à travers les barreaux , et tombe inanimé (*)!
L'époque la plus brillante de Tordre Teutonique eut lieu vers l'année 1407, à l'avènement du grand maître Ulric de Jungiugen , qui périt plus tard à la bataille de Grunwald(10juillet 1410), où Wladislas Jagellon remporta une victoire signalée.
L'Ordre était alors composé d'uit grand maître , un komtour général ou grand maréchal, quatre éveques, vingt -huit komtours supérieurs régissant les terres, quarante six komtours inférieurs, chefs d«e châteaux,
3uatre-vingt-un commandeurs de l'Orre, trente- neuf chefs de la pèche, qua-
(') Adam Mkkiéwicz , Conrad Wallenrod.
L'UNIVERS
tre - vingt - treize chefs des moulins, trente-sept receveurs , trois mille cent soixante-deux frères inscrits, et six mille deux cents soldats a solde régulière, formant la garnison du château de Malborg.
Les chevaliers possédaient cinquantecinq villes bien fortifiées, quarantehuit châteaux , dix-huit mille trois cent soixante- huit villages, six cent quarante paroisses et deux mille domaines.
Leurs revenus annuels ordinaires se moutaient à huit cent mille ducats, qui, pour l'époque, formaient une somme énorme.
En temps de guerre, les forces des chevaliers s'élevaient rapidement à un chiffre considérable, par suite des levées qu'ils faisaient de tous côtés.
C'est ainsi qu'à la bataille de Orunwald, citée ci -dessus, ils comptaient sous leurs bannières cent cinquante mille combattants.
Malgré les défaites sanglantes de Grunwald et de Koronowô, l'ordre Teutoui.jue se maintint dans un état prospère jusqu'au traité de Thorn (1466), cjm, d'après ce que l'on a vu dans l'histoire (page 87), renferma sa puissance et ses richesses dans des limites plus étroites.
LXTHÉKS TRIOMPHAI. >S.
Ainsi que l'antique métropoledu monde, Rome, recevait en grande pompe et magnificence ses phalanges victorieuses, la république de Pologne réservait à ses généraux, aprèsd'éciafantes journées, une réception brillante.
Telles furent les entrées triomphales du duc Constantin d'Ostrog à Wilna et à Krakovie, après la victoire remportée par ce héros sur les Moscovites près d'Orsza ( 1514 ), et de Jean Tarnowski à Krakovie, après la glorieuse journée d'Obertyn ( 1531 ).
Mais de toutes les entrées triomphales , la plus importante et la plus solennelle fut sans contredit celle que le connétable Zolkiewski lit à AVarsovie, le 29 octobre 1611. Le vainqueur de Kluzyn, après avoir pris et brûlé Moskou , amenait à sa suite les tzars
Szuysky prisonniers. Le temps que le cortège mit à défiler dura quatre heures. I>es colonels et capitaines des troupes victorieuses ouvraient la marche, tous en grande tenue et couverts d'or; les nobles polonais et lithuaniens les suivaient, avec unedéputation du sénat, remplissant environ soixante carrosses. Venait ensuite la voiture ouverte et fort élevée du connétable, entourée d'une escorte de l'ordre équestre et traînée par six chevaux blancs turcs.
Elle précédait le carrosse du roi, dans lequel étaient assis, au fond, le tzar captif AVassili Szuvsky, et ses deux frères Dvmitrv et Ivan sur le devant ; un capitaine dès gardes royales se tenait comme gardien sur une place au milieu et moins élevée. Le tzar portait un costume blanc, brodé d'or, et un bonnet de fourrure précieuse.
La foule se pressait en tous lieux pour admirer ce spectacle majestueux et imposant. Le tzar saluait d'un air triste, mais affable, le peuple. Quand on fut arrivé dans la cour du château royal par la rue principale, dite Faubourg "de Krakovie, Sigismond 111 ayant pris
fdacesur le trône, au milieu du sénat, e connétable donna la main au tzar et entra avec lui, suivi de ses deux frères, dans la salle du sénat. A cette vue, un cri de joie et de bonheur retentit dans tout le château. Lorsque ce premier élan d'orgueil national fut passé, le connétable s'approcha du trône , présenta le tzar et ses frères au roi, auquel il adressa un discours dans lequel, en attribuant un succès si brillant à la Providence divine et faisant remarquer quelle gloire en rejaillirait sur le règne de Sigismond, il demandait à ce dernier d'être modéré dans le triomphe et d'avoir de la pitié et des égards pour les captifs. Zolkiewski omettait complètement de parler de lui. Ce discours terminé, le tzar, inclinant humblement la tête devant le roi, toucha la terre de sa main droite et la baisa ; son frère Dvmitrv Szuysky, grand général moskowite, frappa une fois la terre de son front ; et le cadet, Ivan Szuysky, la frappa également trois fois et pleura. Puis, le con-
nétable répéta sa prière, et les captifs plus célèbres que les fastes des cours
renouvelèrent leurs saluts. ait lit jamais enregistrées.
Sigismond Ml , mû par la généro- Les ambassades de Zbarazki à Cons-
sité, écarta en ce moment de son sou- tantinople, en 1622, et de Zawadzki
venir tous les anciens griefs et crimes en Angleterre, en 163G, produisirent
à la charge du tzar, et résolut d'agir également beaucoup d'effet sous le
avec indulgence vis a-vis d'un ennemi rapport de la pompe et du luxe,
vaincu ; en conséquence, il lui lit grâce La France fut aussi, a plusieurs re-
de la vie. prises, témoin de pareilles solennités.
Reconduits avec égard hors de l'en- Celles qui marquèrent le plus furent ceinte du château royal, les trois prin- d'abord l'ambassade qui vint offrir la ces furent enfermés un peu plus tard couronne polonaise à Henri de Valois, au château de Gostyn , où ils mouru- et ensuite l'entrée des envoyés chargés rent quelques années après. Les corps par AYladislas IV d'épouser en son nom du izar et de Dymitry furent amenés la princesse Louise-Marie de Gonzague alors à "YVarsovie et ensevelis dans une et de l'emmener en Pologne, chapelle du cloître des Dominicains, ISous entrerons dans quelques débâti à côtédel'églisede Sainte-Croix (*). tails à l'égard de ces deux dernières VVladislas IV les renvoya à Moskou , au missions diplomatiques, comme étant
tzar Michel Fiédorovitch, à la suite celles qui peuvent intéresser davantage
nos lecteurs.
Ce fut le 19 août 1573 que les ambassadeurs polonais chargés d'offrir un trône au frère de Charles IX atteignirent Paris. Ils étaient au r.ombre de douze, et on comptait dans leur suite plus de deux cent cinquante jeunes gentilshommes des premières familles.
Les magistrats de la cite allèrent audevant d'eux jusque hors des portes pour les complimenter; et parmi les princes et seigneurs que le roi envoya, de son côté, à «leur rencontre, on remarquait François de liourbon, (ils aine du duc de iMontpensier, les ducs de Guise, de Mayenne et d'Aumale, et les marquis du Maine et d'Kiueuf. Paul de Foix, membre du conseil privé, porta la parole en leur nom et complimenta les ambassadeurs.
Leur entrée se lit par la porte Saint- Martin, et ils remplissaient avec I ur suite cinquante carrosses, les uns à quatre chevaux, les autres à six.
Grande était l'affluence sur leur passage; le pavé, les fenêtres, les toits même, ngorgeaient de speelateuis, russe (i*i5-i83o), et à sa place s 'éleva la <i ui regardaient avec admiration ces belle maison de la société philomatique de "oinnn s d'une taille avantageuse, à la Warsovie. Fermée après i8'ti, comme contenance noble et fière. Leurs Iontous les autres instituts scientiiiques natio- gucs barbes reluisantes, leurs bonnets naux, elle est occupée aujourd hui par la garnis de fourrures précieu.ses, leurs direction de la loterie. Ce terrain, comme cimeterres ornés de pierreries, leurs on le voit , a passé par d'étranges destiuées. bottes garnies de fer, leurs arcs , leurs
d'un. traité.