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TRAINAGE

Les parties de traîneaux devaient nécessairement jouer un grand rôle dans un pays où la neige couvre quelquefois durant des mois entiers la terre. Cette sorte de divertissement se pratiquait bien dans la capitale, mais elle était surtout en vogue dans les campagnes.

Quand venait la saison favorable, non-seulement un district, un palatinat, mais tout le pavs était en mouvement. On se réunissait d'habitude chez un chef choisi à l'effet de diriger la partie de plaisir, appelée kulig, et la musique accompagnait toujours les excursions entreprises. Il était encore d'usaçe d'arriver à l'endroit indiqué le soir, a la lumière des torches; le hennissement et le bruit des pas des chevaux, le tintement des clochettes dont chaque harnais était garni, le craquement de la neige gelée, les sons de la musique, le retentissement des fouets , les cris de la troupe joyeuse, se faisaient entendre de loin , et à l'approche du cortège les paysans sortaient en foule de leurs chaumières pour le voir défiler.

Le kulig parvenu au lieu de sa destination, on descendait des traîneaux et on entrait au château, dont le maître recevait avec effusion la société qui le visitait. Les musiciens se formaient bientôt en orchestre, et les danses nationales commençaient; puis les verres s'entre-choquaient, à la suite de nombreux et chaleureux toasts, jusqu'au moment du souper. L'aurore surprenait parfois les convives encore à table, et alors les chants et les danses reprenaient avec une nouvelle ardeur.

Grâce à cette succession non inter-

rompue de plaisirs, deux ou trofs jours s'écoulaient bien rapidement, et on s'en allait en emmenant avec soi les hôtes hospitaliers qui avaient si bien accueilli le kulig. De cette façon, s'augmentait sans cesse le cortège de jolies femmes, de cavaliers joyeux et de brillants traîneaux; et, achevant ainsi le tour du kulig, on ne revenait souvent au logis qu'au bout d'un mois et même plus.

Ce divertissement était très-répandu en Pologne, et chaque féte de saint ou anniversaire de naissance réunissait toute la contrée d'alentour chez le personnage du jour. Ici, on tombait par surprise ; là , on prévenait les châtelains de l'arrivée du Kulig, et partout où il se présentait, souvent en masques, le propriétaire du lieu recevait à bras ouverts ses commensaux et mettait toute sa maison à leur disposition. Chacun prenait part à ces fêtes, le prêtre et le guerrier, l'opulent sénateur et le modeste père de famille.

Combien de dissensions, d'anciens griefs s'éteignaient ou disparaissaient alors! Ceux que l'inimitié tenait séparés l'un de l'autre se tendaient la main avec affection en ces rencontres fortuites, qui offraient une occasion de déployer la bonté et la générosité inhérentes au caractère national. Le kulig réunissait les familles, permettait aux jeunes' gens de faire leur cour à celles qu'ils aimaient, amenait la conclusion d'alliances, et entretenait l'harmonie entre les voisins, si essentielle dans la vie de campagne.

Le secrétaire de la reine Marie Kasimire, épouse de Jean Sobieski, a laissé une description du brillant kulig qui partit de Warsovie le 20 janvier 1695.

Les personnes invitées se réunirent au palais Danilowicz, et, à trois heures de l'après-midi, les trompettes donnèrent le signal du départ. Venaient d'abord vingt-quatre Tatars à cheval, attachés au service du prince royal Jacques; puis dix traîneaux à quatre chevaux, attelés en long; sur chacun de ces traîneaux se tenaient les musiciens : juifs jouant des timbales,

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Ukrainiens du théorbe, des trom- l'Europe, et notamment en Pologne, pettes, des fifres, des janissaires ap- la chasse étant jadis d'une nécessité partenant à divers magnats. Suivaient absolue pour défendre les propriétés et cent sept traîneaux , tous rivalisant de souvent même l'existence , offrait nomluxe et d'éclat, et couverts de tapis de bre de traits distinct ifs qui la firent Perse, de peaux de léopards, de zibe- mettre au rang des amusements no- Jines,et autres fourrures précieuses, bles et chevaleresques. Monarques et Les chevaux , également au nombre de grands , tous s'y livraient avec passion : quatre et attelés deux par deux, por- les premiers, pour faire trêve aux taient des franges , des cocardes et des soucis du pouvoir, tel que Kasimir Japanaches. Des personnes de la cour gellon, qui passa sept années de sa garnissaient ces traîneaux, qu'escor- vie, de 1485 a 1492, dans les forêts de taient de chaque côté des jeunes gens la Podlnchie, absorbé par cet exercice à cheval. Le cent huitième et dernier et donnant à peine quelques instants traîneau, en forme de Pégase, était aux intérêts de l'État; les seconds, monté par huit gentilshommes, qui afin d'y retrouver une image de la jetaient aux spectateurs des vers faits guerre, cette autre nécessité pour eux, en l'honneur de la circonstance par guerre en miniature, il est vrai, mais Ustrzyski et Chroscinski. Un déta- accompagnée de dangers réels et d'échemènt de hallebardiers fermait la motions positives, marche. « Aujourd'hui encore, quand l'au-

Le kulig se dirigea d'abord vers le tomne est venu et que les bœufs out

château de plaisance des princes Sa- été mis à l'engrais, il faut nécessaire-

piéha, puis chez la princesse Radzi- ment que les seigneurs slaves chassent

will, sœur du roi, chez le palatin pour s'occuper. Mais la plus puissante

Potocki, chez le prince Lubomirski, cause de leur passion pour la chasse,

etc. Partout où il paraissait, le chat e- c'est leur goût effréné pour le luxe,

lain lui présentait les clefs de la cave Tel seigneur qui ne possède que cinq

et la châtelaine celles de l'office; 'par- à six villages, peut être comparé pour

tout la musique jouait : on dansait un le train de maison à un petit souverain

moment, on prenait quelques rafraî- d'Allemagne. Depuis qu'il ne leur est

chissements, et le cortège poursuivait plus permis d'entretenir des soldats,

sa course. La dernière station eut lieu cequ il leur faut, ce sont des équipages

à Willanow, où le-roi et la reine re- de chasse, des piqueurs, des chevaux

curent de tout cœur les arrivants, de selle, des chiens. Comme un prince

Tout le monde y fut traité par eux suivi de sa cour, le seigneur slave part

d'une manière splendide, et cela dura avec un nombreux cortège de chas-

jusque fort avant dans la nuit. La fête seurs, et va faire la guerre, à un lièvre

finie, le cortège fit sa rentrée dans la peut-être, mais qu'importe l'ennemi?

capitale, à la lueur de huit cents tor- toute sa suite obéit à un signe, et le

ches. voilà heureux, car l'étalage qui l'en-

Les idées des temps modernes, et toure frappe tous les yeux, cblouit,

surtout les jours de trouble et de entraîne, et satisfait par conséquent

guerre survenus , ont presque aboli cet sa vanité.

ancien usage. Le kulig d'aujourd'hui, « Qu'on traverse les pays slaves un

qui apparaît de temps en temps dans jour de Saint-Michel, une veille de

quelques contrées du pays, n'offre Noël, on n'entend que sons de cors,

qu'un bien faible souvenir de ces fêtes aboiements, détonations d'armes à

où brillait dans tout son éclat le ca- feu; Ton ne voit que bêtes fauves en

ractère libéral et expansif des Polonais, fuite, chiens et chevaux qui , dans leur

course impétueuse, caressent de leur

chasses. ventre l'herbe des champs. On dirait

qu'un accès de folie a saisi bétes et

. Dans plusieurs contrées du nord de gens. Dans les villages, les femmes,

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