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les enfants, les vieillards courent en foule sur le passage des chasseurs, avec un bruit, un mouvement qui ne peuvent se peindre. Mais pourquoi?
C'est que le jour de Saint-Michel est le jour d'ouverture de la chasse, l'appel général des chasseurs aux armes, et tout bon Slave est fidèle aux usages de ses pères. Pour la fête de Noël , on est persuadé que si ce jour-là on aperçoit du gibier à la chasse, la fortune sera favorable toute Tannée, et que si on le tue, toutes les entreprises réussiront. Dans le cas contraire, on n'a qu'à s'enfermer chez soi, et se garder de rien entreprendre, car tout tournerait à mal. L'oracle est sûr; et les hommes étant toujours avides d'horoscopes, on court à la chasse la veille de Noël.
« Parmi les nobles de la grande famille slave, les seigneurs polonais sont ceux qui aiment le plus l'ostentation.
Ils se ruinent par vanité, mais, il faut le dire aussi, pour satisfaire leur excellent cœur, qui ne connaît de vrai plaisir que celui qu'ils partagent avec des amis, des connaissances même, et des convives qu'ils voient seulement le jour de la chasse (*). »
On cite à cet éçard, comme un exemple de rare et délicate flatterie, le trait du prince Jérôme Radziwill, porte-enseigne de Lithuanie. Ce sei-
Sneur voulant célébrer l'anniversaire u couronnement d'Auguste III , montra un jour au monarque une plaine nue et découverte, en lui demandant s'il voulait y chasser. Auguste répondit en souriant qu'il n'y voyait point de forêt. « S'importe, dit le prince, j'invite Votre Majesté à venir demain y chasser l'élan , le sanglier et le cerf. « Effectivement, le lendemain, quand le roi arriva en traîneau, avec une suite nombreuse où l'on remarquait les plus jolies femmes de Warsovie, il trouva dans la plaine un bois qui s'était élevé comme par enchantement. Un pavillon en fer avait été construit au milieu du bois, pavillon à jour de tous côtés, hérissé de pointes de fer en guise de
(*) Revue du Nord, 1837.
défenses contre les bêtes sauvages, et meublé avec luxe et élégance. C'est là que le roi et le prince royal prirent place, et, sur un amphithéâtre élevé au dehors, la cour s'apprêta à jouir du tableau de la chasse; une foule de curieux garnissait les monticules voisins.
Bientôt parurent, aux yeux étonnés des spectateurs, cerfs, élans, ours, loups, sangliers, en telle abondance, que l'on se serait cru dans une forêt vierge. Les chiens dressés à cet effet, et guidés par quatre-vingts gardes appartenant au prince Radziwill, tous vêtus d'un riche costume, ramenaient les animaux vers le pavillon du milieu, où les chasseurs postés n'avaient pas
ârand mal à les abattre. Auguste tua e sa main trois sangliers, et le prince royal une vingtaine de pièces; ce dernier voulut, en outre, lutter à la massue contre un ours, et le triomphe qu'il remporta fournit une preuve nouvelle de son adresse et de sa force extraordinaire. Cette chasse merveilleuse se prolongea depuis dix heures du matin jusqu'à quatre heures de l'aprèsmidi, et fut couronnée d'un festin.
Voici maintenant l'explication du prodige. Le prince, voulant donner au roi et aux seigneurs de la cour une haute idée de sa puissance, avait pris ses précautions à l'avance. Depuis plusieurs jours, des milliers de paysans étaient occupés à déraciner des arbres et à les placer sur des chariots, tandis que d'autres préparaient les trous dans la plaine. Km une seule nuit, le bois fut planté, et des bêtes fauves, prises dans des filets ou amenées du fond de la Lithuanie, le peuplèrent.
Ce tour de force coûta énormément d'argent à son auteur, mais la tradition a conservé le souvenir de la chasse à la Radziwill.
Les forêts de Pologne abondant, comme nous l'avons dit ( page 8) , en
Sibier de toute espèce , offrent, pour le ivertissement qui nous occupe, des ressources pour ainsi dire inépuisables. Une des contrées les plus remarquables sous ce rapport est la Lithuanie, couverte d'immenses et magnifiques parties boisées , où la nature se déploie
grande, majestueuse, pleine de séve et de vie. C'est même là que l'on retrouve
Quelques races d'animaux disparues u restant de l'Europe : de ce nombre est le bison, zubr en polonais, sorte de bœuf sauvage. Cet animal, par la (inesse de son odorat et sa vigueur prodigieuse, est très-difflcile à surprendre ou dangereux à attaquer. Le roi Alexandre Jagellon avait ordonné une grande chasse au bison dans la forêt de Bialowiez, et, pour que la reine sa femme prit prendre part à la fête, on construisit une longue galerie dans une des clairières du bois. Le bison poursuivi ne fit qu'y toucher en fuyant, et la galerie fut entièrement renversée.'
Il y a deux manières de l'attaquer, et dans toutes deux on remarque quelques-unes des pratiques en usage dans les combats de taureaux en Espagne.
La première, qui remonte aux temps anciens, est assez originale. Des hommes à cheval, choisis parmi les plus adroits et armés de flèches ou de dards , cherchent d'abord à blesser l'animal avec leurs piques, tandis que les chiens le tracassent de leur côté. Le premier cavalier sur qui le bison s'élance lui tire sa flèche et s'enfuit; la bête le poursuit; un autre cavalier attaque à son tour celle-ci, qui, abandonnant le précédent agresseur, se jette sur le nouveau, que secourt un troisième arrivant; ainsi de suite, jusqu'à ce que l'animal, harcelé de toutes parts et ne sachant auquel s'en prendre entre tant d'ennemis, tombe épuisé de fatigue et criblé de coups. La seconde manière consiste à choisir des arbres de moyenne grosseur, derrière lesquels , après avoir Lancé les chiens, se met le chasseur muni d'un pieu. Bientôt le bison accourt sur lui, mais il manœuvre si habilement tout autour de son bouclier, qu'il évite les atteintes de son antagoniste, qui, dans sa rage, s'acharne alors contre l'arbre, frappé par lui de violents coups de cornes comme s'il voulait le déraciner. Pendant tout ce temps, le pieu ne demeure pas inactif dans les mains du chasseur, et le bison , que les blessures rendent de
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plus en plus furieux, agite avec violence sa queue, dont la force est telle, que si elle touchait l'attaquant, elle le renverserait infailliblement. Quand ce dernier se sent trop fatigué, il lui suffit, pour éloigner l'animal de l'arbre, de lancer à quelque distance le bonnet rouge qu'il porte sur sa tête; le bison se rue sur ce tissu de couleur éclatante avec une impétuosité incroyable, et, après un court instant de repos, le chasseur reprend la lutte jusqu'à ce que son adversaire succombe sous un coup mortel.
Les rois de Pologne envoyaient jadis aux autres monarques d'Europe la viande fumée du bison, comme un mets fort précieux et fort recherché.
Vient ensuite la chasse à l'ours.
Elle se fait ordinairement-en grand par plusieurs propriétaires voisins réunis, dont chacun fournit un certain nombre de chiens et une certaine quantité de munitions. Les chiens courants ne sont bons que pour lancer l'animal; et il faut, pour en venir à bout, des chiens de l'espèce des grands dogues.
Les seules armes dont on ait besoin sont un fusil à deux coups bien chargé et un coutelas ; maiscequi est plus indispensable que tout cela, et sans quoi on ne doit pas s'embarquer dans I entreprise, c est d'abord beaucoup d'adresse , et ensuite , le cas de danger se présentant , un san«-froid inébranlable. Le craquement des broussailles, signal tant désiré, annonce que l'ours a été débusqué de son gîte. Au commencement de la poursuite, il tente toujours de se sauver par la fuite; mais, lorsqu'il s'aperçoit qu'elle est impossible, et que déjà deux ou trois balles, plus maladroitement risquées que solidement logées , l'ont irrité , il prend la résolution de faire face au péril , et sa fureur s'accroît avec la rapidité des attaques. Les chiens sont les plus ardents et les premiers engagés dans la lutte; entre eux et l'animal c'est un combat à outrance, qui ne se termine jamais sans de nombreuses pertes de la part des assaillants. Poussé S bout, l'ours saisit quelquefois une
énorme massue et la manie avec une grande dextérité : il déchire en deux l'adversaire le plus acharné, en étouffe un second dans ses embrassements , et fait voler en l'air un troisième, qu'il lance à la hauteur de plusieurs toises. Malheur au chasseur inhabile si l'ours, sorti victorieux d'une première rencontre, le trouve sur sa route ! Se dressant sur ses deux pattes de derrière , il cherche à l'étreindre ; mais pour peu que le chasseur ne se déconcerte pas , une balle bien dirigée ou un coup de coutelas bien appliqué étend à terre la béte, déjà harassée par la meute.
Outre la chasse avec les chiens , les Lithuaniens tendent encore à Tours divers pièges , dans lesquels il tombe souvent , malgré la prudence et la circonspection de son caractère. D'habitude c'est sa gourmandise qui le perd , surtout si le miel sert d'appât. La plus petite espèce , celle à la robe brun foncé, a même reçu des paysans le surnom de garde-d'abeilles, bartnik, à cause de son goût tout particulier pour le miel , et de son adresse à le découvrir.
Voici une manière de prendre cet animal qui nous a paru assez ingénieuse. Il se forme fréquemment dans les troncs des pins, si élancés, de la Lithuanie des excavations naturelles qui tiennent lieu de ruches aux abeilles.
On suspend horizontalement, sur la branche d'un de ces pins , une roue par une corde bien solide ; puis on la descend jusqu'auprès de la ruche, où on la fixe au moyen d'un ressort. Alléché par l'odeur de son mets de prédilection , l'ours grimpe sur l'arbre, et, voulant se délecter à l'aise, s'assied sur la roue -, aussitôt le ressort se détend , et le gourmand se voit suspendu dans l'air à une hauteur de quatre-vingts à cent pieds. ISe possédant pas assez de résolution pour sauter à terre , ce qui équivaudrait , du reste , pour lui à une mort certaine , ni assez d'agilité pour pgner, sur une mince corde, les branches supérieures du pin, il ne lui reste d'autre parti que d'attendre, dans cette position tant soit peu gê-
nante, la venue du propriétaire des
abeilles.
Mais , de toutes les manières de prendre les ours , la moins dangereuse est , sans contredit , celle qui consiste à les enivrer avec du miel arrosé d'eau-devie. Dans cet état , l'animal est incapable d'opposer aucune résistance ; et , sans courir le moindre risque, on devient entièrement maître de son sort.
Ce sont ordinairement les ours pris de cette façon que l'on parvient à apprivoiser, souvent assez facilement.
La Pologne possède même deux académies d'ours , l'une à Smorgonie, en Lithuanie, et l'autre à Klewanié, en Wolhyoie. Là, ces animaux reçoivent les leçons des meilleurs professeurs dans Ta partie , et achèvent en peu de temps de s'instruire, c'est-à-dire, leur apprentissage dans l'art de la danse.
Leur éducation s'opère en ces deux endroits à l'aide de fours arrangésd'une certaine manière, sur lesquels on pose le nouvel élève , fraîchement arrivé de ses forêts ; on a eu la précaution de bien lui entortiller auparavant les pattes de derrière ; et la chaleur du four, qui augmente peu à peu , lui fait lever les ' pattes de devant , ce qui constitue une des principales figures de l'art chorégraphique à son usage. Quelquefois , et suivant l'intelligence de l'animal, on réussit à lui faire joindre les talents d'utilité à ceux d'agrément. C'est ainsi qu'on vit chez le prince Radziwill , si connu par ses bizarreries , et qui vint à Paris dans le siècle dernier, des ours remplir à table les fonctions de valets; mais , chose assez étrange , cette nouvelle espèce de livrée n'aiguisait pas toujours l'appétit des convives, qui tremblèrent plus d'une fois en tendant leur verre au laquais placé derrière eux.
La chasse de l'élan est également en faveur, et offre d'assez grandes difficultés. Cet animal , de la famille des cerfs , a l'ouïe et la vue parfaites ; et il montre dans l'instinct de sa conservation une intelligence presque humaine. Grâce à sa vigueur, à sa haute taille, et à la rapidité fabuleuse de sa course (il peut faire, quand la nécessité l'exige, jusqu'à cinquante milles
L'UNIVERS
de Pologne par jour ou quatre-vingthuit lieues de France) , il franchit tous les obstacles, déroute les chiens, et leur dérobe les traces de sa piste.
Lorsque les chasseurs- sont peu nombreux et dépourvus de meutes , ils font cerner par les paysans, plusieurs heures à l'avance, le point qu'ils présument servir de refuge à l'animal.
Ces traqueurs, munis de petites trompettes qu'ils fabriquent eux-mêmes avec l'écorce du bouleau , et sur lesquelles ils doivent imiter à peu près ces sons : yhyff, yhyffyfrou, frou, cherchent a attirer l'élan dans un trèspetit cercle formé par les chasseurs cachés , qui , armés de fusils de fort calibre à un seul coup, tirent tous à la fois sur lui. Cette méthode est peu usitée, car elle réussit rarement , l'animal trouvant presque toujours une issue pour s'échapper.
Quand les chasseurs sont en grand nombre et qu'ils ont également avec eux suffisamment de chiens dressés à cette espèce de chasse , elle offre plus de chances de succès , et , par consé-
3uent, d'intérêt. Les élans se tenant e préférence dans les parties les plus humides et les plus sombres du bois; c'est autour d'elles que sont distribués les paysans avec leurs petites trompettes de bouleau. Les chiens sont lancés à la poursuite de la bête, aussitôt que ses traces ont été reconnues ; et des chasseurs, munis de gros fusils, dont ils ne font usage qu'a trente ou quarante pas au plus, interceptent tous les chemins de traverse, tandis que d'autres, à cheval et armés de fortes carabines ou de pistolets , se postent à la lisière de la forêt, afin de poursuivre l'élan, dans le cas où, après avoir échappé aux premiers , il tenterait de gagner h plaine. Si, malgré toutes les précautions prises, l'animal réussit à atteindre son but, un de ces immenses ravins dont les plaines de Pologne sont parsemées lui sert d'abri , et il devient alors très-difficile, pour ne pas dire impossible , de l'en débusquer.
Il n'est pas rare, surtout si l'on poursuit plus d'un élan à la fois , de voir s'écouler plusieurs jours soit avant
de parvenir à se rendre maître des i>étes traquées, soit avant d'avoir perdu entièrement leur trace. Il arrive de là que cette sorte de chasse ne peut être entreprise que par d'opulents seigneurs, car, outre les amateurs, elle exige souvent le concours de toute une armée de gardes et de paysans.
Autrefois elle avait lieu à toutes les époques de l'année ; mais comme on s'aperçut que l'espèce diminuait d'une manière sensible, cette chasse n'est maintenant plus permise que depuis le 15 octobre jusqu'au 15 décembre.
Les points de la Pologne où l'on rencontre les plus nombreux troupeaux d'élans sont les marais et les forêts situés aux environs de Pinsk.
Mais la chasse qui intéresse le plus la sûreté du pays , c'est la chasse aux loups, de tout temps en grande quantité. A partir du mois de novembre jusqu'à celui de février, on les voit marcher par bandes de trente, quarante, et parfois même davantage. Ils parcourent non-seulement les villages, ou ils sèment la terreur en pénétrant dans les étables, mais lorsque la terre est couverte de neige, ils s'attaquent aux voyageurs. De malheureux soldats isolés ont souvent été dévorés
f>ar eux , ainsi que leurs chevaux , et 'on ne retrouvait, sur le lieu de l'événement, que les armes des victimes et quelques faibles lambeaux de leurs vêtements.
Aussi se livre-t-on avec ardeur à la destruction de ce cruel animal, l'effroi des contrées; et dès le mois d'août, la récolte terminée, les gardes forestiers s'étudient à reconnaître d'une manière positive son gîte. Ils doivent attendre pour cela le départ du chef de la bande , qui ne se met en campagne que vers les dix heures du soir. Lorsqu'il est à une distance suffisante pour ne rien entendre, les gardes, placés sur un arbre ou dans un buisson bien épais, se mettent à hurler comme un vieux loup qui serait dans le lointain ; et aussitôt les louveteaux de répondre , d'abord l'un après l'autre, et ensuite tumultueusement : on apprécie ainsi leur nombre. Cette musique a quelque
fc>OLOGNfc. m chose de terrible dans le silence de la directeur de la chasse, distribue à cha-
nuit, et les cheveux se dressent involontairement sur la tête de l'homme le plus courageux. Il faut être chasseur passionné ou façonné à une obéissance aveugle pour remplir cette tâche.
Une ibis le lieu de retraite bien connu, le seigneur envoie à ses voisins de campagne des invitations pour se réunir tel jour avec leurs meutes ; et, jusque-là, on nourrit les loups avec des charognes de bétail mort , afin de les retenir. Au jour dit , de bon matin , les conviés à la fête arrivent ; et un copieux et solide déjeuner se prépare en leur honneur. Dans de vastes chaudières , la choucroûte bout en compagnie de saucisses, lard , et autres viandes. Ce mets est de fondation : on rappelle le hachis des vauriens , bigos hultayski. A huit heures précises, d'immenses tables sont dressées ; et le vin, l'hydromel, la bière, l'eau-devie , coulent en abondance.
Fin cette circonstance, le puissant seigneur oublie pour quelques instants que sa noblesse date du temps des Piast ou du premier Jagellon , et converse avec affabilité avec tel gentilhomme anobli seulement sous le règne des rois électifs. Toute l'assistance profite de ces bonnes dispositions, jusqu'aux paysans , qui vident un verre d'hydromel et reçoivent une assiette garnie de viande/
Après que l'estomac est soigneusement lesté et arrosé de nombreuses rasades, le départ a lieu. Parmi les chasseurs, les uns font le trajet sur de petits chariots appelés bryczka, les autres vont à pied. Rassemblés dès le matin , les jeunes garçons des environs courent et gambadent , de gros bâtons a la main , tandis que les piqueurs précèdent et suivent les meutes de chiens, accouplés d'habitude deux à deux. Les chasseurs causent entre eux avec chaleur, les enfants crient, les chiens hurlent, les piqueurs font claquer leurs fouets. C'est un véritable charivari.
A peu de distance de l'endroit indiqué j on fait halte pour introduire un peu d'ordre dans cette multitude confuse; et le chef des gardes, véritable
14 # Livraison. ;Pologîse.)
cun son poste et sa besogne. Devant les filets tendus par ses ordres aux
Kassages principaux, il place deux ommes , armés de gros bâtons et que les arbres masquent; puis il répartit les chasseurs de trente pas en trente pas, dans l'intervalle des filets, en ayant bien soin de ne pas les mettre sous le vent. Les jeunes gars qui doivent faire la battue se tiennent, aussi rapprochés que possible, à l'endroit d'où on doit lancer les chiens.
A peine ces derniers sont- ils découplés , que , rapides comme l'ouragan , ils disparaissent dans les taillis. Les piqueurs sonnent du cor : c'est le signal que la chasse est commencée.
Chaque chasseur, l'œil fixe, l'oreille au vent , le doigt sur la détente du fusil , se tient immobile. Le silence le plus complet règne de toutes parts.
Mais tout à coup un chien donne de la voix , puis un second , et bientôt la meute entière s'en mêle. Les échos de la forêt propagent cet effroyable vacarme, qu'augmentent encore les cris des piqueurs et le claquement des fouets. De leur côté, aux premiers aboiements, les jeunes gars ont entamé la battue, en criant de toutes leurs forces et en frappant les arbres de leurs bâtons. Surpris , effarés , les loups se dispersent et cherchent leur salut dans la fuite , quand une fusillade bien nourrie sème de tous points la mort parmi eux ; ceux que le plomb épargne sont pris dans les filets. Kt les cors de sonner sans relâche le glorieux hallali :
Mort aux loups et victoire aux chasseurs !
Le massacre terminé, chacun raconte ses prouesses, dont plus d'une, bien entendu, est sujette à caution.
Puis vient le banquet, conclusion rigoureuse de toute chasse polonaise. La terre sert de table; les gobelets circulent de main en main; les pipes s'allument; l'égalité règne entre tous : en ce moment , il n'y a plus ni maîtres ni paysans , il n'y a que des frères.
Les trains de chasse qu'entretiennent les seigneurs polonais sont souvent ruineux en comparaison de leurs
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fortunes. Le grand hetman lïnnieki traînait à sa suite et nourrissait , pendant quatre mois de l'automne, plus, d'un millier d'hommes et deux fois autant de ehiens et de chevaux. Le comte Stecki, mort eu 1831, avait toujours chez lui au moins trois cents hommes, dont Tunique occupation consistait à l'accompagner dans ses parties de chasse, qui duraient plus de six semaines , et auxquelles pouvaient prendre part ses amis, ses voisins, et même tous ceux de ses compatriotes qui le voulaient bien.
Le prince Antoine Radziwill , gouverneur pour le roi de Prusse du
Srand-duché de Posen , a fait élever, e 1821 à 1826, dans ses propriétés de Przygodzice (ancien palatinat de Kalisz) , un pavillon de chasse qui a droit à une mention particulière. Construit sur les dessins de l'architecte Schinkel , il n'est rien de plus beau et de plus élégant dans son genre. Le bâtiment est en bois, mais d'une solidité parfaite : il présente un octogone, auquel viennent aboutir quatre pavillons, la salle du milieu, qui reçoit le jour par de nombreuses croisées*, embrasse une hauteur de trois étages; tout autour sont de triples galeries. La toiture est soutenue par une énorme colonne, décorée d'attributs de chasse, et dont l'intérieur contient une cheminée. Les pavillons adhérant au bâtiment principal servent de chambres à coucher. Ils renferment aussi unehibliothèque et un musée. Des meubles de bon goût, des porcelaines, des cristaux, des glaces, des tableaux précieux , ornent ce charmant séjour. Les plafonds et les parquets sont d'un travail remarquable. Au sommet de l'édifice se trouve une coupole octogone, d'où flotte dans les airs une flamme de plusieurs couleurs.
Ce pavillon , d'un si beau style d'architecture et si somptueux à l'intérieur, est situé, en outre, dans un lieu des plus pittoresques ; des pins l'ombragent de toutes pa< ts. Il a coûté trente mille écus de Prusse(cent dix-sept mille francs).
Malheureusement les grandes réu-
nions que nous venons de décrire se
terminent rarement §ans accidents.
Les Polonais ne prennent point, ço général , de précautions suffisantes!
A la chasse , comme à la guerre , ils se montrent tels qu'ils sont réellement , avec leur penchant pour l'indépendance et l'égalité , et avec l'abnégation de soi-même.