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ÉLECTION DES ROIS

Jusqu'à l'année 1572, la couronne avait toujours été élective de fait ; elle le fut de droit après la mort de Sigismond-Auguste, qui, n'ayant pas d'en-

L'UNIVERS

fants, facilita de tout son pouvoir cette importante modification. En même temps prit naissance la charte nommée Pacta conventa , que depuis , à leur avènement au trône , tous les rois polonais jurèrent de maintenir.

Le premier roi électif de droit, après 1 octroi de cette charte par Sigismond- Auguste, fut Henri de Valois, qui, jouissant d'une réputation de bravoure , d'esprit et de courtoisie, et puissamment aidé en outre par les intrigues de sa mère Catherine de Médicis et de son frère Charles IX , sut faire tomber sur lui le choix de la diète. Ce fut à Paris, dans l'église Notre-Dame, qu'il prêta pour la première fois serment comme roi de Pologne ; il le renouvela à son arrivée dans le pays. En voici la teneur :

« Henri, par la grâce de Dieu , élu « roi de Pologne, grand-duc deLithua- « nie, de Russie , de Prusse, de Mazo- «vie, de Samogitie, de Kiiow, de « "YVoIhynie , de Podlachie , de Livo- « nie, etc., librement et unanimement « choisi par tous les ordres de Polo- « gne , de Lithuanie et de toutes les «• provinces , je promets , je jure au « Dieu tout - puissant, sur les saints « Évangiles :

« Que tous les droits, libertés, im- « munités, privilèges publics et parti- « culiers, ecclésiastiques et séculiers, « qui ont été donnés aux églises , ba- « rons, nobles , habitants des villes et « des campagnes , et à toute personne « de quelque état que ce soit, par les « rois mes prédécesseurs, par tous les « princes ue Pologne et du grand- « duché de Lithuanie , et surtout «par Kasimir I", Wladislas I", « Jagellon, etc , ou qui ont été établis « ou sanctionnés dans les temps des « interrègnes , par les diètes, et qui « m'ont été présentés; je les main- « tiendrai, les observerai et les défen- « drai dans toutes leurs conditions , « dans tous leurs articles, et sur tous « les chefs ; que j'entretiendrai la con- « corde entreceux qui sont de religion « différente, et ne souffrirai en aucune « manière que, ni par* ma juridiction, * ni par celle de mes officiers, ni par

« certaines classes de citoyens, qui que « ce soit se trouve opprimé ou pour- « suivi pour cause de religion.

« Que je recouvrerai , dans toutes les « parties du royaume , du grand-duché ■ de Lithuanie, ou des autres provin- « ces , les pays illégitimement aliénés « ou perdus dans les guerres, ou de « toute autre manière; que je nedimi- « nuerai en rien les limites du royau- « me et du grand-duché, mais que je « les défendrai et les étendrai ; que « j'administrerai une bonne justice à « tous les habitants du royaume , sans « distinction.

« Et s'il arrive (ce qu'à Dieu ne « plaise ) que je viole en quelque « sorte mon serment, les habitants « du royaume et de toutes les pro- « vinces ne me devront plus rien ; « mais , par ce seul fait, je les recon- « nais déliés de toute foi, de toule « obéissance. Je ne demanderai jamais « à personne d'être relevé du serment « que je prête; et si on me l'offrait, « je le refuserais ; et qu'ainsi Dieu me « soit en aide. »

Durant l'interrègne, l'archevêque de Gnèzne, primat du royaume, eu avait l'administration. Il envoyait ses wi 'wersaux dans les provinces , pour convoquer l'assemblée générale, en déterminant l'époque de l'élection, la durée des délibérations et l'endroit de réunion. Il est facile de se représenter l'effet électrique que produisaient sur un peuple enthousiaste de la liberté , doué d'un esprit ardent , ouvert aux nobles pensées, aux resplendissantes images, les cérémonies imposantes des diètes, où l'on élevait sur le pavois le nouveau chef de l'Etat, et qui rappelaient les comices des premiers Romains , les champs de mai.

Le lieu d'élection était situé dans les environs de Warsovie, près du village de Wola , en pleine campagne.

Des fossés et un rempart lui servaient de limites, et, aux approches d'une élection, on construisait un édifice en bois, nommé szopa, où siégeait le sénat. Les nonces en corps se tenaient en dehors de cet édifice , et la place occupée par leur assemblée s'appelait

kolo (cercle). La nation noble était rangée dans les autres parties du camp, suivant ses palatinats respectifs. Aussitôt que l'élection avait été signiGée au prince choisi, il arrivait à Warsovie, et là, prétait serinent à genoux, dans l'église de Saint-Jean, cfe respecter les conditions stipulées avec ses ambassadeurs. Le couronnement avait lieu ensuite à Krakovie.

« L'appareil tout guerrier de la solennité de l'élection; ces foules de gentilshommes , couverts d'armures brillantes ou d'habits chamarrés, montés sur les plus beaux coursiers; les étendards des palatinats levés dans les airs; des ambassadeurs des plus puissantes nations européennes se présentant au milieu de cette grande foule

f>our recommander leurs candidats; es nonces, les sénateurs, tous achevai, allant solliciter les suffrages, les éclairer, les rallier ; tandis que l'archevêque, assisté du clergé, dans toute la pompe catholique, implorait Dieu pour que la sagesse et la justice présidassent à l'élection, pour que la république affermît ses antiques libertés et barrières ; tout ce tableau devait émouvoir, séduire cette nation si accessible aux grandes émotions publiques, et relever partout la dignité personnelle.

Par intervalle on eût pu dire que le génie des anciennes républiques et celui de la chevalerie reparaissaient sur le vieux sol de la Pologne (*). »

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