JEUX DE CARTES
Les cartes , qui apparurent en France à la fin du quatorzième siècle, pour la distraction du roi Charles VI , devenu fou en 1392, furent introduites en Pologne, par les Allemands , vers lepoque où l'on y connut également l'imprimerie; mais les Polonais, nationaux en toute chose, voulurent bientôt avoir leurs cartes à eux.
Thomas Ujazdowski trouva , transformées en carton, en décollant la couverture d'un livre imprimé en 1582, des cartes dont les personnages étaient revêtus de costumes polonais et guerriers. Selon tous les indices, elles avaient dû être fabriquées vers l'année 1500.
Le Volume de Lois fait aussi mention, en 1613, des cartes flamandes.
Il paraît qu'il n'y eut d'abord dans les jeux polonais que quatre cartes de chaque couleur, comme les matadors des cartes françaises. Plus tard, le nombre total s'accrut jusqu'à trentesix , et c'est encore celui d'aujourd'hui.
La plus haute carte est l'as, la plus petite le six.
Déjà, du temps de Sigismond III, le clergé tonnait en chaire contre les joueurs; et pourtant, jusqu'au règne d'Auguste ni, il eut été difficile de trouver des cartes dans les villes de province. Pendant longtemps, le jeu fut peu en faveur, et ce n'est, suivant l'abbé Kitowicz , qu'à compter de 1740 qu'il se répandit dans toutes les parties du pays. De ce moment, les jeux d'échecs et de dames furent mis de côté et remplacés par les jeux de cartes, que l'on fabriquait à Warsovie.
Parmi les jeux de société, nous citerons ceux nommés kasztclan, druzbart (en vogue chez le peuple), kalabrak; la comète, Pécarté, l'impériale, le whist. Parmi les jeux de hasard , on compte les suivants: chapanka, try-
szak{*\ maryasZy pikiet,cwik (espèce de bouillotte, mais bien plus ruineuse que la bouillotte française) , kwindecz, makaOf stos.
Mais de tous les jeux , le plus fatal était celui du pharaon, qui fit fureur en Pologne à la fin du siècle dernier. Joué avec des cartes françaises , il avait accès partout, dans les reunions de famille, dans les bals de la haute société, et même au château royal. Souvent l'enjeu -d'une carte se montait à cent milie florins; aussi une seule nuit engloutissait des palais, des terres, des fortunes entières. Toutes ces dettes étaient payées avec exactitude; car, lorsque le sentiment de loyauté ne suffisait pas, ce qui était fort rare, les tribunaux permettaient de faire des saisies pour les obligations contractées au jeu.
Malgré l'engouement des Polonais, les maisons publiques de jeu ne furent jamais tolérées en Pologne. C'est un fait à constater à la louange de l'autorité.