‹ PologneChapitre 84 sur 103 · SUPERSTITIONS · texte numérisé non relu

SUPERSTITIONS

Comme tous les peuples primitifs, la grande famille slave fut animée par le désir, si naturel à l'homme , de déchirer le voile qui cache les mystères de l'avenir. On comptait chez elle un nombre immense de devins et de prétendus sorciers. Les femmes surtout, auxquelles on attribuait le don de l'inspiration divine, jouèrent, sous ce rapport, un rôle marquant parmi les populations slaves. Elles participaient aux cérémonies publiques, soignaient les malades , rapprochaient les jeunes gens par les liens du cœur et pronostiquaient à chacun sa destinée future.

Les anciens Prusses les consultaient également, afin de découvrir où se trouvaient les objets dérobés. Avant de rendre ses oracles, la sibylle répandait de la bière et fondait de la cire, ou bien entaillait, d'une façon bizarre, un morceau de bois.

Cette même peuplade était imbue de superstitions non moins singulières.

Par exemple, il fallait bien faire attention à sa marche en entrant dans un village; car le pied droit posé le premier signifiait du bonheur, tandis que le pied gauche menaçait, au contraire, de quelque fâcheux accident.

Si un lièvre traversait la route, chacun redoutait quelque catastrophe; si c'était un loup, on se réjouissait.

Le marié qui se révei.liait le premier la nuit des noces devait s'attendre à mourir pareillement le premier.

Toute maladie était considérée

comme un indice de la colère céleste, et la mort regardée comme un juste châtiment; aussi il arrivait souvent que le wurszkaytis , sacrificateur, voyant les souffrances du patient, l'étouffait avec un oreiller, après avoir demandé pardon aux dieux, les yeux baignés de larmes, de mettre Un à leur vengeance toute-puissante.

Ces croyances eurent cours longtemps encore, dans toute leur étendue > après l'introduction du christianisme.

Meiecius dit dans ses Lettres à Sabîn, écrites en 1&53 : « Les Slaves ont parmi « eux des devins, nommés en langue « russienne burtes, qui versent de la « cire fondue sur des fils de laiton, et « répondent ensuite , suivant les figures « tracées , aux questions adressées. J'ai «connu en Presse, ajoute-t-il, une « femme oui*, inquiète d'une longue « absence de son fils, alla consulter un « devin , et apprit de lui qu'il avait péri « en mer, attendu que la cire versée « sur un plateau représentait un vais- « seau naufragé et un homme étendu , « tout à côté, sur le dos. »

Le savant Czacki parle également, dans son ouvrage sur les lois lithuaniennes et polonaises, de ces superstitions , en usage dans toutes les classes de la société. La reine Bona, épouse de Sigismond I er et digne Italienne, ajoutait foi elle-même aux expériences tentées. « Elle sondait l'avenir, dit « Czacki , d'après la masse formée par « le suc tiré d'herbes odoriférantes, « ainsi que d'après les dessins qui pro- « venaient de la cire fondue. »

Un sorcier jouit surtout en Pologne d'un renom populaire et équivaut pour elle au Faust allemand, c'est Twardowski (*) , personnage qui vécut sous le règne de Sigismond-Auguste.

On trouve fort peu de détails chez les biographes nationaux sur Twardowski; ils se contentent de rapporter qu'il reçut le jour dans une noble ia-

(*) Plusieurs écrivains soutiennent que le fumeux Faust est le même personnage que Twardowski , qui, persécuté à cause de son savoir réputé surnaturel, se serait réfugié en Allemagne et y aurait pris le de Faust ou Fusl.

mille, qu'il fit ses études à l'université de Krakovie , et au'il s'adonna spécialement à la chimie et à la physique.

Très-zélé pour les progrès de la science, Twardowski réunissait l'application au précepte, et il choisit tour à tour, pour ses expériences , les montagnes de Krzemionki et le tertre de Krakus. Il arriva de là que la multitude, qui explique avec son imagination ce qu'elle ne comprend pas avec son intelligence, le regarda bientôt comme un être surnaturel.

Ainsi donc, d'après les traditions populaires, Twardowski signa avec son sang, sur une peau de bœuf, un pacte avec le diable, qui, muni de cette garantie, s'élança unjour^sur sa proie, et l'entraînait déjà, lorsque Twardowski, terrifié, se mit à chanter les saintes heures, ce qui le tint suspendu entre le ciel et la terre, où il se trouve encore au moment présent.

Avant cette catastrophe, Twardowski était le bien-venu chez le roi Sigismond- Auguste, où il arrivait la nuit par une issue secrète; et dans ces mystérieux entretiens, on délibérait, suivant la croyance populaire, de choses graves et importantes (*).

Une jeune fille, sauvée par Twardowski de la fureur de la multitude et cachée par lui dans les souterrains de Krzemionki, s'adonna, sous sa direction, à l'étude de la magie, et fut bientôt aussi savante que son maître.

Cette jeune fille, nommée Barbe Gizanka , produisit une vive impression sur le cœur du vieux roi, et I histoire secrète du règne de Sigismond-Auguste l'a fait connaître sous le titre de favorite d'Auguste. Le monarque l'appelait dans ses moments de souffrances, se croyant soulagé par le suc de ses herbes et ses enchantements. Elle cbit encore auprès de lui , à son lit de mort , comme un mauvais génie.

Si les souverains eux-mêmes ajou-

(*) On montre encore de nos jours aux curieux deux objets provenant de Twardowski , un manuscrit et un miroir enchanté.

Le premier se trouve à Krakovie, dans la bibliothèque de l'université; le second à l'ulawy. (Golembiowski, Le Peuple nolona s).

taient foi, par moments, à des influences surnaturelles, il n'était pas étonnant que le vulgaire s'y livrât entièrement. De tous côtés , ce n'étaient que récits fantastiques et traditions merveilleuses. Tantôt une jeune fille parcourait les champs et les villages avec un voile ensanglanté, tantôt un spectre livide touchait ses victimes d'une main ardente ou glacée; puis on croyait entendre dans l'air des cris déchirants, le bruit des cloches, ou bien la voix des anges, se mariant par des accents d'une harmonie délicieuse.

Ajoutons qu'en Pologne, comme ailleurs, l'heure de minuit était toujours l'heure de rigueur pour toute apparition étrange.

Ces croyances se sont perpétuées à travers les siècles , en dépit des progrès de la civilisation ; et, tout comme par le passé, les sorcières, les revenants et le diable jouent aujourd'hui chez le peuple polonais un grand rôle, le diable surtout. Un paysan polonais ne manque jamais, avant d'avaler une boisson quelconque, de faire le signe de la croix au-dessus de son verre , afin d'en chasser le diable.

C'est aux veillées que cette disposition au merveilleux s'exerceen pleine liberté. En Pologne, ainsi qu'en France, il est d'usage que les jeunes gens des deux sexes se réunissent chez un habitant du village, pour y passer les longues soirées d'automne* et d'hiver. Les femmes filent le chanvre et le lin , tandis que les jeunes garçons entretiennent le feu d'une large cheminée, exécutent de petits ouvrages , et excitent , par leurs récits , l'attention de rassemblée.

C'est à qui l'emportera sur le dernier discoureur; aussi on n'entend là qu'histoires de vampires, auxquels on dut couper la tête pour les empêcher de sortir de leur tombe et de sucer le sang des jeunes filles, ou Jbien de ' reines et de princesses changées en oiseaux ou en arbres (*). Il y a générale

(*) Il existe encore de nos jours, le peuple do Warsovie, la croyance que dans les souterrains d'un château désert des princes Sulkowski, de la capilaie domiuaut

L'UNIVERS

ment beaucoup de talent dans ces narrations enfantées par l'imagination du Nord et brillantes d'un coloris qui rappelle souvent celui des contes orientaux. La veillée dure d'habitude jusqu'au premier chant du coq , moment où chaque veilleur reconduit sa bienaimée au domicile paternel.

Les devins et tireuses de cartes, qui, de nos jours, remplacent les anciens synogotes et burtes, ont , dans le but d'exploiter plus facilement les dupes , désigné certaines époques de l'année comme propices à leurs expériences.

Ainsi, le jour de la Vierge, ils allument plusieurs cierges; sur chacun d'eux est tracé le nom d'un des membres de la famille qui consulte, et celui dont la chandelle s'éteint la première, mourra le premier.

La veille de la Saint-Mathias , de semblables épreuves ont lieu au moyen de feuilles d'arbres. On les marque , puis on les porte au cimetière , où l'on retourne le lendemain savoir ce qu'elles sont devenues. La feuille trouée annonce la mort de la personne dont le nom s'y trouvait tracé; la feuille fanée pronostique seulement une maladie, et la feuille encore verte est l'indice d'une continuation de bonne santé.

A la fin des jours gras , on sert ordinairement à souper du lait. L'un des convives en jette une cuillerée derrière Jui, et fait, d'après les dessins formés par le liquide en tombant , différentes prédictions sur l'avenir des personnes de la maison.

Mais la grande affaire du mariage

{jréoccupe surtout, et par-dessus tout, es esprits des deux sexes, principalement de l'un d'eux, et celui-là on le divine aisément, c'est le sexe féminin.

Au contraire de ce qui a lieu en d'autres contrées , sainte Catherine est Ja patronne des jeunes garçons, et,

la Wistule , habite une princesse enchantée et changée en canard. Le peuple assure que le curieux cnà y descend avec une lumière et arrive près du puits situé au milieu des souterrains, voit sa lumière s'éteindre et se trouve entraîné au fond de l'eau par la priaenchantée.

par une autre bizarrerie, les jeunes filles ont généralement adopte saint André pour leur protecteur tutélaire.

La veille de la fête de ce saint , elles ne prennent rien de chaud ; puis le soir, en se couchant, elles écrivent sur des cartes le nom de tous les jeunes gensdeleurconnaissance,nomsqu'elles placent avec une pierre sous leur oreiller. Le matin suivant, à son réveil, la jeune fille retire les cartes de dessous l'oreiller, et celle qui vient la première porte le noiff Je son futur.

D'autres fois , on met sous trois vases un bonnet, une couronne et un rosaire; la jeune fille en choisit un, et , selon ce qui se trouve dessous , elle sera mariée, restera demoiselle ou deviendra religieuse.

L'annuaire Dunczewski rapporte l'exemple suivant, laissé par mademoiselle Cunégonde Jasielska dans son Journal: « La veille de la Saint- André, « mon espoir a été exaucé. Dieu veuille « que ce que j'ai rêvé se réalise , sa- « voir que mon père chéri me donne « pour époux M. Étienne. C'est un ga- « lant parfait; sa moustache est si « bien peignée et sa chevelure si « bien relevée, qu'il semble que Cu- « pidon même lui sert de valet de « chambre ». Voilà un véritable type de la châtelaine polonaise des temps anciens.

On lit dans le même annuaire que si une demoiselle fait la connaissance d'un jeune homme le jour où il y a éclipse de soleil et se sent attirée vers lui , elle l'épousera immanquablement, et leur mariage sera heureux et de longue durée.

Dans le palatinat de Podlachie et dans les colonies russiennes, les jeunes filles disent , avant de se coucher, toujours h veille de la Saint-André, et ; fin de voir en songe l'époux promis, neuf Pater debout, neuf à genoux et neuf assises. Cette prière achevée , elles sèment dans un pôt des graines de lin, et se mettent à chanter:

Swiaiy Andréiu !

- Ja na tehé Ion siéiu ,

l)aj mené znaiy

Zkim budy zberaty.

r « Saint André , le jour de ta fête •je sème ce lin; fais-moi savoir avec « qui je le cueillerai. »

Les jeunes filles récitent la mène prière en Samogitie; après quoi, en se couchant , elles déposent leur ceinture sous leur oreiller.

Un autre moyen usité par les paysannes de ces contrées consiste à -' planter sur des pierres des choux sans racines. S'ils prospèrent , la jeune fille se mariera au carnaval prochain ; dans l'autre cas, elle demeurera fille.

Dans les palatinats de Mazovie , de Lublin , de Ploçk , de Sandomir et de Krakovie , chaque jeune fille fait cuire un gâteau porteur d'une marque qui le distingue des autres; puis, après qu'ils ont tous été rangés sur une chaise, on en livre l'accès à un chien affamé , et celle dont le gâteau est le

{nremier saisi par l'animal se mariera a première. Des boulettes de pain et des os de pieds de veau remplacent quelquefois les gâteaux.

Dans les environs de Chelm, les jeunes garçons se rendent a l'église le premier jour de Noël ; et celui d'entre eux qui parvient à mettre le premier les cloches en branle , a l'espoir de se marier au carnaval suivant.

En Lithuanie , le temps à partir de Noël jusqu'au jour des Rois est l'époque favorable pour les épreuves matrimoniales. Les jeunes villageoises font avec du chanvre deux petites poupées, l'une représentant un garçon et l'autre une fille ; ensuite elles y mettent le feu ensemble : si les deux flammes inclinent l'une vers l'autre , la jeune fille sera unie à celui dont la poupée offre l'image; sinon, elle ne l'obtiendra jamais. D'autres remarquent de quel coté souffle le vent, car c'est de là qu'on viendra les demander en mariage.

Dans certains endroits, les paysannes courent à une haie , et , la longeant , s'écrient au premier pas : To wdotveç, c'est un veut! au second : to molodeç, c'est un garçon ! Ainsi de suite, jusqu'à ce que , parvenues au bout de la haie, elles sachent lequel des deux leur tombera en partage.

Dans toute la Russie Rouge, aux bords du Styr, du Lomniça , du Pruth et du Dniester, les paysannes ont pour coutume de se baigner le jour de la Saint-André. Le bain pris, elles s'approchent du toit d'une chaumière et en retirent chacune un brin de paille; celle qui, par hasard, attrape un épi encore garni de ses grains , est sûre d'obtenir, dans le courant de l'année, un riche époux ; l'épi vide annonce un pauvre mari, et la paille sans épi est une menace de célibat pour tout le cours de la même année.

La veille de la Saint-Thomas est le jour propice dans les Karpathes. Ce jour-là , les jeunes filles ont soin de jeûner, en portant une pomme sous leur bras. Le soir, au moment où le sbn des cloches appelle les fidèles à la prière , elles coupent en deux la pomme, posée sur leur genou , et la mangent.

Les pépins sont mis ensuite précieusement sous l'oreiller, et elles sont bien sûres que leur futur les visitera en songe. La Saint-Thomas venue, elles se lèvent de très-bonne heure et courent dans la rue, où elles demandent à la première personne rencontrée son nom , puis rentrent à la maison avec la conviction que leur mari s'appellera ainsi.

A Warsovie, les filles du peuple qui veulent savoir si elles se marieront au carnaval prochain, choisissent la veille de Noël pour leurs expériences, lesquelles consistent à prendre sur les bras, au hasard, un paquet de bois haché, et à le décharger ensuite partiellement , en comptant le nombre des morceaux : s'il est pair, le désir sera réalisé; mais, s'il est impair, il faut se résigner à une longue attente.

Les AVarsoviennes font aussi, la veille du jour de l'an, des boules de chanvre, et y mettent le feu avant de les jeter dans la cheminée; la jeune fille dont la boule est emportée là première par l'air, dans le conduit, sera également la première mariée de toutes.

L'impatience était autrefois si vive à ce sujet et la crédulité si grande dans certaines contrées du pays, qu'on

L'UNIVERS

y allait jusqu'à croire à la possibilité de faire apparaître, dans ces épreuves, des fantômes et des êtres surnaturels.

Il suffisait , pour cela , de préparer soimême du teu et d'apprêter, de sa main, un repas composé de trois plats, tous trois en légumes; de ne mettre sur la table que deux couverts, et de se placer au milieu de la pièce, en s' écriant : « Toi , qui m'es destiné ou « destinée, je t'invite à souper! » Alors la figure de la personne, telle éloignée que pût être celle-ci , apparaissait à table et s'évanouissait ensuite, après en avoir fait trois fois le tour.

Un moyen également employé consistait à "se poser devant une glace, quand il était minuit, et à y regarder fixement. La personne dont les traits se reflétaient dans la glace devait être indubitablement unie en mariage avec celle qui consultait le destin.

CÉRÉMOiriES FUHRBRBS.

La coutume des anciens Slaves était de brûler les morts et de conserver leurs cendres dans des urnes de terre.

Cela se pratiquait surtout dans les contrées de la Silésie et de la Grande- Pologne. Les tribus des environs de Kiiow et de la Wolhynie ensevelissaient les leurs dans des lieux élevés et découverts, en ayant soin de les placer de manière que leur téte fût tournée vers l'Orient.

Après avoir habillé convenablement Je mort, on le pourvoyait d'une arme, d'un couteau, d'une "hachette , d'une pierre à feu et de plusieurs pièces de monnaie. Dans la tombe d'une femme, on déposait une aiguille, du fil et des ciseaux.

Les chroniqueurs nous ont laissé nombre de détails sur les cérémonies funèbres des anciens Prussiens. A peine un homme était-il décédé chez eux, qu'on plaçait sou corps dans un bain, où on le lavait ; on apportait ensuite une tonne de bière, dont on vidait une moitié debout, puis l'autre assis autour du mort, en chantant cette lamentation :

« Hélas ! pourquoi es-tu mort ?

m N'avais-tu pas assez à boire et à manger?

« Hélas! ete.

« N'avais-tu pas une belle femme ?

« N'avais-tu pas une fille jolie ?

« Et un gros garçon qui lirait déjà de l'arc?

« Pourquoi doue es-tu mort ?

« Hélas I etc.

« N'avais-tu pas quatre cruches de bière , «Et un flacon de vieux uiedow, « Que tu n'as pas même bu avant de partir ?

« Hélas ! etc.

« N'avais-tu pas un bon petit cheval,

« Deux cochons et plus de dix oies?

« Ayant tout cela, pourquoi es-tu mort?

La lamentation continuait jusqu'à ce que, chacun y ajoutant de nouvelles strophes, elle contint l'inventaire de toutes les richesses du défunt. Le chant terminé, on prenait congé de lui , en le priant ( rapporte Stryikowski ) de saluer les parents et lesainisdéjà passes dans l'autre monde, et en lui recommandant de vivre en bonne intelligence, avec eux. On l'asseyait ensuite sur une chaise, on lui mettait son plus bel habillement, on lui attachait ses armes, on lui nouait au cou une serviette enveloppant des pièces d'argent, et on plaçait sur sa téte un pot de bière.

Tandis que l'on disposait le corps sur un chariot , les jeunes gens montaient à cheval et s'élançaient vers un poteau éloigné, sur lequel se trouvait une pièce de monnaie, dont le premier arrivé devenait possesseur. Tout le long du chemin on criait : Eyte, pareyte, pakielleï allez, arrivez, ramassez! Le but de cette lutte était de poursuivre et de disperser les mauvais esprits qui auraient pu barrer le passage au défunt. La route préparée, on traînait le chariot au lieu de la sépulture; là on brûlait ou on enterrait ie cadavre, suivant qu'il appartenait à une personne riche ou pauvre.

La même lamentation se récitait en Lithuanie et en Samogitie. On y jetait en outre, dans le feu du bûcher, des griffes d'ours et de panthères, dans la pensée que les morts avaient besoin de leur aide pour gravir une haute montagne, avant de paraître devant le juge suprême.

Avant l'ère chrétienne, il y avait dans cette dernière contrée, ainsi qu'en

Prusse , des prêtres spéciaux pour les cérémonies funèbres, appelés Hngussones et tilussones. Le cor accompagnait les chants de deuil, et les prêtres prononçaient des discours en l'honneur du mort.

Les plaines de l'Ukraine abondent en tertres tumulaires, mogila, qui donnent au pays l'aspect d'un vaste cimetière- La tradition rapporte même qu'un Kosak demanda, avant d'expirer, qu'on lui en élevât un d'une hauteur extraordinaire et qu'on y plantât du kalina, espèce d'arbuste poétique, afin que les oiseaux qui viendraient en manger les fruits lui apportassent des nouvelles de sa bien-aimée.

Dans certaines contrées slaves, on célébrait sur les tombes des jeux où les guerriers mesuraient leurs forces; en d'autres, il y avait des courses funéraires , tryzna. Partout le banquet funèbre, strawa, était de rigueur.

Selon les idées des anciens temps , les âmes des morts non ensevelis erraient dans les forêts, en compagnie des oiseaux de nuit, tels que les chouettes et les hibous.

Le christianisme vint réformer ces croyances et ces pratiques enfantées par la mythologie du Nord; mais il ne put pas "tellement en purger le pays, que l'on n'en retrouvât aucune trace.

Ainsi actuellement encore, en Lituanie et en Samogitie, on a pour habitude de déposer sur les tombes, le jour des Morts et au bruit des chants, du blé, de la farine, du sel et de l'ambre. On trouvera plus loin, à l'article Fête des morts, des détails circonstanciés à cet égard.

Ce même jour , le peuple croit également toujours que les morts célèbrent eux-mêmes Poflice.

Les Russiens qui habitent la Podlachie n'auraient garde non plus d'oublier de mettre dans la main du défunt un morceau de toile avec plusieurs

fiièoes de monnaie, et de déposer dans e cercueil de l'absinthe et un flacon d'eau-de-vie. En portant le corps au cimetière, ils frappent à chaque demeure en signe d'adieu. Quatre fois dans l'année ils célèbrent le banquet

des morts : la veille de la Pentecôte, au carnaval, la veille du premier jour de carême , à la Toussaint et le Samedi saint.

A ces vestiges d'antiques habitudes près, tout ce qui a trait aux cérémonies funèbres se célèbre aujourd'hui en Pologne comme chez les autres peuples chrétiens. La seule chose qui les distingue dans les villages, c'est le repas "qui suit immédiatement la sépulture, lequel offre certaines particularités dinues de remarque, car les parents et les amis du défunt réunis y délibèrent sur le sort de ceux laissés

Sar lui sur terre, et cherchent, par es sacrilices mutuels, à les préserver des atteintes de la misère, si elle les menace. Avant ce soin touchant et à défaut du curé, un des membres les plus âgés et les plus respectables du cortège prononce sur la tombe un discours , dont les expressions simples et partant du cœur émeuvent les assistants jusqu'aux larmes.

Dans les environs de Lublin , c'est une femme qui remplit cette tâche.

Son discours se termine ordinairement par ces mots : « Maintenant, ren- *trcz à ta maison, et prenez bien « garde de ne pas regarder derrière « voîis ! » La superstition commune aux paysans les porte à croire que le défunt reviendrait, la nuit, tourmenter celui d'entre eux qui aurait le malheur de se retourner en chemin.

Les paysans polonais ignorent l'usage des vêtements de deuil.

Longtemps l'habitude exista en Pologne, comme ailleurs , d'.enterrer les morts autour des églises, ainsi que dans leur intérieur; et c'est seulement depuis une époque assez rapprochée

3ue les cimetières ont été établis en ehors des villes et des villages.

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