‹ PologneChapitre 88 sur 103 · SCIENCES ET LETTRES · texte numérisé non relu

SCIENCES ET LETTRES

965-1333. La civilisation de la Pologne ne commence réellement qu'avec l'introduction du christianisme. Boïeslas le Grand , déjà fondateur de la puissance nationale, fut aussi le premier qui tenta de réformer l'éducation de son peuple, et il appela à son aide, dans cette noble tâche, le clergé étranger. L'ordre desbénédictins, introduit, en 1008,àSiéciéchow et à Lysa-Gora, rendit bientôt des services signalés.

La science se bornait, à cette époque, à savoir lire et écrire le latin, à chanter avec connaissance de cause à l'église, et à la lecture de l'Évangile et de l'Écriture sainte. Le clergé était seul initié aux chroniques.

Kasimir I er amena avec lui, à son retour de Liège, un grand nombre d'ecclésiastiques français lettrés; et, de leur côté, les évêques apportèrent un zèle admirable dans tout ce qui concernait l'organisation et la tenue des écoles.

« Les rapports intellectuels avec les peuples de la race latine, dit Podczaszynski, mettaient les Polonais à même de posséder tout ce qu'on connaissait alors de la vieille littérature romaine.

Gallus certifie que les livres étaient déjà connus en Pologne au onzième siècle , et il y a des preuves irrécusables qu'au commencement du douzième nombre de manuscrits existaient dans le pays. Mathieu Cholewa, évêque de Krakovie en 1166, cite sans cesse les digestes romains, découverts seulement trente ans auparavant à Amalphi . »

M. Lelewel assure que les écoles et les bibliothèques polonaises étaient dans un état florissant au début du douzième siècle, et qu'elles suivaient l'état de progression de celles des peuples de la race latine.

Après le funeste partage du royaume opéré par Boleslas III entre ses fils, l'influence malfaisante de l'Allemagne paralysa cette direction salutaire. Des miracles et une fausse érudition, qui

17« Livraison. (Pologne.)

s'était emparée des imaginations germaniques, trouvèrent plein cours en Pologne. Dans cette crise où la civilisation rétrogradait, les évéques polonais s'efforcèrent de préserver la nationalité en péril, en veillant soigneusement à ce que les annales du pays fussent enseignées aux élèves des écoles. A la vérité, on les écrivait en latin; mais les évêques exigèrent des professeurs qu'ils les traduisissent en polonais à leurs auditeurs. C'est donc a ces prélats qu'appartient le mérite immense d'avoir sauvé l'idiome national.

Au commencement du quatorzième siècle, les Polonais fréquentaient les universités de Padoue, Bologne et Paris , dont faisaient partie comme professeurs et même comme recteurs plusieurs de leurs compatriotes , tels que Nicolas de Krakovie, Jean G rot de SI u pce, Przeclaw. On vit apparaître également , en qualité de chroniqueurs , Martin Gallus (*), Mathieu Cholewa, Vincent Kadlubek et Martin Polonus.

Vitelio devint célèbre comme physicien et mathématicien.

1333-1506. Cette époque se fait remarquer par des progrès sensibles ; et une partie du recueil de lois nationales , connu sous le nom de Statut de Pf^isliça et rédigé en polonais, offre déjà tous les caractères d'une langue formée. Jaroslas Skotnicki, archevêque de Gnèzne, s'occupa du soin de réorganiser les diverses écoles; car la Pologne, que la connaissance de la langue latine mettait à même de profiter de

(*) Originaire de France, Gallus est le premier qui se soit occupé de la Pologne.

Il écrivit son histoire entre les années i no et 1 1 35 , et elle embrasse la période écoulée depuis 8?5 jusqu'à in8. Gallus, qui possédait de vastes connaissances, rejeta tout ce qui lui parut apocryphe : aussi le mérite de son travail fut méconnu dans un temps où les récits fabuleux étaient substitués à la réalité de l'histoire; mais les siècles suivants, plus éclairés, ont rendu pleine justice à la sagacité de son jugement.

258 m l'uni

tous les trésors qu'elle renferme, avait moins besoin alors d'écrivains que d'une instruction nationale.

. Ce but devint l'objet de la sollicitude constante du clergé, et la fondation de l'université de Krakovie par Kasimir le Grand aida à son accomplissement.

Créée en 1347, selon Podczaszvnski , et en 1364, selon Lelewel, cette université est la plus ancienne de toutes sur le continent du nord; car l'université de Vienne ne fut fondée qu'en 1365, celle de Prague en 1386, et celle de Leipzig en 1404. Le pape Urbain V l'éleva, en 1364, au rang des autres institutions analogues de l'Europe.

Organisée sur le modèle de celle de Paris, l'université do Krakovie propagea en Pologne toutes les connaissances cuit i vees alors en France , savoir, la grammaire, la logique, la métaphysique, les sciences physiques et mathématiques, la jurisprudence, la politique, la morale, l'astrologie et la musique.

Pendant le règne de Louis de Hongrie , l'idiome de la Bohême fut , de tous les dialectes slaves , celui auquel on s'adonna le plus en Pologne et en Allemagne. Mais on vit surgir à cette époque un monument imposant de la langue nationale, c'est-à-dire, une traduction en polonais de la Bible destinée à la reine Hedwige. Cette souveraine protégea l'université de Krakovie, la dota et obtint , en 1397, du

fiape Boniface X, un nouveau priviége pour une faculté de théologie , qui devint bientôt si célèbre, qu'au concile de Bâle les docteurs polonais obtinrent la première place après ceux de Bologne (Act. syn : Basil, a. 1431).

Vers le milieu du quinzième siècle, Grégoire de Sanok se distingua comme philosophe et comme naturaliste. Mathieu de Krakovie parvint successivement au rectorat des universités de Prague et de Paris. Son ouvrage Ars tnoriendi, imprimé à Harlem en 1440, fait partie du petit nombre de livres sortis en premier lieu de l'imprimerie, dont là découverte était encore toute récente.

On compte également plusieurs Po-

lonais pértnl les premiers typographes : Adam de Pologne était imprimeur à JSaples en 1478; Jean Haller à Krakovie eh 1485; et Skrzetuski dirigea un peu plus tard une imprimerie à Vienne.

Podczaszvnski assure même que la première imprimerie polonaise fut fondée à Krakovie en 1474; mais le premier livre imprimé en langue nationale, le code de lois, connu sous le nom de Statut de Laski, ne parut qu'en 1606, par ordre du roi Alexandre.

Kasimir IV prépara. tout pour réaliser une époque lettrée et savante , en confiant l'éducation de ses deux fils au célèbre Dlugosz (*). On eut seulement tort d'associer à ce dernier l'Italien Buonacorsi, surnommé Callimaque.Én outre, à la suite des conquêtes, le luxe était venu, et, avec lui, les besoins scientifiques, qui sont le luxe de l'intelligence.

Sous Jean Albert et Alexandre, le zèle que la noblesse et le peuple mirent à s'instruire fut si grand, que l'on rencontrait rarement un noble qui ne pariât pas trois ou quatre langues, firasme de Rotterdam , dans sa lettre à Severin Bonar, nomme la Pologne la patrie des savants.

La Pologne préludait ainsi au règne brillant des deux Sigismond , qui devait être pour elle ce que le siècle des Médicis fut pour l'Italie et le siècle de Louis XIV pour la France.

1506-1622. Cette période, appelée Yâge d y or de la littérature polonaise y mérite ajuste titre ce nom, non -seulement à cause des chefs-d'œuvre en tout genre qu'elle produisit, mais encore d'après le témoignage unanime, consigné dans leurs écrits, de tous les savants du seizième siècle, sur l'état des lumières et des arts en Pologne à cette époque.

Le règne des deux Sigismond fut vraiment fécond en hommes illustres.

(*) Jean Dlugosz, né en i4i5 , ouvrit une ère nouvelle à la littérature historique de son pays. Son histoire complète, en treize livres, Historiœ poloiiicœ libri i3, ne parut inj primée qu'en 1 7 1 1 et 1 7 1 a. Dlugosz est auteur de plusieurs autres ouvrages historiques et biographiques.

Nicolas Kopernik, né à Thorn en 1473, fraya une nouvelle route à l'astronomie par la découverte du beau système de la rotation de la terre autour du soleil. Il se voua pendant quelque temps, à Bologne, aux travaux astronomiques. En 1500, il obtint une chaire de mathématiques à Rome; mais l'amour de la patrie le rappela en Pologne; et, muni du diplôme de docteur en médecine, délivré par la faculté de Padoue, il revit son pays et fut inscrit au nombre des académiciens de Krakovie , titre d'un haut prix alors. L'Allemagne disputa longtemps cet homme illustre à la Pologne ; maisenfln, en 1829, M. deHumboldt adressa, en sa qualité de président d'une Société savante de Berlin, une lettre à la Société royale des Amis des sciences de Warsovie, dans laquelle il renonçait, au nom de tous les Allemands, à l'honneur d'être le compatriote de Kopernik (*).

L'instruction avait pénétré jusque dans les dernières classes du peuple ; et , malgré les grands privilèges dont jouissait la noblesse , on ne dut. alors son élévation qu'à ses propres talents.

Clément Janicki , Dantiscus, Kromer, Hosius , étaient tous d'origine obscure.

Les annales nationales turent retracées par la plume savante des historiens :

Martin Kromer. Né en 1512 et fils d'un paysan , il parvint par ses talents aux premières dignités du royaume et mourut, en 1589, évêque de Warmie. Grâce à lui, l'inquisition, qui cherchait à se glisser en Pologne , s'en vit bannie par un article du code de l'Église polonaise. Les principaux ouvrages de Kromer sont :

I. De Oîigine et rébus gestis Polonorum, libri 30, 1555. II. Polonia, sive de situ , populis, moribus, magistratibus et republica regni polonï , libri duo. III. Oratio in funèbre Sigismundi /. Il publia , en outre , une di-

(*) Le monument de Kopernik, ciselé par Thorwaldsen , orne une des places de Warsovie et fut érigé aux frais d'une souscription nationale.

zaine d'ouvrages sur l'éloquence, la théologie et la musique. Solignac porte ce jugement sur Kromer, surnommé avec justice le Tite-Live de sa nation :

« Son style est pur et noble , concis et « varié, égal et soutenu ; rien de sec et « de contraint dans sa diction ; point « d'épisode qui ne vienne à son sujet; « mais trop sérieux , trop froid pour « l'ordinaire , il manque de vivacité «dans ses narrations; il cache ou il « amoindrit avec soin tout ce qui est « contraire à la gloire de la Pologne. »

Mathias Strvikowski , né en 1549, et dont le principal ouvrage est: la Chronique polonaise, lithuanienne, de toutes les Russies, etc.

Martin Bielski. Il est célèbre par sa Chronique universelle , 1550.

Joachim Bielski , fils du précédent historien, et connu surtout par là Chronique polonaise, 1 59 7.

Stanislas Sarnicki. On a de lui Annales sive de origine et rébus gestis Polonorum et Lithuanorum, libri 8, 1587, et Descriptio veteris et novœ Polonix, 1585.

Stanislas Orzechowski, né en 1513.

Le nombre de ses ouvrages s'élève à plus de cinquante, mais vingt-sept seulement sont bien connus. « Orze- « chowski , dit Ossolinski , après s'être « montré le rival de Démosthènes dans «ses Turciques, s'il ne surpasse son « maître dans le panégyrique de Sigis- ' « mond I er , atteignit le même but en « suivant une autre route. Sublimi fe- « riam sidera vertice. »

Frycz-André Modrzewski, né en 1520 et secrétaire de Sigismond-Auguste. Il fut un des plus savants Polonais de son temps et composa treize ouvrages. Le plus important est De republica emendanda , libri quinque, 1551. Jean Justinien de Padoue dit qu'il y avait plus de mille ans qu'il n'avait paru un ouvrage de ce genre.

Luc Gornicki, né en 1520. C'est peut-être jusqu'à présent le premier des prosateurs polonais. On doit à sa phi me : I. Histoire de Pologne, 1538- 1572 ; II. Le chemin d'une liberté par* faite; III. Dialogues entre un Polotiais et un Italien sur les lois et les mœurs

L'UNIVERS

polonaises; IV. Le démon de Socrate;

Page 1