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MUSIQUE

La mélodie slave la plus ancienne qui soit parvenue jusqu'à notre époque est l'hymne Boga-Rodziça / Mère de Dieu, composée par l'archevêque de Gnèzne Adalbert, et qui servit pendant longtemps de chant de combat aux Polonais. Les historiens ne sont pas d'aceord sur son origine; il paraît cependant à peu près certain qu'elle fut composée vers le milieu du dixième siècle, car on la retrouve dans les traditions populaires de cette époque et dans les cérémonies religieuses de Gnèzne et de Dombrowa.

L'influence de l'ancienne musique religieuse a été décisive sur le caractère de la nation en Pologne; elle lit surgir ces mélodies populaires qui sont l'expression simple et naïv e des mœurs locales. En se prosternant devant l'Éternel, le peuple chantait la gloire de ses ancêtres, son bonheur, ses souffrances; il se créa ainsi, pour rendre avec vérité les sentiments qui remplissaient son cœur, une musique candide et tendre , guerrière et mélancolique ,

souvent ardente, passionnée, toujours pleine de charme. La musique polonaise est une éloquente histoire de la nation : images gracieuses, graves enseignements, tout se trouve dans ces mélodies, enfantées par un peuple dont la destinée n'est pas encore accomplie.

Les époques remarquables de l'histoirede Pologne, dit Ri. Albert Sowinski dans ses savantes recherches, ont été consacrées par des chants religieux nationaux, guis ou mélancoliques, tels ue le Retour du roi Kasimir /*", chant 'allégresse (1041 ), et la Mort de la reine Luidgarde, mélodie triste et touchante (1283). Avec les progrès de l'art vinreut les poètes sacrés et lyriques, qui vouèrent leur muse aux grands événements nationaux.

Le seizième siècle fut pour la Pologne l'âge d'or des sciences, des lettres et des arts. C'est alors que vécut Jean Kochanowski , dont le génie se plia particulièrement à la poésie lyrique.

Les Élégies ( Treny ) sur la mort de ma fille sont écrites avec un sentiment de douleur pénétrante; chaque mot est une larme qui part du cœur et qui va au cœur. Ses nombreux chants religieux, cantates, psaumes , ont été adoptés par l'église et sont devenus populaires (*).

Vers la fin de ce même siècle, le goût de la musique instrumentale fît des progrès; et les grands seigneurs, qui étaient appréciateurs des arts, entretenaient à leurs frais des orchestres nombreux. La reine Boni, Italienne et femme de Sigismond I er , attira à la cour des artistes et des chanteurs italiens, qui mirent en vogue l'école de leur patrie. Sous les règnes suivants, et surtout sous celui de Sigismond III, Paffluence des artistes étrangers fut telle, que la musique perdit sa couleur nationale. Elle était devenue, dès 1533,

(*) Nicolas Gomolka , célèbre musicien polonais, mit les psaumes de Jean Kochanowski en musique et les publia en i58o.

Un autre musicien non moins célèbre, Christophe Klahan , maître de chapelle du roi Batory, mit en musique YÉpiuicion, que Kochanowski écrivit pour célébrer la victoire des Polonais sur les Moskovites , alors gouvernés par Ivan le Terrible,

l'auxiliaire de l'art dramatique dans les pièces à spectacle jouées à Krakovie chez les dominicains et les jésuites.

La polonaise occupera toujours par son ancienneté, son rhythme et son caractère primitif, le premier rang parmi les airs nationaux. Viennent ensuite les mazureks, leskrakoviaks, les dumki , les airs kosaks , vifs et dansants, avec accompagnement de théorbe. Tous les compositeurs célèbres ont intercalé des polonaises dans leurs opéras, en leur conservant plus ou moins leur forme primitive. Gluck, Paisiello, Cimarosa, Weber, Chérubin!, Rossini ont eu recours à cette coupe musicale et l'ont , d'accord avec Huinmel et Moschelès , popularisée dans toute l'Europe.

Comme le fait observer avec justesse If. Sowinski, un compositeur dramatique trouverait un puissant aliment pour son imagination dans les différents caractères des mélodies polonaises; mais qu'il se garde bien de borner ses explorations à la Pologne de 1815.

Il faut qu'il passe le Stvr ; qu'il parcoure les terres fertiles "de la Wôlhynie et de la Podolie ; qu'il aille vers l'Ukraine , où l'antique Dnieper roule ses eaux mugissantes ; qu'il écoute les chants tristes d'un peuple résigné, les dumki, fleurs charmantes des prés de l'Ukraine; qu'il étudie le murmure du Bon et de la Ros, le frémissement des chênes de Murowieç près Kiiow , le chant sinistre du vanneau , les sons plaintifs du pâtre, jouant du duda au milieu d'une morne solitude. Et quand il aura savouré le parfum de cette contrée poétique, il faudra qu'il se replie sur le Zbrucz, en Galicie, où le peuple aime à chanter les exploits de ses ancêtres; qu'il aille entendre à l'église de Zborow le vieux chant de la Vierge : Panno w zborowskim laskawa Obrazie, reste précieux de l'ancienne musique religieuse; puis, en passant par les rochers grisâtres des Karpathes , il chantera avec les montagnards et descendra ensuite dans les plaines de Posen, où l'amour des arts a survécu aux malheurs de la patrie.

L'UNIVERS

Il priera à Dombrowa , près du tombeau de saint Adalbert; visitera de là T horn , patrie de Kopernik ; Marienbourg, capitale déchue des chevaliers teutoniques; et s'arrêtera à Kowno, où l'antique Lithuanie lui apparaîtra avec ses Waïdelotes , ses têtes des Swiento-Kozla, ses cérémonies des Dziady et tous les mystères de la mythologie du Nord. Il étudiera les daïnos, explorera les contrées arrosées par la Dzwina et la Bérézina, dépendances de la vaste république de Pologne; et, riche d'une pareille moisson , le compositeur pourra reculer les confins de ce monde merveilleux où les sons révèlent à l'âme les idées infinies.

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