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HISTOIRE

LÉGIONS POLONAISES A L'bTBÀNGER.

L'Insurrection de 1794 ayant été suivie d'une catastrophe qui ouvrit aux armées coalisées les portes de la capitale , et qui , au mépris de tous les droits des nations , amena la spoliation complète de la Pologne, les patriotes dont l'ennemi put s'emparer allèrent peupler les prisons des trois puissances. Kosciuszko, Wawrzecki, Ignace Potocki , Niemcewicz , Zakrzewski,et quantité d'autres citoyens courageux furent transportés en Russie : on évalue à plus*de quatorze mille le nombre des Polonais qui se virent confinés dans les forteresses moskovites ou exilés dans les déserts de la Sibérie. Pour son compte , la Prusse emprisonna à Breslau , Magdebourg et Glogau les généraux Madalinski, Grabow ski , Giélgud , ainsi que les insurgés de la Grande-Pologne. EnGn l'Autriche referma les portes des cachots d'Olmutz sur Zaionczek , Kollontay , Stanislas Potocki , etc.

"Warsovie , qui échut en partage au gouvernement prussien , fut occupée par ses troupes , et gardée avec la dernière sévérité.

Plus heureux que beaucoup de leurs compatriotes, d'autres citoyens parvinrent à gagner la France et l'Italie ; mais les espérances qu'ils y conçurent, d'après les promesses qu'on leur lit d'abord , furent bientôt déçues par le traité de paix conclu à Bâle , le 5 avril 1795 , entre la France et la Prusse, et dans lequel il n'était fait aucune mention de la Pologne. On donna pour excuse à l'agent polonais Barss, qui sollicitait l'admission, dans ce traité, d'une clause relative à la reconstitution de l'indépendance de sa patrie :

« que la France avait besoin de repos

« après tant d'anarchie et d'efforts , et « que le silence même gardé à cet égard « dans le traité annonçait que Ton « n'approuvait pas le partage de la « Pologne. » C'est ainsi qu'une diplomatie molle et pusillanime abandonnait une cause que la France devait appuyer le plus fortement possible . et cela dans son intérêt réel (*).

Mais si les diplomates français se montrèrent peu .soucieux de mettre un terme à l'abus inouï dont toute l'Europe venait d'être témoin , les militaires, toujours prêts à fraterniser avec les Polonais , relevèrent le courage de ceux-ci. Bientôt deux points centraux d'action furent établis par eux: l'un à Venise, l'autre à Paris.

C'est en ce dernier endroit surtout que les réfugiés , qui se réunissaient à 1 hôtel Diesbach , parvinrent à intéres-

(*) Voici ce que Kosciuszko répondit un peu plus tard aux Polonais réfugiés à Paru et qui le pressaient de revenir d'Amérique, afin de plaider auprès du Directoire la cause de la restauration de la Pologne : « Je ne «sais pourquoi, malgré la sympathie qui « règne entre les Français et les Polonais, « les Français nous abandonnent toujours « dans les crises les plus décisives. Louis « d'Anjou et Henri III nous furent funes- « tes , le premier en relâchant les ressorts «du gouvernement, le second par sa fuite «« précipitée. Les élections des princes de « Conti et de Longueville ne furent pas sou- « tenues sous le voluptueux Louis XV. Le « duc d'Aiguillon ne sut pas même que le « premier démembrement avait été concerté « entre les trois cours , et le laissa s'accoui- « plir. En 1794 , lorsque, par notre insur- « rection , nous forçâmes le roi de Prusse « de se détacher de la coalition contre la « France , la république ne voulut rien faire « pour nous , malgré nos pressantes sollici- « talions. Comment donc nous fier aujour- « d'hui à de vagues espérances? »

ser au succès de leur cause toutes les âmes nobles et généreuses.

Le général Dombrowski , sourd aux cajoleries de la Russie et de la Prusse, refusa de prendre du service dans leurs armées, et se rendit également en France. Ses talents militaires et son caractère entreprenant étaient assez connus; c'est lui qui conçut, après le désastre de Maciéiowicé, le projet de traverser toute l'Allemagne avec les vinçt roillehommes de troupes restants , le roi et la diète en tête, afin de joindre les Français qui combattaient sur le Rhin. Ce'projet , aussi grand qu'audacieux, échoua devant les tergiversations et le manque de patriotisme de Stanislas Poniatowski.

Dombrowski consulta, durant son voyage, les généraux Jourdan, Bernadotte et Championnet , sur la formation de légions polonaises, et en reçut des encouragements. Il arriva le 30* octobre 1796 à Paris, où la confédération de Krakovie avait déjà fait proposer au Directoire de former, avec les débris de l'ancienne armée nationale, un corps pour combattre la Russie. Le gouvernement français accepta cette offre ; mais comme une loi lui défendait de prendre à son service des troupes étrangères, il engagea Bonaparte, qui venait d'organiser la république cisalpine, à tirer parti des propositions laites, et Dombrowski se rendit sur-le-champ auprès de lui.

Le vainqueur de Montenotte recommanda au congrès de Milan le général polonais, et Dombrowski conclût bientôt, le 9 janvier 1797, un traité avec le gouvernement de Lombardie. En voici les principales clauses : « 1° Les corps polonais qui se formeront auront le titre de Légions polonaises auxiliaires de la Lombardie; 2° ils auront l'organisation, l'uniforme et les insignes polonais; 3° ils porteront des epaulettes avec l'inscription : Gli uomini liberi sono fratelli (les hommes libres sont frères); et tous les officiers et soldats porteront la cocarde française, comme étant celle d'une nation protectrice des hommes libres ; 4° leur solde et leur nourriture seront celles

de farinée française; 5* la nomination aux grades d'oflîcier et d'employé dans ces légions appartiendra au gouvernement lombard, et la confirmation en aura lieu par un général délégué ad hoc par le général en chef de l'armée d'Italie; 6° la nation lombarde considérera les Polonais comme des frères et non comme des soldats étrangers.

L'administration générale leur accorde le droit de citoyen, avec liberté de retourner dans leur patrie une fois la guerre terminée. » Ces diverses clauses furent ratifiées par Bonaparte.

Telle fut l'origine des célébrés légions polonaises.

Se mettant sans relard à l'œuvre, Dombrowski adressa la proclamation suivante à ses anciens compagnons d'armes :

« Compatriotes !

« Dévoué à la patrie jusqu'à son dernier « jour, j'ai combattu sons l'immortel Ko- « cius/ko pour sa liberté. La Pologne dut « succomber, et il ne nous resta rien que le « souvenir consolateur d'avoir versé notre « sang pour le sol de nos pères et d'avoir « vu nos étendards couverts de gloire à Dum bieuka, Raçlawicé, Warsovieet Wilna.

« Polonais ! l'espérance nous réunit de « nouveau, la France triomphe : elle combat « pour l'indépendance des nations. Elle nous «'offre un asile. Attendons donc sous son « égide de meilleures destinées pour notre « pays ! Maçons-nous sons ses drapeaux : ce « sont ceux de l'honneur et de la victoire !

« Des légions polonaises se forment en « Italie, dans ce pays classique qui fut jadis « le sanctuaire de la liberté. Déjà les rangs « se garnissent. Veuez! rejetez loin de vous « les armes qu'une force supérieure vous a

• contraints de prendre, et suivez la voix « iulérieure de l'honneur.

« Venez combattre sous Bonaparte, le « vainqueur de l'Italie , pour nous et pour » la liberté de tous les peuples. Les trophées

* français sont notre unique espoir. C'est « par eux, par nos alliés, que nous rever- « rons nos foyers sur la Wistule, que nous « avons abandonnés avec tant de douleur !

« Au quartier général de Milan, le i er « pluviôse de l'an v de la république française « (20 janvier 1797.)

«Jzjut Dombrowsxi. »

Amilkar Kosinski et Élie Trémo fu-

L'UNIVERS

rent chargés du soin de rassembler des

combattants, le premier en Piémont et le second en France. Vingt jours après, douze cents Polonais étaient déjà sous les armes et formèrent deux bataillons. La première affaire à laquelle ils prirent part fut celle de Rimi ni.

Les légions s'accrurent rapidement , et, peu de mois après l'appel d'un chef qui possédait leur confiance, elles comptaient cinq mille hommes présents. C'est alors que Dombrowski conçut le projet de faire insurger, par ses émissaires, et avec l'appui d'anciens militaires qui avaient fui en Valachie et en Moldavie devant les persécutions des ennemis de leur pays, la Hongrie, la Dalmatie et la Galicie.

La Porte Ottomane, travaillée par Oginski, Wladislas Jablonowski et Rymkiéwicz, devait prêter son appui.

Tout semblait donc hfiter l'heure de la résurrection de la Pologne, et le plan formé par Dombrowski allait être approuvé de Bonaparte et du Directoire, quand les préliminaires de paix signés à Léoben, le 18 avril 1797, vinrent renverser de nouveau cet espoir.

Pour comble de douleur, les Polonais, qui venaient de verser leur sang pour la cause de la liberté, sollicitèrent en vain l'admission d'un représentant de leur nation au congrès devant suivre la paix de Campo-Formio (27 octobre 1797). Bonaparte écarta leur demande à ce sujet, en répondant froidement :

« Qu'il n'appartenait qu'au temps et « aux destinées de rétablir la Port logne. »

Malgré une déception aussi cruelle, comme toutes les espérances de la Pologne reposaient sur sa représentation militaire à l'étranger, les légions s'augmentèrent sans relâche, et, à la fin de 1797, leur effectif s'élevait à sept mille cent quarante-six hommes, divisés en deux corps, commandés par les généraux Kniaziéwicz et Joseph \Vielhorski.

La paix de Campo-Formio ne fut pas de longue durée, et les mouvements qui eurent lieu en Italie, où on fonda les républiques éphémères de

Rome et de Naples, fournirent aux légions une nouvelle occasion de se distinguer. Mais les premiers succès furent suivis malheureusement de revers. L'Angleterre parvint à allumer la guerre de Naples et à attirer l'Autriche dans ses projets. En conséquence, le général autrichien Mack prit le commandement de soixante mille INapolitains et se disposa à combattre l'armée cisalpine, forte seulement de seize mille hommes, sous les ordres des généraux Macdonald et Chain [lion net. De son côté, la Russie envoyait Souvaroff au secours de l'Autriche, et l'amiral Nelson débarquait sept mille INapolitains à Livourne, afin de faire insurger la Toscane. Tous les États romains étaient également en plein mouvement contre les Français.

C'est alors qu'eurent lieu, sous le commandement de. Macdonald , les rencontres de Civita , Castellana et Nepi , où six mille hommes de troupes cisalpines luttèrent contre quarante mille ennemis, et où le général Kniaziéwicz, qui, peu de temps auparavant, avait enlevé d'assaut les villes de Fabricca et de Fallari , fit trois raille prisonniers et prit seize canons.

Après avoir désarmé Rome, Champion net marcha sur Capoue à la fin de décembre 1798. De nouvelles rencontres sanglantes eurent lieu à Traette, où périt le brave Élie Trémo, l'un des fondateurs des légions, à Sezza, à Castano, àTerracine, et partout les Polonais se couvrirent de gloire. Aussi Championnet, voulant rendre un hommage public à leur intrépidité et à leur dévouement, envoya le général Kniaziéwicz porter -à Paris les étendards pris sur l'ennemi, honneur vivement recherché. Le chef polonais les présenta au Directoire en audience solennelle, le 8 mars 1799, et cette journée remarquable fut terminée par )a plantation d'un arbre de la liberté, auquel Barras attacha lui-même les couleurs tricolores.

Bientôt les choses changèrent encore une fois de face , et le despotisme du Nord tenta de nouveaux efforts contre la liberté. La France, en possession de

la Hollande et de l'Italie, n'avait pour garder cette vaste étendue de terrain que cent soixante mille hommes de troupes, tandis que la coalition mit sur pied jusqu'à trois cent mille soldats, sans compter les contingents de la Russie et de l'Angleterre. Bonaparte triomphait alors en Égypte; Zaionczek , Sulkowski et nombre d'autres étaient avec lui : en tous lieux, le sang polonais coulait pour la gloire des bannières françaises.

Dans cette situation compliquée, le Directoire prit les mesures que nécessitaient les circonstances. L'ordre fut donné de marcher en avant, et le 5 germinal an vu (25 mars 1799), l'armée franco-polonaise occupa la ligne de l'Adige et attaqua, le lendemain, l'ennemi sur tous les points. Les Polonais firent des prodiges de valeur, mais ils éprouvèrent des pertes sensibles. Le Directoire, par une dépêche adressée à Dombrowski, en date du 28 avril, rendit pleine justice à la bravoure des légions. Elles cueillirent de nouveaux lauriers à la bataille de Ma^nano, où périrent le général Rymkiéwicz et trois cents de ses compatriotes.

Toutefois le découragement se manifestait parmi l'armée d'Italie, dont le chef actuel, Schérer, différait par trop du vainqueur de Montenotte. Sur ces entrefaites, Souvaroff arriva à Vérone le 14 avril 1799, et prit le commandement des forces austro-russes, nuatre fois plus nombreuses que les forces françaises. Moreau remplaça alors Schérer, Dombrowski fut rappelé à Florence, et l'armée napolitaine de Macdonald battit en retraite.

Les combats que Dombrowski eut à soutenir dans IcsApenninsdiminuèrent encore les légions de plus de mille hommes. Le chef de légion Forestier et le major Chlopicki se distinguèrent principalement lors de ces rencontres.

Mais malgré tous ses efforts, toute sa bravoure, l'armée franco-polonaise ne put soutenir le choc de forces si supérieures. Les affaires de Grassano, de Trebbia, de Tidone, de Rivalta, lui enlevèrent plus de sept mille hommes et trente officiers de marque précieux

par leurs talents. La seule journée de Novi coûta Quinze cents hommes aux Polonais, qui combattirent avec fureur les troupes russes, et devint le tombeau de la première légion, pour la réorganisation de laquelle on Gt bientôt des préparatifs.

La deuxième légion ne fut pas plus heureuse. Le siège de Mantoue, entrepris par l'armée austro-russe, forte de quarante mille hommes et six cents pièces d'artillerie, occasionna des pertes considérables aux Polonais, toujours les premiers au feu. Mantoue, réduite à l'état le plus déplorable et ne comptant plus que le quart de sa garnison primitive, capitula le 28 juillet 1799. Les soldats furent faits prisonniers de guerre. Wielhorski, commandant de la trente et unième brigade française, et Amilkar Kosinski, chef de laïégion polonaise , réduite de quatre mille hommes à huit cents, furent conduits en captivité avec leurs compatriotes à Leoben, par les vindicatifs Autrichiens.

Ainsi finit la deuxième légion.

Mais au moment même où la fortune semblait abandonner les drapeaux français, Bonaparte revint d'Egypte, et les affaires prirent bientôt une "tournure plus favorable. Le 18 brumaire (9 novembre 1799) vit la chute du Directoire et son remplacement par le consulat. Bonaparte devint premier consul; et la loi qui défendait d'accepter les services de troupes étranères ayant été rapportée, Domrowski eut ordre de former sept bataillons à la solde de la France, avec assurance d'une retraite aux Invalides pour les soldats mis hors de service.

Marseille fut indiquée comme point central de réunion et d'équipement du nouveau corps. Dombrowski présida lui-même à son organisation; et, en outre, une seconde légion, dite du Danube, fut formée des^débris que ramena le général Kniaziéwicz. Toutes deux ne tardèrent pas à se mettre en campagne.

Bonaparte, ayant franchi le Saint- Bernard , occupa successivement Aosta , CMtillon , Bard , Varallo ; il entra

fi

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à Padoue, Milan ; prit Crémone, Placence ; gagna la bataille de Montébello, et acquit à la France, par la célèbre journée de Marengo, toute l'Italie jusqu'au Mincio.

Les résultats de cette campagne étaient brillants, mais ils avaient coûté cher. Les marches et rencontres continuelles avaient réduit de nouveau les légions à un effectif de huit cents hommes. Sans se» décourager , Dombrowski présente au premier consul le plan de la formation d'un corps polonais, (prt de trente mille hommes, qui opérerait une diversion du côté de la Galicie. M asséna appuie ce plan; et, grâce aux recrues faites par Garbinski et Wielhorski , échappés des mains autrichiennes , et à l'argent cisalpin , les légions réparent rapidement leurs pertes. Le 20 novembre 1-800 , Domhrowski en passe la revue .

et compte déjà dans leurs rangs cinq mille hommes, destinés à former la deuxième division de réserve, en attendant l'instant de se porter sur la Galicie.

Brune ayant succédé à Masséna, Domhrowski trouva à Castel-Novo et à Calvaeello de nouvelles occasions de déployer sa bravoure et ses talents militaires. Chlopicki se signala également au siège de Peschiera.

La paix de Lunéville, signée le 9 février 1801, remit les Français en possession de Mantoue; et Domhrowski , laissant une partie de ses légions dans cette place, se rendit avec le restant à Milan , où la légion du Danube parvenait après de glorieux combats.

Formée par Kniaziéwicz , cette légion comptait, en 1800, trois mille six cents hommes, et se vit adjointe au corps du Bas-Rhin, sous les ordres du général de Sainte-Suzanne. Les journées de Francfort , d'Offenburg , et surtout de Hohenlinden , la couvrirent de gloire. Le commandant en chef, Moreau, lui témoigna publiquement sa satisfaction, en constatant dans son rapport « que l'armée devait , « entre autres généraux français , le « succès de cette glorieuse journée à

« Yinébranlable constance du géné- « ral Kniaziéwicz, dont les soldats « avaient, pour la première fois, com- « battu sous ses yeux. »

La trêve de Styrie (25 décembre 1800) mit On à cette brillante campagne.

Les diverses lésions, ainsi réunies, se montaient à quinze mille hommes. De nouveaux événements ne tardèrent pas à les disperser et à leur réserver un sort qu'elles ne méritaient pas.

Une partie fut embarquée et envoyée à Saint-Domingue , où elle périt presque en totalité, sans savoir même au juste pour quelle cause on la forçait de combattre.

Une autre partie fut incorporée dans la garde du nouveau roi de INaples après la paix d'Amiens, conclue le 27 mars 1802.

Un article secret de ce traité ayant stipulé l'abolition des légions polonaises, Domhrowski entra au service d'Italie, et plus tard à celui de tapies (*).

(*) Tel resserré que soit notre cadre , le fondateur des légions polonaises a droit à une mention particulière. Jean-Henri Domhrowski naquit d'une famille ancienne, et qui se distingua de tout lemps dans la carrière des armes. Il Gt sou début militaire dans l'armée de l'électeur de Saxe , où il «en il de 1788 à i7«r. Rentré ensuite en Pologne, il prit une part notable à la guerre nationale de 1794. Rosciuszko lui avant confié le commandement de l'aile droite du camp retranché de Warsovie, il y déploya tant de valeur et de dévouement , nue le généralissime lui décerna une bague avec cette inscription : La patrie à son défenseur. La prise d'assaut de l'roniberg , où s'était retranché le cruel Széknly , lui valut également un sabre d'honneur. On connaît déjà le projet gigantesque qu'il conçut, après le désastre de Maciéiowicé, de traverser les armes à la main l'Allemagne , avec les débris de l'armée polonaise , et de faire renaître la Pologne sous l'égide d'une république naissanté. Ce projet fut rejeté parle conseil de guerre, et Domhrowski continua de se signi ïar dans la lutte jusqu'à sa (in déplorable ,.qui le décida à se rendre à l'étranger. Le roi de Prusse le reçut avec grande distinction à son passage à Berlin , et Domhrowski , mû par la

Le traité de Lunéville avait encore observé un silence absolu sur la Pologne !

pensée de tirer son pays des serres moskovites , engagea ce souverain à placer un de ses fils sur le trône de Pologne et à rétablir le gouvernement constitutionnel. De nouveau repoussé , il refusa le grade de lieutenant général que Frédéric-Guillaume lui offrait dans l'armée prussienne, et serendit sur le Rhin. On a vu précédemment par quels efforts il parvint à la création des légions polonaises et les actions au succès desquelles il contribua. Au combat de la Trebbia (ao juin 1799)» Dombrowski fut atteint d'une balle à la poitrine et ne dut son salut qu'à un volume de Y Histoire de la guerre de trente ans de Schiller qu'il portait sur lui. Lors de la paix d'Amiens, il passa au service de la république italienne en qualité de général de division , le même grade qu'il occupait dans l'armée française. En 1806, après quinze années d'absence , l'espoir de voir rétablir sa patrie le fit reparaître dans les palat^nats delà Grande- Pologne, si bien électrisés par lui en 1794.

Adjoint avec ses deux divisions, d'abord au maréchal Mortier, puis aux troupes chargées dji siège de Dantzig, il s'y montra digne de ses antécédents et aida puissamment à la reddition de celte place. Durant la campagne de Russie, Dombrowski commanda une des divisions du cinquième corps ( Polonais) , et fut grièvement blessé en protégeant le passage de la Bérézina. 18 13 le compta au nombre des combattants de la campagne d'Allemagne, où les affaires de Teltoff et d'Inlerbourg, mais surtout la défense intrépide du faubourg de Halle, à la bataille de Leipzig , le firent remarquer de tous. Séduit par les promesses d'Alexandre, il fit partie en 18 14 du comité de généraux à qui le tzar confia la mission de réorganiser l'armée polonaise. En 18 15, à l'époque de l'établissement du royaume de Pologne , Dombrowski fut nommé général de cavalerie ( général de corps) et sénateur palatin à la dicte; mais, couvert de blessures et accablé d'infirmités, l'heure du repos avait sonné pour lui. Il quitta donc le service, déplorant amèrement, durant les dernières années de sa vie et à l'aspect des malheurs de sa patrie, de s'être laissé leurrer par des espérances trompeuses. Comme consolation, il jeta un regard sur le passé et écrivit l'Histoire des légions polonaises en

« C'est ainsi , dit le savant Lelewel , que chaque guerre qui ouvrait de nouvelles espérances aux Polonais se terminait par une paix où la déception était leur partage. Ces légions, qui avaient versé tant de sang au service de la France et pour sa cause, lui étaient maintenant à charge. Aussi le mécontentement les gagna-t-il généralement. Le brave Kniazîéwicz donna sa démission, et les rangs de ces vaillantes phalanges se dégarnissaient, quand le premier consul, malgré les protestations les plus vives, les envoya lutter contre les nègres de Saint-Domingue. Là , périrent presque tous les Polonais sous les coups des sauvages ou les atteintes d'un climat malfaisant. Un très-petit nombre revint seulement en Europe. »

Ainsi donc, après avoir jeté un vif éclat, les légions polonaises, méconnues de ceux pour qui elles avaient tout sacrifié, finirent misérablement, loin de leur patrie, et sans que leurs cris de détresse pussent parvenir jusqu'à elle! Seules, de 1797 à 1801, ces légions représentèrent, aux yeux de l'Europe , la Pologne militante. . (

Tandis que ces intrépides phalanges remplissaient à l'étranger une mission sacrée , le pays gémissait sous le joug étranger. Les maîtres qui l'opprimaient se mettaient en mesure, en lui imposant leurs lois et leur système d'administration , d'y étouffer toute nationalité. Néanmoins la conduite des trois puissances spoliatrices offrit quelques nuances dignes de remarque.

La Prusse, qui tenait entre ses mains Warsovie, fit publier en langue

I icd'u- , qu'il dédia à la Société des Amis des sciences de Warsovie. Dombrowski termina ses jours le 16 juillet 18 18, et emporta dans la tombe l'estime et les regrets non-seulement de ses compatriotes , mais encore de tous les Français qui avaient combattu autrefois avec lui sous des bannières communes.

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allemande tous les actes du gouverne- * ment institué par elle ; en outre , cette langue lut introduite comme fonda- \f mentale dans les diverses écoles et instituts. Tous les fonctionnaires étaient également Allemands. 1 Un autre moyen d'influence vint encore en aide aux projets de cette puissance. Comme depuis la dernière insurrection les propriétés étaient

Sénéralement dans un grand état de élabrement , l'autorité prussienne proposa, avec des paroles cauteleuses, d'aider les propriétaires à sortir de leur position embarrassée , et cela au moyen de prêts usuraires , que la noblesse, toujours portée au faste et à la dépense, accepta sans trop réfléchir. On ne tarda pas à l'exproprier, quand arriva le moment d'un remboursement qu'elle était hors d'état d'opérer, et la Prusse devint maîtresse à bon compte des plus beaux domaines polonais. Grâce à une offre insidieuse, nombre des premières familles furent ruinées complètement.

Aussi rusée , mais plus adroite dans l'exécution de ses plans , la Russie suivit une autre voie. Déjà , à la mort de Catherine ( 1796), elle avait modifié son système de conduite envers la Pologne. Paul I er rendit avec éclat la liberté à Koscîuszko et à ses compagnons de captivité. Loin d'imiter sa mère, qui ne régnait sur les provinces ravies que par le despotisme et la terreur, Paul , en dépit des bizarreries de son caractère , Ct preuve , à leur égard , de dispositions bienveillantes. Le projet qu il conçut de rétablir le royaume de Pologne, projet qui germa plus fortement chez lui après la paix de Lunéville , devint peut-être une des causes de sa mort. Quoi qu'il en soit, ce souverain conserva aux provinces lui appartenant la jouissance du Statut civil et criminel de Lithuanie , réserva aux nationaux une certaine part dans l'administration , les admit même aux plus hautes dignités; enfin la langue nationale ne cessa pas d'être employée dans la majeure partie des affaires du pays.

Ce système de modération fut pour-

suivi sous Alexandre , et ce fut surtout à son avènement au trône que les institutions relatives à l'instruction publique prirent un grand développement.

Le zèle infatigable du prince Adam Czartoryskj , alors l'ami d'Alexandre et ministre des affaires étrangères en Russie , et les soins éclairés du célèbre Czacki , plus tard fondateur de l'institut de Krzemienieç, rendirent d'immenses services. L université de Wilna , créée en 1578 et relevée sur de plus larges bases en 1803, est un monument de cette époque.

Mais si , d'un côté , ces concessions apparentes et d'une sage politique semblaient rendre plus tolérable le joug étranger, de l'autre , des ordonnances et des oukases dictés par le caprice détruisaient souvent le bien produit par le respect des lois nationales.

Quant à l'Autriche, qui avait été presque forcée de participer au partage du pays , sa domination fut la plus pesante de toutes aux Polonais.

Exploitant de toutes façons la Galicie, il n'est point d'exactions qu'elle ne lui lit subir. Cette province devint son grenier durant les guerres continuelles contre la France; les régiments décimés sur le Rhin , le Danube et en Italie, y complétaient leurs rangs; et, pour satisfaire aux besoins du trésor, le papier-monnaie enlevait aux nouveaux sujets de l'Autriche leurs dernières épargnes. La ruine de cette contrée , une des plus riches de l'ancienne Pologne, fut bientôt complète.

Poursuivant avecardeur cette inarche abusive, l'Autriche renversa l'université de Krakovie, qui comptait quatre siècles d'existence, et fonda à Léopol, pour la remplacer, une école supérieure, dirigée tout à fait selon ses vues. Les vieux monuments nationaux, si chers à tout cœur polonais, ne furent pas respectés davantage par elle. L'antique résidence des Plasts et des Jagellons, le château royal de Krakovie, se vit dégradée , métamorphosée en caserne.

La liberté des citoyens reçut également de graves atteintes; et tandis

que la Prusse et la Russie se montraient plus clémentes dans leur conduite, l'une depuis le traité de BàMe, l'autre depuis l'avènement de Paul I er , l'Autriche seule semblait prendre à tâche de remplir constamment de victimes les cachots du Spieiberg, d'Olmutz et de Monkacz.

Malgré les prêts ruineux mentionnés précédemment , ce fut la partie polonaise échue en partage à la Prusse qui jouit d'une plus grande somme de bien-être matériel. L'industrie y renaissait peu à peu dans les villes; et quoique la liberté accordée aux habitants des campagnes par la constitution du 3 mai 1791 leur eût été ravie, leur tutetle confiée, d'après le régime prussien, aux tribunaux, faisait jouir les paysans d'une espèce de liberté civile.

C'est également dans cette portion du pays, qu'en dépit des efforts tentés pour y acclimater une langue étrangère, l'esprit patriotique fermentait le plus. Warsovie était un foyer d'où partaient les éclairs de ce feu divin; et le théâtre, dirigé par Albert Boguslawski, devint dans ses mains habiles un instrument qui contraria puissamment les tentatives de l'autorité prussienne pour dénationaliser les Polonais.

Nombre de savants contribuèrent aussi beaucoup, par leurs travaux, au maintien de l'œuvre commune; et c'est en 1801 que fut fondée, à Warsovie, la célèbre Société des Jmis des sciences. Conserver la langue polonaise et la transmettre dans toute sa pureté à la postérité , telle fut la mission de cette institution vraiment nationale.

Nous venons de tracer rapidement la situation des États polonais scindés.

Les événements qui se passaient à l'Occident allaient bientôt lui imprimer une tout autre face.

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