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POPULATION

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cessivement restreint. Les chambres n'eurent pas non plus le droit d'initiative directe ou indirecte , et le droit d'amendement ne fut admis que dans une seule chambre , relie qui votait la première le projet de loi présenté.

Eufin les diètes étaient biennales , et la durée des sessions limitée à quatre semaines.

Tels étaient les qualités et les défauts du nouveau pacte social , qui , si on l'envisage comme octroyé, offrait un progrès réel.

Organisée sur le pied de paix , l'armée polonaise comptait un effectif de trente-cinq mille nommes. Elle formait trois divisions d'infanterie , deux divisions de cavalerie, deux brigades d'artillerie à pied et une brigade d'artillerie à cheval , lesquelles desservaient quatre-v ingt-seize bouches à feu .

11 y avait aussi des sapeurs, mineurs, soldats du train, vétérans et gendarmes.

La première diète qui suivit la promulgation de la constitution se réunit à Warsovie en 1818. L'empereur Alexandre l'ouvrit lui-même, par un discours où il fit entendre aux Polonais que son intention était d'étendre les bienfaits de la constitution aux diverses contrées rangées sous son sceptre, et que les provinces jadis ravies à la Pologne seraient rattachées à la mère patrie.

Mais les événements qui survinrent dans les autres parties de l'Europe influèrent encore d'une manière désastreuse sur le sort de la Pologne. Le congrès de Carlsbad imprima , en 1 8 1 9 , une tout autre direction à la politique intérieure du continent.

Déjà le cabinet moskovite avait fait des réflexions et reconnu que la Pologne , mise en quelque sorte à sa discrétion en 1813 par suite des chances de la guerre, avait beaucoup gagné aux décisions du congrès de Vienne, plus même que l'intérêt de la Russie ne le comportait. Une fois ce point constaté, une attaque sourde commença , avant que les Polonais eussent bien examiné leur nouvelle position et compris les avantages qu'ils pour-

raient en tirer dans l'avenir. Néanmoins la tendance rétrograde, dissimulée avec soin durant lès premières années qui suivirent 1815, ne se déclara ouvertement qu'en 1819, époque à laquelle parut l'ordonnance qui supprimait la liberté de la presse, garantie par la constitution, et instituait la censure.

Cette mesure , qui remettait tout en question , fut bientôt suivie d'autres actes arbitraires , tels que l'établissement de tribunaux exceptionnels, le prélèvement d'impôts par simple ordonnance, la création d'un système d'espionnage et de nombreuses arrestations illégales.

La diète de 1820 eut lieu sur ces entrefaites , et dessina encore plus nettement la position des choses. Le tzar, pour toute explication d'une marche aussi contraire à la constitution , réclama une confiance illimitée et impossible. Il se forma au sein de la diète une forte opposition , ayant pour chefs les deux frères Riemoiowski , nonces du palatinat de Kalisz, et Godlewski, nonce de Mariampol. Elle comptait cent voix contre trois dans la chambre des députés, et le sénat suivit la même impulsion.

Plusieurs projets de loi , présentés par le gouvernement % furent rejetés après d'orageuses discussions.

Loin de se rendre aux avis donnés par les représentants du pays, qui ne demandaient que l'exécution francne du pacte social , Alexandre préféra écouter la voix altière de son frère Constantin et les insinuations malveillantes du commissaire impérial Novosilzoff.

Le budget ne put plus faire face aux charge^ du royaume. Chaque jour le grand -duc devenait plus exigeant et plus capricieux , augmentant sans motifs les dépenses militaires, qui déjà absorbaient les trcis quarts du budget.

De son côté , la police secrète , recrutant sans relâche de nouveaux agents , était une lèpre qui dévorait les revenus de l'État.

C'est au moment où la nation , par l'organe de ses mandataires , venait de

réclamer avec le plus d'énergie une marche meilleure et des économies, que le tzar fit déclarer, le 2L mai 1821, que l'existence de la Pologne était menacée , et qu'elle allait subir rétablissement d'un ordre de choses plus conforme à ses forces , « à moins qu'elle « ne prouvât par ses propres ressources « qu'elle pouvait se maintenir dans le « mode dont elle avait été gratifiée. »> Et, tout en la bornant à ses seules ressources , on lui défendait formellement de toucher aux fonds assignés à l'armée.

On vit reparaître à cette époque, sur la scène politique polonaise, le prince Xavier Lubecki , nommé ministre des finances du royaume. Aussi fin qu'ambitieux, il n'écouta pour le moment que cette dernière passion, et lit un appel au patriotisme des Polonais , en les invitant à faire par anticipation le versement des impôts. Un mois après, le déficit financier était comblé, et les palatinats dont les députés avaient le plus figuré dans l'opposition furent ceux qui firent les plus grands sacrifices.

Peut-être, loin de les servir, Lubecki trompa-t-il en cette circonstance les calculs des ennemis de la Pologne, qui déjà voyaient avec joie une crise capable de renverser l'édifice de 181. r >?

Quoi qu'il en soit du motif qui l'inspira, il sauva le vaisseau de l'État prêt à sombrer et tira l'empereur Alexandre d'un pas difficile , car autrement ce souverain , après avoir lancé une imprudente menace, aurait été forcé de la faire suivre de mesures violentes.

La résistance manifestée à la diète se répandit également dans toutes les parties de la Pologne et devint l'origine de menées seerètes, qifi curent par la suite un immense retentissement. C'est en 1820 que le major Lukasinski conçut le projet de réunir en une seule et grande association les diverses loges de francs-maçons , qui , sous les noms de Kosciuszkb, Kollontay, Reytan et Poniatowski, tendaient toutes au même but patriotique, celui de préparer le pays à une insurrection

armée. Ce martyr de la liberté sut adapter adroitement les symboles du culte maçonnique à la nationalité polonaise et limiter sou action aux frontières du royaume. *

La franc-maçonnerie a pour symbole principal la réédification du temple de Salomon, ou la réforme de la nature morale corrompue. Il fut appliqué heureusement , ainsi que les autres dogmes, par Lukasinski à la Pologne, qui , de même que l'humanité dans la pensée du Christ, avait besoin de reconstruction. La mort du probe et innocent Hirame représenta les partages; ses trois assassins figurèrent les cours spoliatrices , et le devoir des enfants d'Hirame était de les chercher partout et de combattre les ennemis qui s'étaient emparés de son trône ; enfin , la foi en la résurrection d'Hirame , au milieu des plus grandes impossibilités , offrit le symbole de la résurrection de la Pologne.

* Cette loge renfermait quatre çrades ; dans le premier, il n'était question que du secours à porter aux militaires indi-

Sents, victimes des dernières guerres; ans les deux suivants , la philanthropie ordonnait l'instruction des compatriotes profanes et la propagande de la nationalité; dans le quatrième seulement, on parlait de l'indépendance du pays, de ce fruit espéré par tous les associés patriotes.

Elle était composée en grande partie de militaires. Une association semblable fut fondée dans le duché de Posen, par Sczaniecki , aide de camp de Dombrowski ; bientôt, sous le nom ûekossyniéry (faucheurs), elle se changea en conspiration , dirigée par le général Mielzvnski.

Par suite d'ordres supérieurs, les loges de franc-maçonnerie durent fermer en Pologne;* mais Lukasinski, infatigable dans l'œuvre entreprise par lui , ne tarda pas à organiser l'association des carbonari.

La fusion de la société secrète de Posen avec celle de VVarsovie s'opéra en mai 1821, au bois de Biélany, par l'entremise du général Uminski , délégué à cet effet. Dans le seul espace

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d'un mois, des sociétés provinciales se formèrent dans toutes les parties de la Pologne.

La société patriotique, en étendant ses ramifications dans les anciennes

(>rovinces de la Pologne incorporées à a Russie, se rencontra inopinément avec d'autres sociétés secrètes isolées qui s'y étaient formées d'elles-mêmes.

Le rapport officiel fait mention de la société des Templiers, fondée par le capitaine Maiewski , et qui ne fut rencontrée par la société patriotique qu'en Wolhynie, quoiqu'elle eût pris naissance à Warsovie. Il y en avait encore plusieurs autres.

Mais la police ne demeura pas inactive. Le grand-duc Constantin fut informé , en 1822 , de l'existence de sociétés secrètes. On arrêta Lukasinski , Dobrzycki , Machnicki , Srzeder, et plusieurs autres membres , qui , sans avoir rien avoué, furent renfermés dans les casemates de la forteresse de Zamosç. Les mesures violentes devinrent plus que jamais à l'ordre du jour, ïïovosiloff remplaça le prince Adam Czartoryski dans là curatelle de l'université àe Wilna , dont les élèves , dirigés par l'étudiant Thomas Zan, avaient formé également plusieurs associations patriotiques. Vingt d'entre eux furent déportés dans l'intérieur de la Russie, et cinq cents autres incorporés dans les colonies militaires ou dans les régiments moskovites, comme simples soldats. Quatre professeurs furent destitués, parmi lesquels se trouvait Lelewel , tout-puissant sur l'esprit de la jeunesse lithuanienne.

Warsovie fut affligée en même temps d'une prison d'État, le couvent des carmes. La police, de plus en plus active, multiplia les dénonciations pour

Sagner son vil salaire. Des citoyens isparaissaient subitement du sein de leurs familles , sans que le père pût savoir ce qu'était devenu son fils et la femme rejoindre son époux. On n'exigeait plus de preuves : la moindre accusation suffisait , qu'elle fût dictée par une pensée de vengeance ou un sentiment de cupidité. Sans lumière et couchés sur la paille, les prisonniers

83 trouvaient en butte à d'odieuses tortures. On s'efforçait de leur arracher des aveux par violence en les battant, en les privant de nourriture, ou bien en les tenant renfermés pendant des années entières. Tout rappelait les affreux temps de l'inquisition.

Les espions se comptèrent bientôt par milliers, et un général polonais se dégrada au point de diriger cette branche de service. Enfin, le mal alla si loin, que, dans leur méfiance mutuelle, l'empereur se fit rendre compte de toutes les actions de son frère Constantin, et celui-ci paya des agents afin de connaître chaque pas du tzar (*).

(*) « Un cabinet noir , qui brisait et réparait les cachets, dit M. Miéroslavvski , livrait au grand-duc Constantin tous les secrets de famille et toutes les correspondances des associations. Les relations avec l'étranger étaient au pouvoir de la douane, et toutes les administrations étaient infestées d'espions patentés ou aspirants.

« Warsovie et Wiina étaient les centres de l'activité de la police secrète. Un code implacable, des séances mystérieuses, des systèmes d'interrogatoires raffinés, les tortures et un voile impénétrable, donnaient à toutes ces horreurs un prestige d'omnipotence qui fermait la bouche aux plus intrépides.

« A Warsovie, Lubovvidzki, préfet de la haute police du royaume .agissait sous la direction immédiate du général Rozniécki et commandait une légion d'agents, à la tète de laquelle étaient le juif Hirnhaum , entremetteur, agioteur et empoisonneur du tribunal suprême, les voleurs Ma krot, Szley, et tant d'autres misérables.

« Des masses d'espions, déguisés de mille manières, pullulaient dans les lieux publics; ils parvenaient à s'introduire jusqu'au sein des familles , et l'imprudent qui, dans l'épaiichement d'une âme déchirée, croyait confier ses peines et ses espérances au sanctuaire de l'amitié, ignorait qu'il parlait à son accusateur, à son juge et à son bourreau.

« Un cri d'enthousiasme, un refrain échappé dans l'ivresse de la gaieté , un propos imprudent, la coupe d'un habit , souvent un nom historique ou un volume de Jean-Jacques, tels étaient les titres q^ue produisaient les accusateurs d'une conspiration qu'avait imaginée, dans son galetas, un délateur marchand d'absurdes calomnies.

Mais quelque adroite qu'était la combinaison de l'empereur Alexandre, en réunissant dans la même sphère d'activité le grand-duc Constantin , JVowosilzoff et Lubecki , et en les opposant l'un à l'autre, il lui fut impos-

« Par une nuit noire et pluvieuse les gendarmes frappaient à la porte du suspect, l'arrachaient de sa demeure; et le lendemain, éperdues et noyées dans les larmes, venaient en vain des familles entières faire retentir de leurs sanglots les antichambres du préfet de police. — L'infortuné disparaissait ; les triples portes de fer gémissaient sur leurs gonds rouillés, et on oubliait bientôt qu'il avait vécu.

« On cherchait surtout à arracher au malheureux quelque aveu précipité, quelque marque de trouble et d'hésitation. S'il répondait avec assurance et dignité, on le condamnait comme arrogant et rebelle; s'il balbutiait en tremblant, on le condamnait comme suspect; s'il se taisait, on le condamnait comme convaincu.

« Dans les cavités des vieux couvents , à trente pieds du niveau de la terre, où, dévoré par les reptiles el la faim , le martyr bondissait de douleur sur sa couche glacée , le sombre geôlier apportait pour toute nourriture un hareng pourri ; et quand, consumé par le brasier d'un délire mortel, la langue du damné articulait convulsivement quelque nom chéri, c'était une irrévocable sentence.

La porte s'ouvrait; le sbire, immobile jusque-là dans sa cachette, entrait et disait froidement : « Vous vous seriez épargné ce « désagrément, si vous aviez dénoncé plus tôt « vos complices. » Le chirurgien saignait l'agouisant, un verre d'eau le rappelait à la vie, les portes se refermaient pour toujours , et l'inquisiteur allait tranquillement, avec les prétendus aveux du détenu, arrondir ses calculs et remplir les colonnes de ses tablettes de proscription , qu'il se hâtait de soumettre au grand-duc Constantin.

«A la suite de cette calamité, une noire méfiance s'empara de tous les esprits; une sinistre terreur planait sur toutes les tètes. Le fils et le père se traitaient en étrangers; tout se tut, et les soupçons domestiques, les vagues chagrins d'un avenir menaçant, vinrent bientôt rompre tous les liens de la société , semer l'alarme dans les réunions privées , isoler les cœurs et empoisonner les plus douces émotions de la nature.» (Histoire de la révolution polonaise de i83o.)

sible d'empêcher qu'ils ne se brouillassent. Chacun de ces fonctionnaires voulait diriger les affaires selon ses vues, afin a'avoir à lui seul tout le mérite du succès auprès de l'autocrate.

L'année 1824 amena de nouveaux actes arbitraires. Alexandre déclara , dans l'oukase relatif à la Lithuanie, que la nationalité polonaise était un non sens. Le conseil civique de Kalisz fut dissous illégalement, et Vincent Niemojowski , chef de l'opposition à la diète, arrêté contre toutes les lois.

On ne le relâcha qu'après lui avoir fait signer l'engagement de ne jamais paraître devant l'empereur.

Plus de quatre années s'étaient écoulées depuis la deuxième diète, quand Alexandre annonça la troisième, pour le 13 mai 1825; mais, avant sa réunion, un décret annula la publicité des séances, portant ainsi une nouvelle et grave atteinte à la constitution. En outre,Vincent Niemojo wski se rendant, commenonee, au poste où l'avait appelé la confiance de ses concitoyens , se vit arrêté aux portes de Warsovie et reconduit de vive force dans son palatinat.

Dans le même temps que l'opposition puisait dans les persécutions un redoublement d'énergie, les sociétés secrètes, dispersées un moment par la détention de Lukasinski , se réorganisèrent avec vigueur. Un nouveau chef dirigea leurs opérations , le lieutenant-colonel des gardes Krzyzanowski , qui jouissait parmi les militaires de fa même influence que Lelewel parmi la jeunesse studieuse. Pour mieux assurer le succès, le sénateur comte Stanislas Soltvk se chargea de la direction des sociétés pour tout ce qui concernait les personnes apparte- ' nant à l'ordre civil.

Bientôt chaque régiment compta son association; et Krzvzanowski, informé en 1823 qu'il existait également une affiliation secrète parmi les corps russes stationnés en Wolhynie et en Ukraine, conçut les plans les plus hardis. Pestel, Bestuzeff et Muravieff allèrent au-devant de ses désirs, en cherchant, de leur côté, à se mettre

en rapport avec les sociétés polonaises.

Dans une entrevue qu'ils eurent à IVllynow avec Krzyzanowski , ils émirent le projet de fonder une république fédérative slavonne, à l'imitation des États-Unis. On arrêta en outre que l'impulsion partirait de la Russie, et que les Polonais attendraient ce signal pour agir.

La diète de 1825 eut lieu; elle dota la Pologne d'une loi remarquable, instituant l' association territoriale de crédit, qui devint un bienfait immense pour les possesseurs de biens grevés.

Le clergé, jaloux d'augmenter ses prérogatives, demanda le rappel des articles du Code Napoléon relatifs au mariage et au divorce. De nouvelles dispositions les remplacèrent et offrirent, par la suite, de graves inconvénients pour toutes les parties.

L'année 1825 fut encore marquée par la mort d'Alexandre, arrivée le

• 1 er décembre. Huit mois après, le lieutenant du royaume, le prince Zaionczek , suivait l'empereur dans la tombe.

Le premier événement remit sur le tapis la grave question de la succession au trône des tzars. Le césarevitch Constantin avait renoncé, il est vrai, à tous ses droits à cet égard par son acte de mariage avec Jeanne Grudzinska; mais le grand-duc Nicolas, pour ceindre avec plus de sûreté le bandeau impérial , voulut avoir une confirmation de la précédente renonciation. Constantin s'empressa de la lui faire parvenir, car la mort affreuse de son pere Paul et le décès si subit de son frère Alexandre le portaient peu à désirer la possession d'une couronne entourée de tant de dangers.

Libre de tous compétiteurs, Nicolas se revêtit de la pourpre souveraine et prêta serment sur la constitution , le 25 décembre 1825, comme roi de Po.logne. Il déclara vouloir suivre les traces de son prédécesseur; mais, plus franc que lui, il déclara aussi que les Polonais ne devaient rien espérer au

* delà de ce qu'ils possédaient, et que les provinces ravies lors des trois partages resteraient incorporées à l'empire

ERS

russe. Voici quelques-unes des paroles qu'il prononça en cette circonstance :

« Polonais y dit-il, tes institutions que « vous a garanties l'empereur Alexan- *]dre seront maintenues. Je jure de- « tant Dieu et promets de maintenir • la charte constitutionnelle, et de «n'épargner aucun effort pour la «faire observer. »

Le lendemain de ce serment solennel , un événement important eut lieu.

La grande conspiration russe éclata à la fois, le 26 décembre, à Saint-Pétersbourg et en Ukraine; mais, étouffée sur ces deux points, elle donna seulement naissance à de nombreuses enquêtes et persécutions. Les cachots regorgèrent de prisonniers , et des milliers de victimes allèrent peupler les déserts de la Sibérie , où ils se virent condamnés aux travaux forcés des mines. Puis, pour achever l'œuvre , Pestel , Ryleieff , Muravieff, Bestuzeff et Kachowski subirent un supplice ignominieux.

Les recherches qui suivirent l'explosion de la conspiration russe s'étendirent jusqu'en Pologne. Plus de deux cents personnes y furent arrêtées, ainsi qu'en Lithuanic. Un comité d'enquête extraordiuaire,composé de cinq Russes et de cinq Polonais, continua, pendant toute une année, ses opérations. S'il ne mit la main sur aucune trace de complot , il découvrit te société patriotique secrète qui existait à l'insu de la police. A force d'habilité, Krzyzanowski parvint néanmoins à mettre l'armée à couvert de tout soupçon ; et le grand-duc Constantin , comme commandant en chef, s'opposa à toute enquête ultérieure dans les régiments. Dans tous les cas, le gouvernement russe aurait mûrement réfléchi avant d'exaspérer, par de plus longues investigations , une masse de trente cinq mille hommes bien déterminés.

GrAce à la condescendance de l'empereur Nicolas envers son frère Cons^ tantin et aux efforts du ministre Lubecki , ou plutôt à la tournure des affaires de la Russie en Turquie, l'œuvre du comité d'enquête fut aouulée }

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et huit inculpés principaux se virent seulement renvoyés devant le tribunal de la diète , composé du sénat et présidé par le palatin Pierre Biélinski.

De nouvelles recherches furent ordonnées ; et enfin , après trois années de détention , un décret du sénat acquitta à l'unanimité moins une voix , celle du général Vincent Krasinski , les accusés Stanislas Soltyk , Severin Krzyzanow&ki , François Majewski , Stanislas Zablocki , André Plienta, Albert Grzymala, lloman Zaluski et Dembek.

La publication de ce décret ne fut permise cependant nue six mois après par l'empereur Nicolas, qui hésita longtemps avant de le ratifier. Il attira aux sénateurs , à l'exception du seul membre qui s'y était opposé, le blâme le plus acerbe de sa part, et qui leur fut transmis par l'organe du président du conseil des ministres, Valentin Sobolewski, remplaçant le lieutenant du roi, dont la charge était demeurée vacante.

Ceux des accusés appartenant à l'ordre civil recouvrèrent alors leur liberté; mais ceux qui faisaient partie de l'armée furent envoyés, quoique absous également, aux casemates de Zamosç, en vertu d'un commandement spécial.

Le tzar eût montré encore plus de sévérité si , à cette époque , les relations précaires avec la Turquie, et surtout l'attitude menaçante prise par l'Autriche , ne l'eussent 'forcé a conserver des ménagements.

Le vertueux sénateur Pierre Biélinski, un des plus zélés défenseurs de cette cause célèbre, succomba dans le même temps sous le poids de son actif dévouement, et mourut accablé de gloire et d'années. Alors parut dans toute son intensité l'intérêt qu'on lui portait, ainsi qu'à ses protégés.

Son convoi funèbre faillit occasionner un soulèvement populaire; les forces du parti opprimé se relevèrent menaçantes et terribles. On ne parlait plus que de résistance armée, et tout fit présager une prochaine levée de boucliers.

Il est bon de constater quelle était, en ce moment, la position des diverses nuances qui représentaient l'opposition en Pologne.

Le prince Adam Czartoryski , retiré des affaires et disgracié, voyant empirer de jour en jour l'état du pays, s'était mis à voyager au dehors. Ses anciennes relations avec l'empereur Alexandre l'avaient décidé à cet exil volontaire et momentané. « Il était impossible , dit judicieusement M. Spazier, qu'un coeur aussi noble et aussi délicat fût compris de la majorité du peuple , qui regardait comme un crime toute liaison d'amitié avec la Russie, et dont la défiance était devenue une seconde nature. » Aussi le prince Adam était devenu lui-même en quelque sorte étranger à la nation, qui semblait avoir oublié les services éminents rendus en nombre d'occasions.

Mais cet oubli devait être passager; et quand le prince revint subitement de son voyage pour prendre part à l'acquittement des patriotes accusés, l'opinion publique changea en sa faveur. Son vote au sénat en cette circonstance et la réserve qu'il montra envers le grand-duc Constantin, qui voulait le gagner à ses vues , dissipèrent toutes les préventions , et les citovens les plus éclairés virent en lui le chef autour duquel il fallait se rallier à l'heure du danger.

Malheureusement le système d'espionnage qui entourait, comme d'un réseau, non -seulement chaque mouvement de corporation , mais encore chaque action individuelle, nepermitguère la réunion en un seul faisceau de toutes les forces de l'opposition nationale.

Formée au sein de la diète, l'opposition parlementaire était à la tete du mouvement. Aux frères Niemojowski, qui , prosélytes des doctrines politiques de Benjamin Constant, dirigeaient ce parti , s'étaientjoints les deux nonces Théophile etThéodore Morawski ; Wladislas Ostrow ski ; Barzykowski, nonce d'Ostrolenka ; Ledochowski de Krakovie ; Valentin Zwierkowski , François Wolowski et Dominique Krysinski de Mazovie , et plusieurs autres.

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Se berçant d'illusions , ces députés croyaient pouvoir annuler à la longue la jouissance de la Russie, par la seule influence de la charte octroyée. Dans leur zèle à imiter la marche suivie à la même époque en France, et lorsgui Is comptaient appeler le pays à la défense de ses droits menacés , "ils oubliaient que la Pologne manque d'une classe moyenne, réunissant aux lumières des classes supérieures le dévouement des classes populaires. Ils ne songeaient pas non plus que la portion de royaume sur laquelle ils agissaient, ne formait qu'une bien faible partie des anciennes possessions polonaises. L'immense majorité de la population en Galicie, en Lithuanie, dans la Wolhynie , la Podolie et l'Ukraine, ne se serait soulevée qu'autant qu'on lui eût fait entrevoir en perspective le rétablissement intégral de la patrie commune.

Quant au parti patriotique dans l'armée, fondé, comme on l'a vu, par Lukasinski, il se trouvait de nouveau sans chef depuis l'éloignement de Krzyzanowski Dans cette position critique, ses regards se portèrent sur le général Chlopicki , qui , las de subir la volonté capricieuse de Constantin, s'était retiré du service. Ses anciens exploits sous Napoléon, sa rupture avec le gouvernement russe, son caractère lier et sévère, tout semblait le désigner comme l'homme digne de commander à l'armée à l'instant décisif. Mais on comptait sur lui sans son adhésion aux projets formés, car il se tenait à l'écart, évitant soigneusement de prendre part à aucune trame.

Nul n'égalait cependant sa renommée parmi les généraux retirés volontairement du service, dans un moment d'indignation; et parmi les chefs en activité, deux seulement jouissaient de la réputation de patriotes, Krukowiécki et Szembek. Mais le premier,

guoique très-capable, comptait de nomreux ennemis, par suite de son esprit altier et querelleur; et le second, a'un caractère droit et affable, possédait peu de talents spéciaux et indispensables.

Sans chef, positif, le parti militaire

ne resta pourtant pas inactif, jeunes officiers de l'armée, et surtout l'école des porte-enseignes d'infanterie, préparaient avec énergie le mouvement qui devait bientôt éclater. Parmi ceux qui agissaient le plus sur l'école, on comptait Pierre Wysocki, Szlegel, Zaliwski, Nyko, Urbanski et TVowosjelski. Wysocki, principal moteur de cette association, fut aussi chargé de gagner les ofGciers de la garnison de Warsovie, mais il eut d'abord

Ï>eu de succès auprès d'eux, bien que a sympathie fut générale.

Aux divers chefs que nous venons de signaler, il convient d'en adjoindre un qui prit une position isolée, et qui, néanmoins, influa d'une manière sensible à Pégard de la propagande morale; c'est Joachim Lelewel, homme d'une grande capacité et d'une vaste érudition, comme savant et philosophe. Il travailla, pour sa part, la classe des étudiants des universités et celle des écrivains; et tant qu'il se borna au rôle que sa longue carrière de professeur lui indiquait, celui de réformer en éclairant, il rendit de profonds services à la cause nationale.

Tels étaient les ressorts visibles ou secrets qui soutenaient de leurs forces le vaisseau de l' État envi ronné d'écueils, mais qui, pressés par une main de fer et surveillés jour et nuit, ne pouvaient guère se centraliser. On s'épuisait donc en projets infructueux, quand la guerre de la Russie contre la Porte qui se poursuivait lentement , renouvela les espérances des Polonais.

Le 15 décembre 1828, Wysocki réunit chez lui plusieurs jeunes patriotes, et ils arrêtèrent entre eux les bases définitives d'une association pour l'indépendance nationale. Puis Wysocki s'aboucha de nouveau avec les ofliciers de la garnison de Warsovie, particulièrement avec ceux des grenadiers de la garde royale , et lut plus heureux que dans ses tentatives précédentes. Dès janvier ^829, il avait associé à ses plans des complices aussi courageux que dévoués, et dont quelques-uns disposaient des magasins à poudre.

Fort de l'appui de ces hommes d'action, Wysocki chercha à obtenir la coopération des hommes d'influence morale. Il fut bientôt mis en rapport avec plusieurs députés jouissant d'une grande popularité , tels que Valentin Zwierkowski, François Trzcinski et Gustave Malachowski.

Dès lors l'association fut pleinement organisée et tint de fréquentes séances, attendant avec impatience une occasion propice pour éclater.

Elle ne tarda pas à s'offrir. L'empereur Nicolas vint , en 1829 , à Warsovie, afin de s'y faire couronner comme roi de Pologne. Lesconjurésconvinrent qu'une députation de la chambre des nonces lui présenterait une requête , pour demander la révocation de l'article additionnel annulant la publicité des débats de la diète; en cas de refus, on devait refuser au tzar le serment de fidélité et donner au soulèvement une forme légale.

Mais une démarche préalable, tentée auprès du grand-duc Constantin, ayant fait connaître que la députation ne serait pas même reçue par Nicolas, l'exaspération des Polonais , privés des moyens légaux , fut portée a son comble. Au lieu du premier plan arrêté, on fit l'ouverture d'un nouveau projet beaucoup plus hardi. Il consistait à se défaire d'abord de l'empereur et de toute sa famille , pour aboutir ensuite à une révolution radicale. On l'accueillit avec enthousiasme, et l'instant de son exécution fut fixé ; mais , à mesure qu'il approcha, les moteurs du projet reculèrent devant leur propre ouvrage.

Enfin la veille du jour décisif, le 19 mai , on sonda une dernière fois Malachowski, que Ton regardait comme l'interprète des sentiments de la diète; mais cette entrevue offrit tant de désappointements , que les jeunes conjurés renoncèrent à tenter le coup audacieux du lendemain, qui rencontra, en outre, plusieurs difficultés imprévues et enfantées par le hasard.

Le couronnement eut donc lieu sans opposition , avec son cortège de fêtes et de parades. Le grand-duc Constantin tint les rênes de la police , et ne se

douta pas du danger imminent qui avait plané sur la tête de son auguste frère. L'indécision des conjurés fit que l'empereur Nicolas put regagner en toute assurance Saint-Pétersbourg.

Cette occasion perdue, la conspiration devait prendre une autre allure. Il ne s'agissait plus d'un coup de main, mais bien d'une insurrection générale, et il fallait systématiser son action dans les masses militaires, afin de l'appuyer sur une force réelle.

La diète se vit convoquée l'année suivante, le 28 mai 1830, après une interruption illégale de cinq années.

La constitution était ainsi foulée aux pieds sans pudeur.

La loi relative au mariage et au divorce, votée précédemment par l'influence du gouvernement et qui avait eu des suites fâcheuses, fut remise en question. Le parti de Rome , soutenu par l'empereur , se montra aussi exigeant que d'habitude, et le sénat eut le tort de céder à ses prétentions ; mais la chambre des nonces, qui voulait revenir au Code Napoléon à l'égard de cette matière, et éclairée par un discours de la plus haute portée du savant légiste François Wolowski, rejeta le projet présenté par l'autorité.

C'est à la fin de cette même diète que le nonce Gustave Malachowski présenta à l'approbation de la chambre un acte d'accusation contre le ministre de la justice Woznicki, pour avoir signé le décret contre le tribunal des sénateurs; contre le ministre des finances Lubecki, pour avoir vendu des biens nationaux sans l'autorisation de la diète, et pour avoir contre-si^né l'ordonnance relative à l'introduction de l'acte additionnel ; contre le ministre de l'instruction publique, Stanislas Grabowski, pour avoir contre-signé l'ordonnance relative à l'établissement de la censure; et enfin, contre le ministre qui avait signé l'ordre d'arrestation du nonce Vincent Niémojowski. Le nombre des votes pour et contre l'acte d'accusation étant égal, les partisans du gouvernement, qui craignaient de succomber dans le cas d'une nouvelle épreuve, retardèrent sous

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divers prétextes l'ouverture de la séance jusqu'à minuit. C'était le dernier jour de la diète, et à minuit sonnant, elle fut close.

Cette fois encore, l'empereur échappa à un grand danger. Les plus déterminés des conjurés résolurent de s'emparer de sa personne, lors d'un bal; mais les mêmes causés qui avaient fait échouer les projets précédents, c'està-dire, les tergiversations de plusieurs affiliés et un liasard fortuit, annulèrent de nouveau celui-ci.

A peine la diète était-elle séparée et Nicolas reparti en Russie , que la révolution de juillet éclata en France.

Charles X fut renversé du trône. La Belgique suivit cet exemple à l'égard de Guillaume de Nassau, et l'Allemagne entière se vit en proie à un bouleversement complet. Le tzar, tremblant pour sa propre sdreté, résolut de comprimer cette grande commotion populaire. Déjà ses troupes s'apprêtaient à marcher sur le Rhin, et l'armée polonaise était destinée à leur servir d'avant-garde, quand les conjurés polonais, se rappelant à regret les occasions perdues , sentirent la nécessité de ne plus tarder davantage (*).

Au mois d'octobre 1830, Pierre Wysocki réunit tour à tour les officiers des divers corps composant la garnison deWarsovie, et leur dévoila le plan de l'association. Des délégués furent élus par chaque corps , au nombre total de soixante et dix , atin de se concerter sur la marche à suivre.

En outre, de nombreux émissaires parcoururent sans relâche les diverses parties du pays, disposant les esprits au grand mouvement qui devait le régénérer.

Mais tandis que tout marchait ainsi d'un pas rapide vers l'accomplissement d'un but commun, il se formait une scission des plus fâcheuses au sein même du foyer révolutionnaire. A peine

(*) Les papiers trouvés, lors de la révolution, dans 1rs ehancelleries de plusieurs généraux vendus à la Russie, ne laissent aueun doute sur les intentions hostiles de la Kussie à l'égard de la France.

reçu dans l'association, Zaliwski s'efforça de détruire le crédit dont jouissait Wysocki, et de s'emparer d'une autorite à laquelle le portait sa seule vanité. Wysocki , estimé de tous pour son dévouement et ses antécédents patriotiques, triompha bientôt des prétentions d'un rival si au-dessous de lui; mais les mesquines intrigues suscitées par Zaliwski, arrivant au dernier moment, manquèrent faire découvrir la conjuration et nuisirent à l'entière action des forces disponibles.

Le général Chlopicki fut destiné, d'une commune voix, à prendre en mains les rênes de l'insurrection nationale; mais les conjurés eurent, comme nous l'avons déjà fait observer, le grand tort de compter sur sa coopération active, sans s'être assurés préalablement de son assentiment.

Les autres généraux informés du complot y avaient bien donné leur adhésion, mais aucun d'eux ne voulait se charger d'un rôle aussi délicat que périlleux. La parole d'un chef était donc de toute nécessité avant de passer à l'exécution.

A force de ruses et de recherches, la police était parvenue à saisir quelques indices des trames dont la réalisation se poursuivait; aussi, pendant les quatre mois qui s'écoulèrent entre la révolution de juillet et celle de Warsovie, on n'entendit parler que d'arrestations et d'exécutions secrètes. Il fallut tout le courage et toute la résination montrés par les conjurés pour éjouer les soupçons; mais, par mesure de précaution et malgré l'air de sécurité (ju'il affectait, le grand-duc Constantin s'entoura, à sa résidence du Belvédère, de plusieurs régiments russes continuellement sous les armes.

On arrêta enfin le plan définitif du soulèvement de l'armée, du peuple et des représentants. Le 29 novembre fut fixé pour l'explosion. Au premier signal les compagnies polonaises de la garnison de Warsovie devaient se rendre aux divers points indiqués. Il n'v avait plus à reculer.

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