SCÈNE PREMIÈRE
POLYEUGTE, NÉARQUE
NÉARQUE
Quoi? VOUS vous arrêtez aux songes d'une femme! De si foibles sujets troublent celte grande àme! Et ce cœur tant de fois dans la guerre éprouvé S'alarme d'un péril qu'une femme a rêvé!
Je sais ce qu'est un songe, et le peu de croyance 5
Qu'un homme doit donner à son extravagance, Qui d'un amas confus des vapeurs de la nuit Forme de vains objets que le réveil détruit ;
1. Tel est le Ulre de la pièce dans l'édition de 1682, dont nous reproduisons le teste , et dans toutes les éditions précédentes, à l'exi^eption des deux premières (1653 in-i" et 1648 in-4"'), où Polyeuctc est intitulé simplement : tragédie.
Mais vous ne savez pas ce que c'est qu'une femme :
Vous ignorez quels droits elle a sur toute l'âme ', 10
Quand après un long temps qu'elle a su nous charmer-,
Les flambeaux de l'hymen viennent de s'allumer.
Pauline, sans raison dans la douleur plongée,
Craint et croit déjà voir ma mort qu'elle a songée;
Elle oppose ses pleurs au dessein que je fais, 15
Et tâche à m'empêcher ^ de sortir du palais.
Je méprise sa crainte, et je cède à ses larmes;
Elle me fait pitié sans me donner d'alarmes;
Et mon cœur, attendri sans être intimidé.
N'ose déplaire aux yeux dont il est possédé. 20
L'occasion, Néarque, est-elle si pressante
Qu'il faille être insensible aux soupirs d'une amante?
Par un peu de remise épargnons son ennui.
Pour faire en plein repos ce qu'il trouble aujourd'hui *.
NÉARQUE
Avez-vous cependant une pleine assurance 25
D'avoir assez de vie ou de persévérance?
Et Dieu, qui tient votre âme et vos jours dans sa main,