ACTE II, SCÈNE VI
Et tout semble possible à son feu véhéuient ;
Hais celle même grâce, en moi diminuée,
Et par mille péchés sans cesse exténuée •,
Agit aux grands eiïets ^ avec tant de langueur,
Que tout semble impossible à son peu de vigueur. 700
(]3tte indigne mollesse et ces lâches défenses ■*
Sont des punitions qu'attirent mes oITenses;
iMais Dieu, dont on ne doit jamais se défier,
Me donne votre exemple à me fortifier*! - ..
Allons, cher Polyeucte, allons aux yeux 'des hommes Braver l'idolâtrie, et montrer qui nous sommes ^, Puissé-je vous donner l'exeraple de souffrir. Gomme vous me donnez celui de vous offrir!
A cet heureux transport que le ciel vous envoie,
Je recoimois iNéarque, et j'en pleure de joie. 710
Ne perdons plus de temps : le sacrifice est prêt; Allons-y du vrai Dieu soutenir l'intérêt; Allons fouler aux pieds ce foudre ridicule ^ Donl arme un bois pourri ce peuple trop crédule ';
féminin devant les consonnes : on dit : Us sont tout tristes, tout honteux. Elles sont toutes tristes, toutes honteuses. Voyez ci-dessus, page 57, note 3.
1. Exténuée, affaiblie, latinisme {extenuata). Il est d'un emploi assez rare dans le sens figuré.
2. Au.c f/rands effets, c'est-à-dire : dans les grands effets, dans les circonstances graves. Voyez, sur l'emploi étendu de à, la note 3 de la page 59.
3. Défenses, c'est-à-dire excuses, que Néarque allègue pour ne pas suivre Polyeu-le.
4. A me fortifier, c'est-à-dire pour. Voyez la note 3 de la page 59.
5. Les vers 705 et 706 répètent les vers 645 et 6i6, et les vers 707 et 708 répètent avec intention les rimes des vers 659 et 660.
6. Sur foudre masculin, voyez ci-dessus, la note 5 de la page 57
7. L'inversion coûte ici quelque chose à la clarté du moins l'esprit hésite un moment avant de voir que peuple est sujet de arme et que huis en est le complément.
Allons en éclairer l'aveuglement fatal; 715
Allons briser ces Dieux de pierre et de métal : Abandonnons nos jours à cette ardeur céleste; Faisons triompher Dieu : qu'il dispose du reste ^ !
NÉARQUE
Allons faire (^clater sa gloire aux yeux de tous,
Et répondre avec zèle à ce qu'il veut de nous ^. 720
1. Monchrestien dans sa tragédie d'Hector. (1604) avait dit (en parlant des dieux) :
Faisons ce qu'il faut faire et leur laissons le resle.
Le vieil Horace à la Ca de l'acte II d'Horace :
Faites voire devoir et laissez faire aux dieux.