ACTE II, SCÈNE VI
Exposer poiir sa gloire et verser tout son sang.
Hélas ! qu'avez-vous fait de cette amour parfaite
Que vous me souhaitiez, et que je vous souhaite? 690
S'il vous en reste encor, n'êtes-vous point jaloux
Qu'à grand'peine chrétien, j'en montre plus que vous?
NÉARQUE
Vous sortez du baptême, et ce qui vous anime, j& ^ M
C'est sa grâce qu'en vous n'afïaibHt aucun crime ; i '
Comme encor toute entière, elle agit pleinement, \ 695
Et tout semble possible à son feu véhément ;
Mais cette même grâce, en moi diminuée.
Et par mille péchés sans cesse exténuée.
Agit aux grands effets avec tant de langueur.
Que tout semble impossible à son peu de vigueur. 700
Cette indigne mollesse et ces lâches défenses
Sont des punitions qu'attirent mes offenses ;
Mais Dieu, dont on ne doit jamais se défier.
Me donne votre exemple à me fortifier.
Allons, cher Polyeucte, allons aux yeux des hommes 705 Braver l'idolâtrie, et montrer qui nous sommes ; Puissé-je vous donner l'exemple de souffrir. Comme vous me donnez celui de vous offrir !
A cet heureux transport que le ciel vous envoie.
Je reconnais Néarque, et j'en pleure de joie. 710
Ne perdons plus de temps : le sacrifice est prêt ; Allons-y du vrai Dieu soutenir l'intérêt ; Allons fouler aux pieds ce foudre ridicule Dont arme un bois pourri ce peuple trop crédule ; * Allons en éclairer l'aveuglement fatal ; \ 7^5
, Allons briser ces Dieux de pierre et de métal :
Abandonnons nos jours à cette ardeur céleste ; Faisons triompher Dieu : qu'il dispose du reste !
NÉARQUE
Allons faire éclater sa gloire aux yeux de tous,
Et répondre avec zèle à ce qu'il veut de nous.^ 720