SCÈNE II
(Les gardes se retirent aux coins du théâtre.)
Source délicieuse, en misères féconde, nu
V. 1105. Depuis la Ciéopâtre 1630 de Mairet (M. Bizos, Thèse s„ Mairet, p. 259 , les stances sont à la mode au théâtre, et Corneille constatei en 1660. dans son Examen d'Andromède, que pas un de ceux qui ont occupa le théâtre avec gloire depuis trente ans « ne sest détendu de mêler ùes stances dans quelques-uns des poèmes qu'ils y ont donnés. » La Calprenède, par exemple, en a placé dans sa Mort de Mithridate ^1635, V, ii;, dans sa Bradamante 1637, \, m; III, ii et IV, iiij et dans sa Cknronte (1637, Y, m . Rotrou dans son Aniif/one 1638, III, ly et dans son Saint Genest (1646, Y, i . Tristan dans son Osman 16j6, Y, i^, etc. ; nous trouvons des stances dans la plupart des premières comédies de Corneille : la Veuve (II, i et III, viii , In Galerie du Palais (III, x, la Suivante (II, ii; lY,i et V,ixj, la Place Royale (I, m et Y, viii", et dans quelques-unes de ses tragédies : Médée (lY, iv), le Cid I, VI et Y, n), Héraclius Y, i), Œdipe III, i), etc. Cependant le théâtre finit par se guérir de cet engouement pour les stances. En 1645, dans son' Jodelet ou le Maitre valet, Scarron parodie déjà agréablement par deux fois les stances des poètes tragiques, en faisant dire à Jodelet d'abord :
Soyfz nettes, rnes dents : Ihonneur vous le commande : Perdre les dents est tout le mal que japppréhende. etc.
puis à la suivante Béatrix (V, i) :
Pleurez, pleurez, mes yeux : l'honneur vous le commande : S'il vous reste des pleurs, donnez-m'en ; j'en demande. •Je viens d'allumer ma chandelle, etc.
Dans sa Pratique du théâtre, l'abbé d'Aubignac reproche aux poètes de son siècle d'avoir souvent « mis des stances dans la bouche d'un acteur parmi les plus grandes agitations de son esprit, comme s'il était vraisemblable quun homme en cet état eût la liberté de faire des chansons ». En 1660, Corneille supprimera les trois stances par lesquelles Julie terminait primitivement la tragédie d'Horace; il reconnaît, la même année, dans son Examen d'Andromède, qu'il voit « quantité de gens d'esprit et savants au théâtre témoigner aversion » contre les stances; aussi sévère pour le Cid que le sera plus tard Fénelon dans sa Lettre sur les occupations de V Académie française VI . il déclare que les stances de Rodrigue « sont inexcusables, » et que « les mots de peine et Chimène, qui font la dernière rime de chaque strophe, marquent un jeu du côté du poète, qui n'a rien de naturel du côté de l'acteur ». Mais, tout en faisant ces concessions, le grand poète émet quelques arguments en faveur des stances, dont un au moins mérite d'être relevé, car Corneille songeait évidemment aux admirables stances de Po/.yewo/e, (juand il écrivait : « Le^ stances n'ont pas bonne grâce à exprimer tout :1a colère, la fureur, la menace, et tels autres mouvements violents, ne leur sont pas propres; mais les déplaisirs, les irrésolutions, les inquiétudes, les