V . H06. G fausse volupté du monde
Vaine promesse d'uu trompeur, etc. (Rotrou, Saint Genest, V, i.)
V. 1107. <c 11 s'agite dans l'âme de Polyeucte, a dit très justement M. Sarcey dans une de ses Chroniques thcdlrales du Temps, un combat terrible dont le bruit sourd retentit dans cette prière. Sa femme va venir! C'est la seule ennemie qu'il craigne à cette heure. Il ne peut pas refuser de la recevoir, et cependant elle représente pour lui le démon, acharné à ressaisir sa proie, les plaisirs de la terre opposés à la gloire du ciel. Ces plaisirs, il y a renoncé ; il les déteste. Est-ce qu'il ne doit pas y avoir du mépris, de la colère dans sa façon de parler de ces délices et de ces voluptés? Il est furieux contre elles, car il les redoute; il prétend les mépriser, et cependant il n'est pas sur de n'être point tout à l'heure ressaisi par leur image. ><
V. 1114. « C'est là un de ces concetti, un de ces faux brillants qui étaient tant à la mode. Ce n'est pas l'éclat qui fait la fragilité; les diamants qui éclatent bien davantage, sont très solides. » (Voltaire.) — « J'ai ouï dire souvent à M. Corneille qu'il avait fait, dans son Polyeucte, au sujet de la Fortune, ces deux vers si célèbres :
Et comme eUe a l'éclat du verre, Elle en a la fragilité,
sans savoir qu'ils fussent de M. Godeau, évêque de Vence: car ils sont originairement de M. Godeau, qui les avait faits, dans son Ode au cardinal de Richelieu, quinze ans avant que M. Corneille les eût faits dans son Poli/eucte. Il est assez ordinaire de se rencontrer ainsi dans la pensée et dans l'expression des autres. » [Observation de Ménage, p. 116 des Poésies de Malherbe avec les Observations de Ménage, seconde édition, 16S9, in-l2.) Cette rencontre paraîtra encore moins surprenante, quand on saura que Godeau et
Ainsi n"espérez pas qu'après vous je soupire : 1115 ;
Vous étalez en A'ain vos charmes impuissants ; Vous me montrez en vain par tout ce vaste empire Les ennemis de Dieu pompeux* et florissants. Il étale à son tour des revers équitables
Par qui les grands sont confondus ; 1120
Et les glaives qu'il tient pendus
Sur les plus fortunés coupables
Sont d'autant plus inéA'itables
Que leurs coups sont moins attendus.
Tigre altéré de sang, Décie impitoyable, 1125
Ce Dieu t'a trop longtemps abandonné les siens ; De ton heureux destin vois la suite effroyable : Le Scythe va venger la Perse et les chrétiens ; Encore un peu plus outre *, et ton heure est venue ;
Corneille ont imité l'un et l'autre un vers du poète latin Publius Syrus : « La fortune est de verre; au moment même où elle brille, elle se brise. » En 16 49, Tristan délaiera cette pensée dans ses Plaù/oyers historiques {VIII^ Plaidoyer) : « Il n'y a pas un jour que j'estimais ma félicité sans égale ; mais en voulant éprouver quelle était la solidité de mon bonheur, j'ai trouvé malheureusement que ce n'était rien que du verre; sa fragilité n'a pu supporter la moindre atteinte; le fondement de toutes mes félicités s'est réduit en poudre. »
V. 1121. (( Qu'iltient.Ç2^^7>e;îc/î<.s serait mieux, Pe/îrfw* n'est pas agréable.») (Voltaire. — On a rapproché de ces vers deux vers des Orfe* d'Horace (III, i) : « Un glaive nu pend sur sa tête impie. »
V. 1122. Var. : Dessus ces illustres coupables. Éd. de 1643-56.)
V. 1125. Jusqu'en 1648, on lit dans les éditions de Polyeucte au lieu de ce vers :
Tigre affamé de sang. Décie impitoyable.
En même temps qu'il remplaçait ici affamé de sang par altéré de sançf^ Corneille rit la même correction au vers 1279 de sa tragédie d'Horace :
Tigre affamé de sang, qui me défends les larmes.
La persécution de Décius ne parait pas avoir été si effrayante, si nous nous en rapportons à saint Cyprien lui-même : « Nos péchés, à nous, avaient mérité davantage, mais Dieu tout clément a tellement mesuré ses coups que tout ce qui vient de se passer a eu le caractère d'une épreuve plutôt que d'une persécution. » M. Havet, Cyprien, évéque de Carthayc.)
V. 1128. « Ainsi, pour Corneille, les barbares devaient être les auxiliaires véritables et nécessaires du christianisme; il a senti qu'il n'y avait jamais eu d'alliance possible entre l'Empire et la religion nouvelle... Les barbares vengeront les chrétiens. Le pacte se fera à la frontière : sur le Danube avec Alaric, sur le Rhin avec Clovis, et le vieux monde deviendra la proie de ces nouveaux baptisés. » (E. Desjardins, le Grand Corneille historien, IX.)
V. 1129. Un an en effet après la septième persécution, ordonnée par Décius, 70 000 Goths pénétrèrent jusqu'en Thrace. Décius marcha contre eux et périt dans une bataille livrée sur les bords du Danube. — A l'approche du martyre, la foi de Polyeucte s'exalte, et l'avenir se découvre devant ses yeux, comme,