V, II
2. Coiitmentaire de Voltaire. — \'oltaire est revenu souvent sur cette idée. 11 (lit dans les Hemarques sur la Vie de P. Corneille, écrite par Bernard de Fontenelle, son neveu, que « dans Polyeucte, le plus grand mérite est l'amour de Sévère -, que ce sont Sévère et Pauline qui « font réussir la pièce >'.,I1 le répète dans son Discours historique et critique à l'occasion de la tragédie des Guèbres. Il déclare dans son Commentaire que telle était l'opinion de Dacier, et il écrit enlin dans VÉpître dédicatoire de Zaïre des vers souvent cités : « Je suis très persuadé que bien en prit au grand Corneille de ne s'être pas borné, dans Pol'jeucte, à faire casser les statues de .Jupiter par les néophytes; car telle est la corruption du genre humain, que peut-être
De Polyeucte la belle âme
Aurait "faiblement attendri.
Et les vers chrétiens qu'il déclame
Seraient tombés dans le décri.
Neùt été lamour de sa femme
Pour ce païen son favori,
Qui méritait bien mieux sa flamme
Que son bon dévot de mari. »
Saint-Evremond s'était exprimé comme Voltaire au sujet de Polyeucte: « Ce
pu dire, le v<}ritable héros de cette tragédie, fondée sur l'admiration, e^t bien Polyeiicte Im-meme, cunime Andromaque est bienJ2^éroïnejb^Ji^^ fondée sur l'amour, qui porte
son nom : les ressorts des deux pièces sont différents, comme le système des deux poètes ; mais c'est Polyeucte qui dirige la tragédie de Corneille, comme Andromaque conduit celle de Racine : en effet, selon que la veuve d'Hector refuse ou promet à Pyrrhus sa main, Pyrrhus revient à Hermione ou l'abandonne, Hermione renvoie Oreste, ou le rappelle, si bien que des résolutions d'Andromaque dépendent jusqu'à la fin les résolutions des autres personnages. De même, Hiéroïsme de Polyeucte lui gagne le cœur de sa femme, entraîne par contre-coup feévère au sacrifice, enfin, avec le concours de la grâce, élève Félixluimême jusqu'à un courageux repentir, si bien que, l'héroïsme étant contagieux, chez Corneille du moins, le martyr, au dénouement, emporte vers le ciel, suivant l'heureuse expression de M. Legouvé, « une grappe d'âmes ». L'action est donc bien une dans Polyeucte, comme dans Ayulromaque, et Corneille aA'ait raison de dire que l'amour de Sévère n'est dans sa tragédie qu'un « embellissement ».
Mais comment alors expliquer que les contemporains aient pu se tromper sur le véritable héros de Polyeucte^ comme ils -\ talent trompés sur celui de Cinna?
Il y a dans l'exposition de Pot pelleté trois^çèneSjjleux surtout, où Polyeucte s'efface un jjeu, nous devons en convenir, devant Sévère. Corneille a besoin d'occu^erje théâtre depuis la sortie de Poljeucte^^U4jremier ac^e^sipi'au.moment où il reparaîtra , to?A^^-^-Çl^l!iî^^^' ^ ^^ fin du second ;^ en profite pour poser et pour introduire le personnage de Sévère. A l'idée que Sévère est vivant, qu'il vient, qu'il lui faudra le voir, Pauline oublie un moment le danger auquel, sur la foi d'un songe, elle croit son mari exposé: elle ne pense plus qu'aux périls qu'elle va courir eUe-même dans cette entrevue, où sa vertu craint de pousser
qui eût fait un beau sermon faisait une misérable tragédie, si les entretiens de Sévère et de Pauline, animés d'autres sentiments" et d'autres passions, n'eussent conservé à l'auteur la réputation que les vertus chrétiennes de nos martyrs lui eussent fait perdre. » La Bruyère, parlant de VolijewHe, ne loue que la « tendresse » qui y est répandue.
quelque soupir indigne d'elle. I<a sincère tendresse de Sévère, s'exprimarit-4iv^€-4Hte-^fftlfffl^j4^ Tnngour^use, qui, surannée aujourd'hui, s^nyilait^alûi^^ d'unii exquise élégance, les regrets étouffés de PaijJinÊ,,:.gui,p.ouriDte^^ tout espoir, lui décla-
rait-«ï4s4^4yK»^=qii!Êl]iL aim*4t-&^^ mais cpïï, en même
temps, pour ne pas la4é;àesp.érerdçn;antag£4uij^^ ei^tendre qu'elle aimait Polyeucte seulementjDar devoir, et se gardait de lui en vantefle mérité, tout cela formaîTun tableau qui parut si attachant que les yeux charmés s'y arrêtèrent avec trop de plaisir, qu'on oublia, en le contemplant, l'intérêt delà figure, d'ailleurs à peine encore entrevue, de Polyeucte, et que Stratonice, en rappelant à Pauhne ses craintes pour son mari, les rappela en même temps aux spectateurs. Ces trois scènes, où
n est p^lus^n^^tinn <1p Spyprp qiiA dp^Pn1yiP^TJïïp7^"^l?mT^ si
belles alors- pai^ leurs jéternelles beautés, comme par leurs beautés passagères, qui nous paraissent,aiîjourd'hui des défauts, que radmîr^fitmrîes contenipôrâms ac c or dajro p d'i m p ortau ce à çMtjg-iïïSâSôilBijPauli^^ partagée "entresoiiudÊvoir- et -son amour pour le généreux Se viji:4r, y ^Itte commencement d'une seconde acLi(4Ji, et, dans son goût pour la galanterie romanesque, préféra cette action à l'autre, et Sévère à Polyeucte ^
Comment se fait-il que Corneille n'ait pas'pTévu ce péril ? S'est-il laissé entraîner lui-même à l'intérêt de cette situation, que les romanciers et les auteurs dramatiques du xvn^ siècle ont souA'ent reproduite^ ? A-t-il un moment oublié que Sévère ne devait jamais prendre la première place dans sa tragédie chrétienne? Non, mais de même qu'il aA'ait cru pouvoir sans danger, dans C'nina^ nous intéresser d'abord à Emilie et à Cinna, persuadé que, plus les ennemis d'Auguste nous auraient paru grands au début, plus Auguste, triomphant d'eux par sa magnanimité, nous paraîtrait grand au dénouement, il s'est dit ici qu'il pouvait sans danger nous faire admirer dans V exposition
1. Voltaire prétend même que le parterre avait im mouvement de joie, eu voyant Polyeucte résolu à briser les idoles : sa mort n'allait-elle pas rendre à Pauline la liberté?
2. C'est encore elle que nous retrouvons dans le Jean-Marie de M. Theuriet, une délicieuse petite pièce en un acte, représentée pour la première fois à rOdéon le 11 octobre 1871.
la générosité de Sévère, car elle rehausserait tout à l'heure à nos yeux, comme à ceux de Pauhne,la générosité plus grande rncore de Polyeucte. Ces trois scènes qui, raction nouée, constitueraient en effet une faute en détournant de Polyeucte 1 intérêt, ne sont que des scènes d'exposition, et, loin de commencer une seconde action, elles concourent au contraire à préparer l'unique action de la tragédie, dont Polyeucte A-a être le héros ^ Car Polyeucte étant, aussi bien que les comédies de Molière, une pièce de caractère, c'est du caractère des principaux personnages que naîtront les situations et les péripéties, (le sorte que Corneille, en attirant notre attention, dans les trois scènes qui nous occupent, sur les caractères de Féhx, de Sévère et de PauUne, prépare l'intrigue et le dénouement de sa tragédie.
Étudions donc de plus près les caractères des principaux personnages de Polyeucte, et cherchons dans cette étude de nouvelles raisons d'admirer ce chef-d'œuvre.
Le rôle de Polyeucte a souvent été mal compris et mal joué : les interprètes en ont fait souvent, et de nos jours encore, un héat. Dès les premières années de ce siècle, la future M™*" Guizot, M"^ Pauhne de Meulan, s'en plaignait, dans son feuilleton du Publiciste - : « Les acteurs semblent s'être donné le mot pour effacer en Polyeucte toute trace de faiblesse humaine, toute nuance de sentiment particulier pour Pauhne. Ce n'est pas la première fois que je vois jouer Polyeucte avec le ton j)énétré d'un homme tout en Dieu, qui lui ôte la moitié de l'intérêt qu'il devrait inspirer; car enfin, s'il ne souffre pas à abandonner Pauhne, où est le mérite? S'il la cède à Sévère, il doit être déterminé par son amour même pour elle, qui lui fait envisager cette cession volontaire comme le plus grand, le plus douloureux des efforls qu'il puisse s'imposer. Et si ce n'est pas preuve de passion, c'est une fantaisie rirUcule, parce qu'elle est inutile. Polyeucte est donc certainement le personnage le plus pas-
1. Oa verra, dans VExamen de Polyeucte par Corneille, que le poète a cru devoir dissiper les scrupules qui auraient pu naître dans l'esprit des spectateurs touchant les unités de jour et de lieu, mais qu'il n"a pas cru avoir besoin de prendre les mêmes précautions touchant l'unité d'action.
2. Le Temps passe', 7nélaiif/es de critique littérniie et de morale, par M. et .M"»c GuizoT, t. I.
sionné de la pièce. » Pour qu'il y ait intérêt au théâtre, il faut qu'il y ait lutte, et jamais lutte ne fut en effet plus ardente que celle que Corneille a placée dans l'âme de son héros entre le sentiment humain et le sentiment divin, et, comme la lutte de- A'ient plus terrible d'acte en acte, jamais progression d'intérêt ne fut, on le peut dire, mieux soutenue que dans le caractère de Polyeucte. C'est que, si Néarque a ouvert ses yeux à la \éritahle foi, Polyeucte est devenu, depuis quinze jours à peine, Tépoux de sa chère Pauline. Corneille a écrit Polyeucte fort peu de temps après son mariage avec Marie de Lamperière, dont il était très épris, et dont il n'avait ol^tenu la main que par lintervention du cardinal de Richelieu. Cette tendresse dont est rempli le cœur du poète, il la donne à son jeune héros. L'amour humain paraît même sur le point de l'emporter au début chez Polyeucte sur Tamour divin ; il hésite à s'engager à ce Dieu qui veut qu'on néghge pour lui plaire et femme, et biens, et rang. Si Néarque n'était pas là pour l'entraîner au baptême, jamais il n'aurait la force de faire, en sortant, couler les larmes de Pau- Une : la scène marche à sa fin, Néarque a épuisé tous les arguments.
Oui, j'y cours, cher Néarque,
s'écrie Polyeucte ; et aussitôt l'hésitation le reprend : Mais Pauline s'afflige;
et avec quelle peine il s'arrache des bras de sa jeune femme! Au second acte, quand Polyeucte reparaît, bien que baptisé et chrétien, c'est encore à Pauhne qu'il songe d'abord. Il vient d'apprendre l'arrivée de Sévère; mais, sûr de la vertu de sa femme, il n'en éprouve aucune émotion; il comprend seulement, lui qui aime, ce que doit souffrir Sévère à aimer d'un amour sans espoir. C'est alors que FéUx mande Polyeucte au temple, et tout à coup, suivant la croyance du xvn*" siècle, la grâce touche le cœur du néophyte ; Pauline est à peine sortie que, saisi d'un transport passionné, il entraîne Néarque au temple pour y reuA-erser les idoles. Sous l'influence du baptême et de la grâce, l'amour divin triomphe en ce moment sans effort de
lamoiir humain dans le cœur de Polyeucte. Remarquons ici ,ivec quel art lo poète a écarté Pauline du sacrifice; ce n'est pas -f-ulement parce qu'il aura tout à l'heure besoin de quelqu'un qui ait intérêt à écouter le récit de Stratonice; c'est que, si Pnlyeucte avait brisé les idoles en présence de Pauline, il aurait alors livré son dernier combat, et nous ne pourrions plus être tunioins de cette lutte suprême, la plus déchirante de toutes, la crise, qui, dans presque toutes nos tragédies classiques, se produit au (iuatriéme acte. Il est admirable, ce quatrième acte de Pnlyeucte. Dans le saint transport produit par la grâce, pnlyeucte avait oublié Pauline; dans le calme de la prison, il songe à elle de nouveau . Il va mourir pour sa foi ; il y est résohi ; il ne regrette au monde qu'une chose, sa femme. Il veut du moins assurer le bonheur de Pauline ici-bas : Sévère est digne d'elle ; elle l'a aimé ; elle va devenir libre : si elle l'épousait ? Hé quoi? X'éprouvera-t-il pas comme un sentiment de jalousie à la pensée que celle qu'il a tant aimée deviendrait heureuse par un autre que lui? Non; c'est bien elle seiûe désormais qu'il aime en elle; son amour s'est changé en une charité pénétrante et profonde; aucun sentiment égoïste ne Aiendra se mettre en travers de sa générosité subhme. Mais voici qu'on lui annonce Pauline; un frisson passe dans sa chair; pour se donner des armes contre lui-même, pour s'empêcher de revenir sur la résolution qu'il a secrètement prise , il fait chercher Sévère et demande au ciel du secours. La prière apaise le trouble de ses sens ; il se croit et se dit dés<trmais invincible, et, en effet, il triomphe sans peine des arguments que d'abord lui oppose Pauline. Elle se prend à pleurer : voilà ces belles larmes, plus redoutables que les bourreaux de Félix I Polyeucte s'émeut, mais il a honte de ce soupir de regret accordé aux joies légitimes de la terre; plein d'admiration pour la vertu de Pauline, il l'aime plus que jamais, mais son amour s'est encore épuré ; c'est maintenant l'amour d'une âme pour une âme. Il comprend que Pauline est plus grande encore qu'il ne le pensait ; il voit en elle comme un christianisme inconscient; bien jjlus, lisant dans l'avenir, il devine, il sait que la grâce touchera un jour Pauline; s'il pouvait avancer cette heure I Accordant ainsi son amour r»our Dieu et
34 NOTICE SUR « l'OLYEUCTE »
son amour pour sa femme, s'il pouvait faire descendre déjà la grâce sur Pauline, et, au lieu d'assurer son bonheur terrestre, l'associer à son martyre et à la félicité éternelle qu'il va lui-même goûter M Mais Dieu reste sourd pour l'instant aux prières du martyr : Pauline repousse avec indignation la pensée d'une conversion ; il ne peut donc plus y avoir rien de commun entre les deux époux, Tâme de Tune restant encore attachée à la terre, l'àme de l'autre s'élevant déjà au ciel. Polyeucte revient alors à sa première pensée; il termine cette scène admirable par cet adieu :
Vivez heureuse au monde,
et ajoute, en montrant à PauUne Sévère, qui vient d'entrer : Vivez heureux ensemble.
C'est maintenant que le monde n'a vraiment plus rien pour lui. et il sort sans attendre la réponse de Pauhne et de Sévère. Polyeucte a triomphé de Pauline : il semble que le drame soit lini. Non ; le poète a voulu que les vœux du martyr fussent exaucés, et quïl élevât Pauline jusqu'à lui. Au cri d'indignation qu'elle pousse, quand il lui répète au dernier acte : Vivez avec Sévère,
Pot^eucte comprend qu'il est seul aimé désormais; il sent renaître en lui l'espoir de dessiller les yeux de Pauline, et de l'amener par l'amour à la foi :
Vivez avec Sévère,
répète-t-il une dernière fois ; mais il ajoute :
ou mourez avec moi.
Je ne méprise point vos pleurs, ni votre foi ; Mais, de quoi que pour vous notre amour m'entretienne. Je ne vous connais plus, si vous n'êtes chrétienne ;
]. Ces quatre vers, qu'Adrien, dans le Saint Genest de Rotrou III, vi;. adresse à sa femme Natalie, expriment bien la pensée de Polyeucte :
Que fais-tu ? Tu nie suis ? Quoi : Tu m'aimes encore .' Oh: si de mon désir l'effet pouvait éolore. Ma sœur c'est le seul nom dont je te puis nommera Que sous de douces lois nous pourrions nous aimer.'
et cette fois il a la joie de voir que Pauline ne proteste plus contre; ridée de la conversion. L'arrêt de mort est prononcé ; le front (le Polyeucte rayonne d'une félicité suprême ; mais, bien que le n.'l s'ouvre déjà devant lui, son regard cherche encore une fois I rtte Pauline, qu'il aime et dont il est aimé :
Chère Pauline, adieu; conservez ma mémoire;
et, dans un dernier vers, qu'on a souvent mal compris, et qui est une exhortation pleine d'une tendresse profonde sous sa forme un peu rude, il exprime, avec un suprême espoir, la seule de ses pensées qui s'attache encore aux choses de la terre :
Ne suivez point mes pas, ou quittez vos erreurs ^
Ainsi, danslecœur de Polyeucte, au début de la tragédie, l'amour humain balançait Tamour divin ; puis, sous l'inspiration de la grâce, l'amour divin a semblé étouffer l'amour humain; mais, au dernier moment, l'amour humain s'épure et se transforme, les deux amours s'unissent et se fondent, et, mourant pour Dieu, le martyr peut encore regarder avec tendresse l'épouse que sa mort, H le prévoit, \à conquérir à Dieu.
Aujourd'hui que le langage des romans du xvu^ siècle est depuis longtemps démodé et fait sourire, aujourd'hui que nous n'avons plus les motifs des philosophes du siècle dernier pour applaudir bruyamment le scepticisme spirituel et hardi de Sévère et son apologie de la tolérance, ce rôle (le seul de la pièce qui ait un peu vieilli nous parait bien ce qu'il était réellement dans l'intention de Corneille, un rôle de second plan. Ce n'est pas cependant un rôle sacrifié : on peut être un héros, on peut être, comme dit Pauline, « le grand Sévère », et s'effacer devant Polyeucte ; c'est que, comme l'a écrit Sainte-Beuve dans
1. Ce qui prouve bien que Corneille attachait une grande importance à ce dernier hémistiche, c'est qu'il a vouki que les derniers mots du rôle de Polyeucte fussent précisément ceux-là : « quittez vos erreurs » ; c'est une des raisons pour lesquelles en 1660 il a changé ces deux vers, qu'on lisait dans toutes les précédentes éditions :
p. Vf UNE.
Je te suivrai partout, et mêmes au trépas.
PO L YE UCT E.
Sortez de votre l'rreur. ou ne me suivez pas.
son Port-Royal^, « Sévère est un caractère tout grand, tout désintéressé, tout chevaleresque- en un sens, mais un rôle humain; c'est l'idéal humain de la pièce, dont le reste exprime
V idéal chrétien. Sévère, au plus haut degré de la faveur de
César, n'en abuse en rien. Sa maîtresse s'est mariée à un autre pendant son absence : il la revoit, il lui parle, veut lui arracher du moins un regret, et, dès qu'il Ta cru surprendre, il est content: il ne souhaite plus que de mourir d'une belle mort dans les combats ; il s'écrie :
Puisse le juste Ciel, content de ma ruine, Combler d'heur et de jours Polyeucte et Pauline!
(^est le généreux humain dans toute sa beauté. Plus tard, quand Polyeucte, par une revanche de générosité surhumaine, lui veut^ rendre PauUne qu'il va faire veuve par sa mort, Sévère, qui a repris espérance un moment, tout d'un coup renversé et pré-: cipité de son bonheur par la résolution de Pauline, Sévère reste bon, juste, clément; il voudrait sauver, il essayera de défendre le rival chrétien qu'on lui préfère. » Enfin, lorsque, incapable de comprendre cette vertu désintéressée, Féhx aura, par crainte de Sévère, envoyé Polyeucte à la mort, Sévère l'accablera de reproches mérités, puis, surpris et ému des coups miraculeux: de la grâce, s'incUnera respectueusement devant les nouveaux chrétiens, gardant, dans une situation gênante pour tout autre que lui, une attitude qui force le respect.
Il est là, au dénouement, sur la scène, rendant par sa présence plus sensible aux yeux des spectateurs le revirement qui s'est produit depuis le commencement du drame dans l'âme de PauUne. Au début de la tragédie, elle disait un éternel adieu à ce Sévère, qu'elle aimait et qui était si digne d'être aimé d'elle : au dénouement, elle aime Polyeucte, plus digne encore de son amour, et, chrétienne, veut mourir avec lui. Elle s'est élevée par l'admiration de l'idéal humain à l'idéal chrétien, et c'est parce qu'on ne s'en était pas avisé qu'on a longtemps si mal