Livre I, chap. vi
2. Un peu plus loin, le nom de Bayard viendra se placer de lui-même à côté de celui de Sévère sous la plume de Sainte-Beuve.
SOURCES, ACTION Eï CARACTÈRES. 37
compris cet admirable rôle. Reijrenant en effet le mot de Madame la Dauphine : « Voilà une très honnête femme qui n'aime pas son mari ^ », Voltaire et La Harpe n'ont-ils pas dit et répété que Pauline n'aime que Sévère? Et d'autre part, dans les Mémoires de M"' Clairon, la célèbre et laborieuse actrice du xvni^ siècle, ne trouvons-nous pas cette étrange interprétation du caractère de Pauline ^ : « Pauline est un des personnages dont il n'existe aucun modèle dans la nature; je l'ai du moins vainement cherché et dans le monde et dans l'histoire. Des passions, des goûts qui se succèdent, se rencontrent partout et tous les jours; mais deux amours réels existant ensemble, avoués à chacun des deux hommes qui les inspirent, et justifiés par le respect, l'estime et la confiance de l'un et de l'autre, est une chose inouïe dans la nature, et très difficile à rendre décente et vraisemblable aux yeux de la multitude. » Ainsi, pour W^^ Clairon, Pauline aime à la fois, d'un amour réel et semblable, Polyeucte et Sévère; et la « bonne Dumesnil » était de son avis, puisque, dans les Mémoires qu'elle fit rédiger pour réfuter ceux de sa rivale, elle déclare naïvement que toute sa « décomposition du caractère de Pauline est de génie » et que « cet étabUssement du rôle est admirable " ». Ernest Desjardins l'a dit avec raison en 1860 : « L'intelUgence de la pièce de Polyeucte est certainement une conquête de ce siècle -ci, et nous en avons presque tous été témoins, c'est-à-dire spectateurs. Pauline n'était, il y a vingt ans encore, qu'une première amoweuse. Rachel en a fait le type de l'amour conjugal et de la néophyte \ » C'est au sortir d'une de ces représentations de Polyeucte aA'ec Rachel que Saint-Marc Girardin, analysant le rôle de Pauline, l'a si heureusement appelée « la sainte de l'honneur conjugal '•" » ; c'est vers la même époque que Sainte-Beuve, composant son Port-Royal, a, dans son premier livre '^, tracé de Pauline, la plus femme, avec Chimène, des héroïnes de Cor-