Chap. VI
neille, un excellent portrait : <( Au fond, la raison règle et commande ce caractère si charmant, si solide et si sérieux de Pauline, une raison capable de tout le devoir dévoué, de tous les sacrifices intrépides, de toutes les délicatesses mélangées; une raison qui, même dans les extrémités les plus rapides, lui conserve une sobriété parfaite d'expression, une belle simplicité d'attitude : tout par héroïsme, rien par entraînement. Rien d'égaré ni d'éperdu. » Cette raisonnable Pauline admire chez autrui le devoir accompli simplement, parce qu'elle sait par expérience ce qu'il en coûte parfois à accomplir son devoir. Audébut de la tragédie, c'est par devoir que Pauline aime sonmari ; mais elle l'aime sincèrement, puisqu'elle tremble pour lui
Je vous aime, et je crains ^
Cependant la valeur et le mérite de Sévère avaient jadis fait' naître en elle un sentiment plus tendre, qu'elle a gardé sans songer à le combattre, puisque aussi bien il n'a plus qu'un mort pour objet. Mais Sévère est vivant, il s'est couvert de gloire; le voici en présence de Pauhne, qui, l'admirant plus que jamais, l'aime aussi plus que jamais. La raison et l'honneur se dressent entre eux. Ils s'aiment, se le disent, se quittent, et s'en aiment encore plus. Ainsi, dans ces deux premiers actes, PauUne n'a pour Polyeucte qu'une affection née de l'estime et du devoir ; elle a pour Sévère un amour né de l'admiration, et ces deux sentiments sont de nature trop différente pour s'exclure l'un l'autre, comme le croyait M^.^^ Clairon. Mais voilà que Polyeucte A'a grandir et se transfigurer, et, en même temps, l'affection conjugale de Pauline va, sous l'influence de l'admiration, se changer en amour. Polyeucte est en danger; elle éprouve d'abord une tendre pitié pour lui, puis un fier déplaisir de se voir sacrifiée à son Dieu par celui auquel elle s'était elle-même sacrifiée, enfin, en présence de l'héroïsme de son mari, l'admiration et l'amour de Pauline passent de Sévère à Polyeucte. Ce reAirement se produit sous nos yeux au quatrième acte ; c'est en comparant au renoncement sublime de Polyeucte