Examen de Nicotnède
A. — 1° Signifiant pour, devant un substantif ou un infinitif. — V. 370,704,1023, 1064, 1096, 1164,1177,1524, et dans VExamen : « On attend à révéler le secret justement au jour de l'action qui se présente ».
Voltaire a vivement critiqué cette locution dans plusieurs vers de Corneille, notamment aux vers 704 et 1023; quelquefois même il semble n'avoir pas compris le sens que Corneille donne à la préposition à devant un infinitif; c'est pourtant un latinisme, très usité au x\n^ siècle, et dont on pourrait citer quelques exemples encore au xix«. On trouvera encore à l'article attendre à deux exemples de à signifiant pow?-.
2° Devant un infinitif, pour en et le participe présent. — Y. 161 et 895.
De même dans le Cid (v. 434) :
A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire.
Voltaire condamne sans raison cet emploi à propos du vers 161. M. Génin, dans son Lexique de Molière, observe justement que cette locution correspond au gérondif en do des Latins. Elle a survécu au xvn^ siècle, comme le prouve cette phrase de George Sand [Lettres d'un voyageur, XII), relevée par M. Godefroy dans son Lexique de Corneille : « Je sais bien qu'à écrire tout ce qu'on pense, on se fait beaucoup d'ennemis. »
3° Pour xjar, principalement avec un infinitif actif précédé de laisser. — Abrégé du martyre de saint Polyeucte : u Les uns se laissent si bien persuader à cet enchaînement, n
Voltaire blâme encore ce tour à propos du vers 30 à'Héraelius :
Impatient déjà de se laisser séduire
Au premier imposteur armé pour me détruire,
et déclare qu'on dit : je me suis laissé persuader par vous, et non pas à vous. On trouve dans Descartes, Pascal, Bossuet, Fléchier, Racine, Fénelon, Massillon, des exemples de la tournure employée par Corneille, et dans laquelle M. Havet [Table des Pensées de Pascal) voit
un latinisme. Enfin Voltaire, Voltaire lui-même, s'en est servi dans son Oreste (I, ni) :
Laissez-vous pénétrer
(A la secrète voix qui vous daigne inspirer. Abord. — Arrivée, sans la moindre idée de vova^e sur mer. — De même dans Sertorius v. 1403) :
Notre abord le rend tout interdit.
Ailleurs. — Pour une autre femme. — V. 797. Cette locution, que M.Marty-Laveaux a relevée une dizaine de fois dans le théâtre de Corneille, est un peu familière, et ne se trouve que deux fois dans les pièces de Racine [Andromaque,Y. 549, et Britannicus, v. 674).
Aller. - - N'aller point sans, c'est-rà-dire : être nécessairement ar-compagné de. — V. 1788.
Voltaire a sans raison banni cette expression du stvle noble à propos du vers U07 d'Horare :
Nos plaisirs les plus doux ne vont point sans tristesse. Amour. — V. 313, 689, 1163, 1243, 1348, 1659. Corneille fait généralement ce substantif féminin, comme les écrivains de son temps :
Oui, traître, mon amour lâchement méprisée Prendra de tes mépris une vengeance aisée.
;La Calprenède, Clarionte (1636), IL v.)
Vaugelas déclare, en 1647, dans ses Remarques, qu'excepté quand il désigne l'amour divin, il est indifférent de faire ce mot masculin ou féminin, mais que les plus élégants écrivains usent plutôt du féminin. Au contraire, en 1672, Ménage dira, dans ses Observations, qu'amour en prose n'est plus que masculin, et qu'en poésie il est encore <' plutôt mâle que femelle ;>. On le trouve en effet dans Racine plus souvent masculin que féminin, et Corneille, en revovant son théâtre, a, quand il l'a pu, modifié quelques vers de façon à faire amour masculin. Voir les variantes des vers 77 et 1661.
Appas. — Au singulier. — V. 1158 et 1769.
« Appas est le pluriel de appât. L'ancienne orthographe était appast; au pluriel, appasts ou appas. La faute a été de faire de ce mot unique deux mots différents. De là toute sorte d'irrégularités qu'on trouve dans les auteurs ; d'abord la plus forte de toutes, qui est appas au singulier, etc. » (Dictionnaire de Littré.)
Arrêter [S') à. — Faire attention à. — V. 1.
De même dans le Mithridate de Racine (II, ni) : Je ne m'arrêtai point à ce bruit téméraire.
Aspect. — V. 827.
Le dictionnaire de Littré donne à ce mot le sens d'orientation, et rapproche du vers de Polymcte une phrase du Télémaque (xii) de Fénelon : <( En sorte que la maison fût tournée à un aspect sain. »
Assurément. — Avec assurance, d'un pied ferme. — V. 676.
De même Mathurin Régnier (Satire V) :
Qui marque assurément la terre de ses pas,
et Rotrou [Haint Genest, IV, m :
Marchons assurément sur les pas d'une femme.
Assurer S'. — 1° S'assurer cZ^e, c'est-à-dire : se fier à, compter sur, être sûr de. — V. :U8.
De même dans Rodogune (v. 787) :
Au reste assurez-vous de l'amour des deux princes : Plutôt que de vous perdre ils perdront leurs provinces.
2° S'assurer sur quelqu'un, c'est-à-dire: faire fond sur lui, se reposer sur lui. — V, 14].
Corneille emploie le même verbe avec un nom de chose pour régime dans Rodogune (v. 394) :
Madame, assurez-vous sur ma fidélité.
Attendre à. — Différer jusqu'à. — Examen: « On attend à révéler le secret justement au jour de Faction qui se présente ».
Voici deux phrases de Fléchier construites exactement comme celle de Corneille : 1° <( On attend à se convertir à l'heure de la mort » [Serm., ii, 28) ; 2° « Il n'attendit pas à la mort à consacrer à Jésus- Christ une partie de ses richesses » [Oraison funèbre de M. de Montausier.
Au, aux. — Pour dans le, dans les. — Dédicace (6^ vers du sonnet).
De même dans l'Honnête Homme de Faret (éd. de 1634, p. 107) : « Cette agréable facilité de s'exprimer, que l'on remarque en plusieurs personnes, et que nous admirons aux femmes, en qui principalement elle abonde, etc. »
Autant comme. — Pour autant que. (Voir Comme.)
Avancer. — Faire réussir. — V. 235.
De même dans la Place Royale (v. 694) :
Il t'en coûterait trop pour avancer ma flamme.
Avantageux. — Ce mot, au vers lo61, a le sens de profitable, et, au vers 558, celui de flatteur, qui honore, qui procure de la faveur, comme dans Don Sanche d'Aragon (V, v) :
Miraculeux liéros, dont la gloire refuse L'avantageuse erreur d'un peuple qui s'abuse.
Avant que. — Sans de, pour avant que de. — V. 815, 1373 et 1654. Vaugelas condamnait en 1647 cette locution, très habituellement
employée par les poètes de la fin du xv!-^ siècle et du commencement du xviie. Corneille l'a fait disparaître en 1664 du vers 8^8 de Cinna, mais l'a laissée subsister en beaucoup d'autres endroits de >ori thratre. Xous la trouverons encore dans le Mithridate de Racine
Mais avant que partir je me ferai justice.
Quant à amnl de, que l'on emploie aujourd'hui, on ne rencontre pas cette forme dans les grands écrivains du xvn« siècle • elle ne s imposera à l'usage qu'au xviiie siècle.
Avecque. — Pour avec. ~- V. 532.
Cette forme est très usitée au temps des premières pièces de (.orneille, même en prose : « Notre langue pourra aussi changer '>vecque le temf^ . {Lettre de Silhon a M. de Marca, dans le Recueil de Lettres nomellfs des meilleure auteurs de ce ternies, dédié par Faret a Richelieu,. On rencontre même, dans la première des lettres de lui-même que Faret a insérées dans ce recueil, la vieille forme avpcciues : « Après avoir ici-bas conversé tant de fois avecques les anges, etc. » — Plus tard Vaugelas donna un tableau des consonnes devant lesquelles il fallait écrire avecque; en 1660, Corneille retoucha un grand nombre de ses vers pour en faire disparaître cette torme vieillie; on la trouve encore cinq fois dans la Thébaide dp Racine, mais seulement dans les éditions antérieures à 1687
Beau [Tout). — Pour arrête, arrêtez, doucement. — V. 1215.
Cette locution, assez fréquente dans Corneille, était alors du style noble, et, en 1660, Boileau l'emploiera encore dans sa première Satire iv. 143) :
Tout beau! dira quelqu'un, vous entrez en furie!
Mais, dès le temps de Voltaire, on ne s'en servait plus que dans le langage familier.
Beauté. — Dans le sens de belle personne. — V. 374.
Cet emploi s'est conservé durant tout le xvii^ siècle et nous lisons dans VEsther de Racine (1, 11) :
Ciel! quel nombreux essaim d'innocentes beautés b offre à mes yeux en foule !
Blesser. — 1° Toucher, en parlant des passions. — V 8
2° Blesser d\imour. — V. 198.
De même dans la Suivante (v. I4o9-1460) :
Aussi bien te faut-il confesser Que la seule Daphnis avait su me blesser.
Brouiller. — Confondre. — V. 24i.
Voir Fantaisie, pour brouiller la fantaisie (v. 733).
Cabinet. — Examen : « Pauline vient jusque dans cette antichambre pour trouver Sévère, dont elle devrait attendre la visit'; dans son cabinet >k
On appelle aujourd'hui cabinet une pièce où un homme se retirr jiour travailler; au temps de Corneille on donnait aussi ce nom à la pièce où une femme se retirait, soit pour se reposer, soit pour s'entretenir avec quelques amis; c'est ainsi que, dans le Ciel (v. oo5), rinfante dit à sa gouvernante :
Viens dans mon cabinet consoler mes ennuis.
Captiver. — Au figuré, dans le langage de la galanterie, asservir. — V. i 70.
De même dans V Illusion comique (v, 770) :
Cet unique vaillant, la fleur des capitaines,
Qui dompte autant de rois qu'il captive de reines.
Corneille et même Racine emploient captif, captive, pour amant, amante.
Cavalier. — Abrégé : « Polyeucte et Xéarque étaient deux cavaliers, y> et Examen : « L'amour qu'elle avait eu pour ce cavalier. »
Ce mot était nouveau et à la mode, et, en 1637, Corneille l'avait partout, dans le Cid, substitué à chevalier; on verra cependant au vers 170 quil laisse à Sévère son titre de chevalier romain.
Cependant. — Pendant ce temps, en attendant. — V. 361 et 1 135.
De même dans Horace (v. 34o-346) :
Allez, et cependant au pied de nos autels J'irai rendre pour vous grâces aux Immortels.
Cependant que. — Pour pendant que. — V. 305 et Abrégé : « Cependant que les autres la dénieraient à ceux à qui elle appartient. »
Corneille a constamment maintenu cette locution, bien qu'elle ait été condamnée par Vaugelas; Thomas Corneille, quand il a donné en 1692 une édition du Théâtre de son frère, a partout, dans la prose, substitué pendant que à cependant que. Victor Hugo a encore employé, dans ses Odes et Ballades, cependant ([ue.
Change. — Échange. — ■ V. 1561.
On dit encore aujourd'hui : vous ne perdez pas au change. Dans la Toison d'or (IV, i), Corneille exprime exactement la même idée que dans ce vers de Polyeucte, mais en se servant cette fois d'échange au lieu de change :
Mais quitter l'iin pour l'autre est un échange heureux.
Charmes. — Enchanlements . — V. 2o4.
De même dans la Toison d'or (III, iv), oùHypsipyle dit à Médée : Je n'ai que des attraits et vous avez des charmes.
Ci {Qu est-ce;. — Pour ici. — V. 1367. De même dans Horace i v. 679; :
Qu'est-ce-ci, mes enfants? Écoutez-vous vos flammes?
(< Il ne faut pas confondre, dit le Dictionnaire de Littré, qu'est-ce-ci? et qu'est ceci? Le premier signifie: qu'y a-t-il ici? le second : qu'est cette chose-ci? )) On ne dit plus : qu'est-ce-ci? mais qu'est-ce-là? s'est conservé.
Comme. — 1° Pour comment. — • V. 993, 1319 et Examen : «. Je ne décrirais pas comme il en devint amoureux », et « Elle lui conte la passion de César pour elle, et comme
Chaque jour ses courriers Lui portent en tribut ses vœux et ses lauriers. »
Voltaire a condamné cette forme, très usitée au temps de Corneille, et très fréquente dans Molière ; Molière emploie même comme pour comment quand il y a un autre comme dans la phrase : « Cela se peut-il souffrir à un homme comme vous, qui savez comme il faut vivre? » iDon Juan, IV, vu). On trouve encore comme pour comment dans la Lettre à Lamartine d'Alfred de Musset.
2° Autant comme, pour autant que. — V. 912.
Vaugelas et Th. Corneille condamnaient cette locution; Corneille l'employait fréquemment; en 1660, il l'a remplacée par autant que dans Horace (v. 1468), et a modifié, pour la faire disparaître, deux vers de la Veuve (910-916^; mais il l'a laissée dans beaucoup d'autres endroits de son théâtre. Au temps de Voltaire, elle était tombée en désuétude.
Commerce. — Correspondance suivie. — Examen : « Elle devait savoir déjà tout ce commerce entre César et sa maîtresse. »
De même dans RoUin (Histoire ancienne) : « Pour rendre ce commerce de lettres plus sûr et plus prompt. »
Commettre. — Confier, sens latin. — V. 919.
De même dans Cinna (v. 1123; :
Reprenez le pouvoir que vous m'avez commis.
Voltaire emploie encore commettre dans ce sens {Siècle de Louis XIV, xii) : ^ Ils étaient prêts... de commettre leur réputation au sort d'une bataille )>.
Commission. — Mandement de l'autorité donnant charge et pouvoir. — Abrégé : « Félix, qui avait la commission de l'empereur pour persécuter les chrétiens... » et Examen : u Félix, qui avait la commission de l'empereur pour faire exécuter ses édits contre les chrétiens... »
2n LEXIQUE.
De même dans Bossuet {Hi>itoire des Variations, vu) : « Los «'•vèques prirent (FÉdouard de nouvelles commissions. »
Confidence. — 1° Confiance intime. — V. L37.
De miMiie dans la traduction de TacHe (469) de Perrot d'Ablancourt (16+0-1650 : « A cause de ses débauches et de son infamie, qui lui conservèrent l'affection de l'empereur et sa oonfidence. »
2° Avec confidence, pour en confidence, en secret. — V. 1411.
GonseiL — Résolution, parti. — V. 879.
De même dans Théodore (v. 263) :
Hasardons : je ne vois que ce conseil à prendre.
Content. — 1°. — V. liOO et 1410.
« Content est employé ici dans la sévérité de son étymologie latine contentas : content, qui se contient, qui se renferme dans ce qu'il a, qui se résigne sans peine. Un mot célèbre reproduit exactement la nuance de pensée exprimée par Corneille, et montre la différence profonde des adjectifs aise et content : « La reine, dit M™^ de Sévigné, a été deux fois aux Carmélites avec Quanto (M°i^ de Montespan). Cette dernière causa fort avec la sœur Louise de la Miséricorde; elle lui demanda si tout de bon elle était aussi aise qu'on le disait, Non, répondit-elle, je ne suis jioint aise, mais je suis fontente. » (M. Frédéric Godefroy, Lexique de la langue de Corneille.)
2° Content de, sens latin : se contentant de. — V. o6o.
De même dans la Thébaîde de Racine (II, ii) :
0 dieux, que vous a fait ce sang infortuné?
N'étes-vous pas contents de la mort de mon père ?
Couler. — S'insinuer. — V. 727.
De même Fléchier {Panégyrique de sainte Thérèse) : « Sentant couler dans son âme un détachement secret de toutes les choses créées. »
Courage. — 1° Cœur, sentiments, et, dit Littré, « V ensemble des pas-^ sions qu'on rapporte au cœur ». — V. 170, 332, 741, 777, 889, 1184 et
Courage était fréquemment employé dans ce sens au xvi^ siècle et au xvii<^; on le trouve encore quelquefois dans Voltaire; un vers de VAlexandre (I, ii) de Racine montre clairement toute la différence qui existe entre le sens qu'avait alors ce mot et le sens que nous lui donnons aujourd'hui :
La honte suit de près les courages timides.
2° Homme courageux. — Dédicace : « Les bons conseils qu'Elle a pris, les grands courages qu Elle a choisis pour les exécuter. » De même Malherbe (II, 3) nous montre la France
Pleine de mœurs et de courages.
Coutumier. — Accoutume, habituel. — V. 1160.
De même Tristan , dans un sonnet intitulé l'Infante Isabelle à l'agonie {Mélanges) :
Sa belle âme exerçant sa bonté coutumVere.
La Bruyère (De quelques usages) et Voltaire constatent avec regret que ce mot est tombé en désuétude. André Chénier écrit même : « Je regrette beaucoup ce mot-là, surtout après l'usage qu'en a fait Corneille dans Polyeucte. » De nos jours, coutumier a été quelquefois repris.
Croître. — Activement. — V. 309.
En dépit de Yaugelas, Corneille, d'accord avec l'Académie, a employé souvent activement le verbe croître; ainsi dans Clitandre IV. 558) :
.... Tout ce que j"ai fait contre mon ennemie Sert à croître sa gloire avec mon infamie.
On trouve quelques exemples de cette tournure dans Racine.
Croyance. — Où l'on dirait plutôt aujourd'hui créance. — V. 5.
« Comme croyance et créance ne sont que la double prononciation d'un même mot, ils doivent nécessairement se rapprocher singulièrement dans la signification. Toutefois l'usage a profité de ces deux prononciations pour introduire les nuances suivantes : au sens de croire une chose quelconque ou une religion, croyance est présentement plus en usage que créance; mais, au sens de confiance, créanci est employé de préférence à croyance. » [Dictionnaire de Littré.) Cette distinction n'était pas encore bien établie au xvii^ siècle; car on lit en lfi94 dans la Dictionnaire de V Académie : « Croyance signifie aussi la confiance qu'on a en quelqu'un... En ce sens quelques-uns écrivent et prononcent créance. »
Défaut. — Le coté faible d'une personne, comme on dit : le défaut de la cuirasse. — V. 104.
De même Bossuet [Sermon sur V Ambition, ii) : « J'étudierai le défaut de leur politique et le faible de leur conduite. »
Défenses. — Excuses. — V. 701.
Dénier. — Refuser. — Abrégé : « Cependant que les autres la dénieraient (la vénération) à ceux à qui elle appartient. »
De même dans le Saint Genest de Rotrou (V, vi) : Je n'ai pu dénier cet oftice à leurs larmes.
Déplaisir. — V. 115, 4H, 480, 871 et 1067. Ce mot a perdu beaucoup de sa force depuis le xvu*' siècle, comme le prouvent de nombreux exemples; nous n'en relèverons qu'un,
mais il est concluant; au roi, qui lui demande comment il supporte la mort de sa fille, le vieil Horace répond [Horace, v. 1459) : Sire, avec déplaisir, mais avec patience.
Dessein [Faire im). — V. lo.
« On ne peut dire faire un dessein, écrit Voltaire dans une note sur le vers 703 d'Héraclius : cela n'est pas français... On ne fait point des desseins, on fait des projets. » — On lisait déjà dans Cinna (v. 1628) :
J'avais fait ce dessein avant que de l'aimer,
et le scrupule de Voltaire ne paraît pas fondé.
Dessiller. — Ouvrir fen parlant des yeux). — V. 47 et 1726.
Ce mot, dont l'orthographe est mauvaise, puisqu'il vient de cil, est aujourd'hui tombé en désuétude. Racine Fa encore employé dans Esther (v. 1178), et il était d'un usage fréquent au temps de Tolyeucte; nous le trouvons en effet dans la Mort de Mithridate (III, m) de La Calprenède (1635) :
Leur extrême bonté m'a dessillé les yeux,
dans le Comte d'Essex (Ilf, i) du même poète, imprimé en 1639 : Et dessiller les yeux de tant de gens d'honneur,
et dans le Saint Genest de Rotrou (II, iv) :
Et, pour me les ouvrir, dessille-moi les yeux.
Ce dernier .vers indique même exactement le sens propre du verbe dessiller, qui est séparer les cils joints; il paraît que les fauconniers avaient coutume de ciller ou coudre les paupières de leurs oiseaux; ils les rendaient momentanément aveugles pour les apprivoiser. Voir un article de M. Michel Bréal [V Histoire des mots) dans la Revue des Deux Mondes du 1" juillet 1887.
Dessous. — Préposition, pour sous. — V, 514.
Avant Vaugelas, cet emploi était courant; c'est lui qui a édicté que dessous ne pouvait être qu'adverbe; depuis cet arrêt. Corneille n'a plus employé que rarement dessous comme préposition; mais, sauf ^n deux endroits, il l'a laissé partout où il l'avait mis. Voltaire le lui a reproché; mais il a lui-même écrit dans une Êpitre à Desmahis :
Vous dormez dessous les courtines.
Détester. — Repousser avec haine. — V. 641, 1052, 1668 et 1735.
Encore un mot qui, depuis le xvii^ siècle, a perdu beaucoup de sa force. Au vers 641, Corneille l'oppose à abhorrer, comme Racine {Vhèdre,l\, v) dans ce vers de Phèdre à Hippolyte :
Je m'abhorre encor plus que tu ne me détestes. Dans ces deux vers, l'un et l'autre poète a très bien marqué la
LEXIQL'E. 217
nuance qui distingue les deux verbes : « Suivant Tétymologie, on abhorre tout ce pour quoi on aune horreur, une répulsion; on déteste tout ce que l'on veut écarter, tenir loin de soi. Dans abhorrer et détester, le sentiment que l'on ressent n'est pas le même : avec le premier on frissonne, avec le second on repousse. C'est pour cela que les auteurs de synonymes ont dit que détester s'applique à ce qu'on ne peut estimer, à ce que l'on condamne, à ce que l'on juge mauvais; et que abhorrer s'applique à ce qui excite antipathie, répugnance. » {Dictionnaire de Littré.)
Devers. — Pour vers. — V. 827.
" Depuis quelque temps, ce mot a vieilli, dit Vaugelas dans ses Remarques en 1647, et nos modernes écrivains ne s'en servent plus dans le beau langage. Ils disent toujours vers. » En 1660, Corneille a refait le vers 1519 de Pompée pour y substituer vers à devers.
Die. — Pour dise. — V. 1707.
Vaugelas employait toujours cette forme archaïque, i^u'on trouve cinq fois dans Racine, notamment en 1674, deux ans après les Femmes savantes, dans Iphigénie (v. 1041). Ce n'est donc pas la forme die que critique Molière dans le sonnet de Trissotin, mais le peu de sens que présentent ces quatre mots : quoi qu'on die. Ce qui achève de le prouver, c'est que Molière lui-même a écrit deux fois die dans le Dépit amoureux (I, i et V, ix) et une fois dans l'Impromptu de Versailles (se. v). Mais en 1692 Thomas Corneille a substitué, toutes les fois(|u'il l'a pu, dise à die dans les œuvres de son illustre frère. C'est donc vers 1680 seulement que la forme die a cessé d'être employée.
Dispensé à. — Qui a dispense de, permission de, qui est autorisé à. — V. 797.
De même dans La Calprenède Mort des enfants d'Hérode, I, i) :
A quelles actions me suis-je dispensée
Qui vous puissent donner cette ingrate pensée?
dans les Captifs I, i^ de Rotrou :
Et la perte de l'un dispense au choix d'un aiure,
et dans son Saint Genest (I, i) :
Si la vérité Dispense les enfants à quelque liberté.
Voir encore la variante du vers 1101.
Le sens positif de ce verbe a vieilli assez tôt; le sens négatif, qui est le sens actuel, était déjà le seul connu au xvni*' siècle; car Voltaire met au vers de Polyeucte cette note : << Dispensée à n'est pas français; elle veut dire : serais-je autorisée à ? »
Donner (des combats). — Livrer des combats. — V. 1.^97.
De même Tristan [Plaidoyers historiques, XXXII" Plaidoyer) : « Dismoi... quel combat il s'est donné; » et Rossuet {Oraison funèbre de
Mnrie-TMièse : u David ne [donna jamais de plus beau combat. »
Douteux. — Indécis, incertain. — V. 67.
Cet emploi était assez fréquent au xyi*^ siècle. On le trouve encore i dans l'Alexandre de Racine (v. il 77) :
Oui, Taxile, mon cœur, douteux en apparence, D'un esclave et d'un roi faisait la différence.
Ébahi. — Qui reste bouche béante d'étonnement. — V. 794.
« Ébahi ne s'emploie que dans le bas comique. » (Voltaire.) Il n'en était pas ainsi au temps de Corneille, et M. Marty-Laveaux fait observer que Saint-Amant, lorsqu'il décrit pompeusement le passage des Israélites à travers la mer Roug-e, se sert du mot ébahi dans le style noble :
Les poissons ébahis les regardent passer.
Ce vers est d'ailleurs traduit du Moses viator du P. Ant. Nillien, et ébahi rend le latin attonitus, qui est très énergique. Voir plus loin étonné.
Écarté. — Hi^^toire écartée, histoire d'un pays oudhin temps fort éloigné de nous. — Abrégé : « Quand nous traitons quelque histoire écartée dont ils ne trouvent rien dans leur souvenir, etc. »
Corneille a encore employé le verbe écarter avec le même sens dans V Imitation {il j :
Ces mines fécondes Que la nature écarte au bout des nouveaux mondes.
Échapper (S'). — Se laisser aller à son emportement. — V. 437. De même dans l'Inconnu (IV, ii) de Thomas Corneille : Je sors pour ne 7ne point échapper devant vous.
Éclaircir. — P Éclaircir une chose à quelqu'un, la lui rendre rlaire, intelligible. — V. 387 et 404.
De même dans une Lettre de Corneille : « Pour vous éclaircir ceci. »
2° Éclaircir quelqu'un d'une chose, l'éclairer sur cette chose. — Abrégé : « Néarque l'ayant éclairci du scrupule où il était. »
Efficace. — Efficacité. — V. 30.
Ce substantif, qui a vieilli, excepté dans le langage théologique, était seul en usage au temps de Polyeucte. Molière l'emploie dans la Préface des Précieuses ridicules et dans M. de Pourceaugnac (I, viii). En 167 i-, le P. Bouhours déclare nettement qu'efficacité » n'est point français ». Richelet le premier donne efficacité dans son Dictionnaire (1680). D'Aisy rejette encore ce mot dans son Gétiie de la langue
française {\QSb). — « L'Académie, dans les trois premières éd. 1694, 1718, 17tO, dit : « Efficacité signifie la même chose qu'efficace, mais il est moins en usage, et il se dit principalement de la grâce. » La 5^ éd. 1799 dit au contraire : « mais il est beaucoup plus en usage. » (M. LivET, Lexique des Précieuses ridicules.)
Effort i Se faire un). — Pour faire un effort sur soi-même, se déterminer à une chose, bien quil en coûte beaucoup de la faire. — V. 1354, 1596 et 1689.
De même dans le Mithridate de Racine (v. 415) :
Malgré tous les efforts que je pourrais me faire.
Égal. — Indifférent, sens latin. — Y. 734. De même dans Nicoméde (II, i) :
... Le prends-tu pour homme à voir d'un œil égal Et l'amour de son frère et la mort d'Annibal?
Égarer. — Au figuré, détourner, écarter. — V. 33. Ému. — Soulevé, agité par l'émeute. — V. 1493. De même Bossuet (Oraison funèbre de Michel Le Tellier) : « L'archiduc... fit connaître au peuple ému, si toutefois un peuple ému connaît quelque chose, qu'on ne faisait qu'abuser de sa crédulité. » Encore que. — Pour bien que. — V. 1338.
Cette locution, très fréquente chez Corneille et les écrivains du xvii^ siècle, se trouve encore dans le Siècle de Louis XIV de Voltaire (xxix) : K Encore que les Hollandais eussent pris Pondichéry... »
^ Ennui. — V. 23 et 772.
. Le sens de ce mot s'est beaucoup affaibli depuis le xyii^ siècle, où on l'appliquait aux plus grands tourments de l'àme. Le vers suivant d'Iphigénie, demandant la vie à son père, nous muiitrera quelle force ce mot a encore dans Racine :
Si d'une mère en pleurs vous plaignez les ennuis.
ilphigénie, IV, iv.)
Entendre. — Comprendre. — V. 1418, 1540, 1663 et 1771. De même Racine, dans la Préface de Bérénice : « Il parle de j^rotase comme s'il entendait ce mot. »
Épandu. — 1° Au sens propre, versé. — V. 489. Voltaire déclarait ce mot vieilli, et, en 1660, Corneille a substitué répandus h épandus dans ce vers de la Place Royalp (i) : Et lors que de soupirs et de pleurs épandus!
S'il ne Ta pas fait au vers 489 de Polycucte, c'est peut-être par respect pour l'euphonie. Les poètes romantiques ont repris épandrc et épandu.
2** Au figuré, qui s'est épanché, comme fait une eau. — V. 1775.
De même dans l'Imitation (IV, 380; :
Un plein repos dans mon âme épandu.
Esprits. — 1° Au pluriel, avec le sens du singulier. — V. 579. On trouve encore dans Voltaire {la Mort de César, III, ii) un exemple de ce pluriel poétique:
D'horreur et de pitié mes esprits déchirés.
2« Sentiments. — V. 483.
De même dans Pompée (v. H9oj :
Ainsi que la naissance, ils ont les esprits bas.
Étonner. — V. 85, 361 et Abrégé : « Étonnant tout le monde. » Ce mot, qui a beaucoup perdu de son énergie, s'employait encore au xvn^ siècle dans des acceptions très fortes, voisines du latin attonitus. « Nous appelons attoniti, dit Sénèque, ceux que le bruit de la foudre a frappés de stupeur. » On le trouve avec des noms de personnes et des noms de choses : « Il faut d'extraordinaires accidents pour m' étonner. » Faret, Lettre à M"^*^ Desloges, dans le Recueil de Lettres nouvelles des meilleurs auteurs de ce temps (1539 , Lettre IIL)
Je sens manquer la force à mes setis étonnés.
Corneille, la Suite du Menteur, v. 1680.;
Étonnement Sans). — Sans se laisser étonner (voir le mot précédent . — V. 995.
Être En). — E[nployé absolument: être d'un complot. — V. 807. De même dans Pompée 'v. 1361; :
Mes esclaves en sont.
Exténué. — Affaibli, amoindri. — V. 698.
Se rattache à la même raciue que ténu, ténuité. — De même Corneille dans Agésilas (v. 1401) :
Votre ardeur, à force d'éclater.
S'exhale, se dissipe, ou du moins s'exte'nue.
Fâcher. —V. 1050.
Ce verbe s'ejnployait, au temps de Corneille, dans le style le plus noble, avec le sens de : causer de la douleur, de l'indignation. A la mort de M™^ de Fontanges, Louis XIV écrit au duc de Noailles : « Quoique j'attendisse il y a longtemps la nouvelle que vous m'avez mandée, elle n'a pas laissé de me surprendre et de me fâcher. » [Extrait de la correspondance de la famille de Noailles, cité par M. Godefroy dans son Lexique de la langue de Corneille.) Mais, dès le temps de Voltaire, fâcher avait perdu sa force et sa noblesse : voir le Commentaire d'Horace (v. 616) et celui de Nicoméde (v. 1307).
Faire f C'est à faire à). — En être quitte pour. — V. 1508.
Cette tournure subsista durant tout le xvu^ siècle; on la trouve
dans une comédie de Baron, Coquette et fausse prude (IV, x) : « Mais n'importe, cest à faire à être un peu grondée. » Fantaisie. — V. 733.
^^ Fantaisie signifiait autrefois l'imagination» {\olt aire, Dictionnaire philosophique, fantaisie.) Brouiller la fantaisie a donc le sens de troubler Vimagination. De même dans la Mariamne de Tristan (V, in) :
L'excès de cet ennui brouille sa fantaisie, et dans les Captifs de Rotrou (V, ii) :
Elle t'aurait bientôt brouille' la fantaisie.
Félicités. — V. 1324 et lo34.
(( Ce mot ne se dit guère en prose au pluriel, par la raison que c'est un état de l'àme, comme tranquillité, sagesse, repos; cependant la poésie, qui s'élève au-dessus de la prose, permet qu'on dise dans
Ou leurs félicités doivent être infinies. »
{YoLTWRE, Dictionnaire philosophique, félicité.) — Littré et M. Godefroy ont relevé deux exemples en prose [de ce pluriel, le premier dans les Lettres de Balzac, le second dans celles de Racine.
Flamme. — Amour. — V. 213.
On avait, au xviie siècle, une si grande habitude d'employer ce mot au figuré qu'on en oubliait le sens propre, et qu'on arrivait à des (' cacophonies d'images », qui indignèrent Théophile Gautier. Jamais il ne pardonna à Molière les deux derniers vers de Tartuffe:
Et par un doux hymen couronner en Yalère La flamme d'un amant généreux et sincère.
Voir les Souvenirs littéraires de M. Maxime du Camp. — Dans le premier tiers du xvii« siècle, on disait aussi braise pour amour; mais, dès 1644, Corneille a remplacé braise par flamme dans la Suivante (y. olO et 638).
Flatter. — Abuser, en donnant un faux espoir. — V. 328.
De même dans Nicomède (v. 1423) :
Pour ne vous point flatter, je n'en veux pas répondre.
Forcer. — Vainf-re, triompher de. — V. 1601. De même dans le Cid (v. loo3-lo54) :
Va, songe à ta défense, Pour forcer mon devoir, pour m'imposer silence.
Foudre. — V. 713, 1017, il'SS, et Dédicace, dernier vers du sonnet.
« Ce mot, disait Vaugelas en 1647, est l'un de ces noms substantifs que l'on fait masculins ou féminins, comme on veut. On dit donc également Ijien le foudre et la foudre, quoique la langue française ait une particulière inclination au genre féminin. » Dans Corneille on trouve beaucoup plus souvent le foudre que la foudre, et
même, en 1660, il a retouché trois vers du Cid (390), Oî Horace (1315) et du Menteur (971), pour que foudre y soit masculin. — On dit encore « un foudre de guerre ».
Fourni. — Rempli d'événements. — Examen : « Aussi ne les ont-ils pas rendus leurs foémes) assez fournis pour notre théâtre. »
Fournir était un terme de poétique théâtrale, et, dans sa P/Y(tique du Théâtre (III, 5), l'abbé d'Aubignac dit de Corneille lui-même que, dans Horace, « il fournit assez bien son théâtre par le mariage qu'il suppose de Sabine avec Horace ».
Gêner {Se,. — V. 1471.
Ce verbe a aujourd'hui, comme le mot ennui, perdu prcst^ue toute sa force. Il avait encore au xvu^ siècle toute l'énergie du sens étymologique. Gêne est une contraction du mot géhenne, qui, dans le JSouveau Testament, désigne l'enfer, par allusion à la vallée de Hinnom, Ghé-Hinnom, près de Jérusalem, où se faisaient les cérémonies du culte de Moloch, divinité phénicienne, à laquelle on sacrifiait des enfants, avant l'arrivée des Hébreux en Palestine. La gêne, c'était au xvii^ siècle la question; gêner, c'est donc, au propre, donner la c^uestion, et, au figuré, tourmenter cruellement. C'est avec ce dernier sens que nous trouvons ce verbe dans la Mort de Mithridate (V, vij de La Calprenè^e :
Un simple souvenir fait naître des remords Qui fjênent mon esprit de plus de mille morts,
et dans un grand nombre de vers de Corneille et de Racine ; Voltaire
lui-même a employé gêner avec cette acception dans Mariamne (V, vu) :
D'où vient qu'on m'abandonne au trouble qui me gêne?
bien qu'il ait, dans son Commentaire d'Héraclius, reproché sans raison à Corneille de l'avoir fait.
Gloire. — 1° Réputation, honneur d'une femme, et sentiment qu'elle a de cet honneur. — V. 550, 551 et 553.
De même dans VIphigénie de Racine (V, u) :
Ma gloire vous serait moins chère que ma vie I
2" La gloire céleste, la béatitude céleste. — \. 1090, 1263, 1522 et 1679.
Nous retrouverons cette expression théologique dans VOraison funèbre du Prince de Condé : « Comme, dans la gloire éternelle, les fautes des saints pénitents ne paraissent plus, etc. »
Gros {Un gros de). — Une grande troupe de. — V. 278.
De même dans Théodore (v. 1798) :
Suivi à'îin gros armé f/'amis et de valets.
Heur. — Bonne chance, bonheur. — V. 99, 066 et 1207.
Après avoir été très employé durant la première moitié du xviie siècle (notamment par Corneille), ce mot cessa d'être à la mode. En 1680, Richelet dit dans son Dictionnaire : « Il est bas et peu usité, » et, quelques années après, La Bruyère constate sa fin {De quelques usages) : « Heur se plaçait où bonheur ne saurait entrer; il a fait bonheur, qui est si français, et il a cessé de l'être. » On dit encore aujourd'hui cependant heur et malheur.
Honnête (Honnête homme). — V. 182 et 1303.
L'honncte homme n'était pas seulement au xvii^ siècle un homme d'honneur, mais encore un homme élégant et de bonnes manières : « Honnête homme, dit le Dictionnaire de l'Académie (1694), outre la signification qui a été touchée au premier article, et qui veut dire homme d'honneur, homme de probité, comprend encore toutes les qualités agréables qu'un homme peut avoir dans la vie- civile. » Dans son manuel de l'Honnête Homme ou l'Art de plaire à la cour (1630), Nicolas Faret cherche à la fois à former un homme de bien et un homme aimable, de bonne compagnie. Sévère est l'idéal rêvé par Faret : c'est un homme d'honneur et de probité, qui parle le langage recherché de la meilleure société. — Ajoutons qu'honnête homme a désigné quelquefois simplement un homme bien né.
Hostie. — Victime. — V. 1720.
De même dans la Clarionte (1636) de La Calprenède (IV, 11) : Je mets en votre garde et l'une et l'autre hostie.
Cependant cet emploi n'était déjà plus très répandu, si nous en croyons une anecdote bien connue, qui prétend qu'à la représentation de la Mort cV Agrippine de Cyrano de Bergerac (1653) les spectateurs s'indignèrent d'un vers du quatrième acte (scène iv) :
Frappons! Voilà Vhostie, et l'occasion presse,
se levèrent en tumulte, et s'écrièrent : « Oh! le méchant! comme il parle du saint sacrement!» Mais l'anecdote est suspecte, d'autant plus suspecte que La Fontaine dira en 1685 dans Philémon et Baucis :
Du céleste courroux tous furent les hosties.
II est peu probable que, malgré son goût pour les archaïsmes, il eût employé ce mot en 1685, si trente ans auparavant il avait déjà cessé d'être compris en dehors de son sens religieux.
Humain iL';. — Substantivement, dans le sens neutre; latinisme. — La nature humaine, l'humanité. — V. 1790.
Idée. — Image. — V. 731 et 1145.
Voltaire a écrit dans son Dictionnaire philosophique : « Qu'est-ce qu'une idre?Cest une image qui se peint dans mon cerveau. » Cette définition rarjpelle le sens étymologique du mot idée; c'est dans ce sens que Corneille l'emploie dans Polyeucte et dans le Menteur (v. 1093), et que Racine l'emploiera encore dans Athalie (v. 520) :
Mais de ce souvenir mon âme possédée
A deux fois en dormant revu la même idée.
Les deux poètes ont fait volontiers rimer idée avec 2^ossédée.
Illusion. — V. 60.
« Faus>o apparence que l'on attribuait au démon ou à la magie. Ce sont des illusions du démon. » [Dictionnaire de Littré.)
Impénétrable. — Au figuré, dans lequel on ne peut faire impression. — V. 1691.
« Imjjénctrablc, dit Voltaire à propos de ce vers, n'est joas le mot propre; il signifie caché, dissimulé, qu'on ne peut découvrir, qu'on ne peut pénétrer, et ne peut jamais être mis à la place d'infleocihle. » Pourquoi? Sans doute ce n'est pas la signification ordinaire de ce mot ; mais nous ne croyons pas qu'on soit en droit de reprocher à Corneille d'avoir pris impénétrable dans le sens d'insensible, dans lequel on ne peu{ faire impression, comme il l'a fait dans Polyeucte, dans Othon ; v. 488), et dans Vulchérie (v. 8^2), alors que pénétrer, au figuré, a le sens de faire beaucoup d'impression dans : « Sa voix douce pénétrait le cœur du jeune fils d'Ulysse » (Fénelon, Télémaque, XXIII.)
Initié de. — Comme ijiitié à. — Abrégé: « Si je ne me croyais point indigne d'aller à lui sans être initié de ses mystères. »
Injurieux. — Injuste. — V. 1394.
C'est le sons latin; nous le retrouverons encore dans Viphigénie de Racine (v. 879 :
La guerre dans Lesbos me fit votre captive.
Mais c'est pousser trop loin ses droits injurieux, etc.
Jusques. — V. 325 et 1545.
L'Académie, au temps de Corneille, autorisait encore jusques pour jusque; et, en 1666 même. Racine écrit jusques dans VÉpitre dédicatoire et dans la Première Préface de son Alexandre; mais déjà cette forme commençait à être bannie de la prose, et, en 1668, Corneille a substitué jusque k jusques dans son Discours de la Tragédie et dans quelques-uns de ses Examens.
LEXIQL'E. 225
Las! — Pour hclas! — V. 756.
Cette interjection, qui a vieilli, n'est autre chose que l'adjectif las; elle indiquait une sorte de fatigue morale, de dégoût mêlé de tristesse. Hélas! qui est seul usité aujourd'hui, est composé de las et de l'interjection hé! Ce qui prouve que las interjection est bien le même mot que las adjectif, c'est qu'autrefois, au féminin, on disait hé lasse! comme le montre cet exemple de Joinville : « Elle commença à mener moult grant deul, et dit : Hé lasse! » C'est, croyonsnous, dans Vompée (v. 1329) que Corneille a i)0ur la dernière fois employé las ! au lieu de hélas !
Lieu. — V. .389. .
Assez souvent Corneille et ses contemporains désignent d'une manière vague par ce mot une femme aimée; ainsi Tristan dans Vanthée (III, vi) :
Si le crime est si grand d'aimer en lieu si beau, et dans ses Amours [Les vains efforts, stances) :
Et l'on ne peut sans crime aimer en si haut lieu. -s
Longueur. — Lenteur, retard à agir. — V. 31.
De même dans la Médée de Corneille (V, i) :
Dépêche, ou ces longueurs t'attireront ma haine.
Mal. — Devant un adjectif, avec un sens négatif. — V. 273.
Voltaire n'a pas compris cet emploi, assez fréquent dans Corneille, et l'a blâmé. Cependant mal avec un sens négatif est resté dans un grand nombre d'adjectifs composés, comme maladroit, malhahile, malhonnête, malpropre, etc.
Manie. — Au sens grec, folie, égarement d'esprit. — V. 830.
Malherbe a dit de même (II, 12), en parlant des sectaires :
Depuis que parmi nous leurs brutales manies Ne causent que des pleurs.
Ce sens a vieilli, et manie ne désigne plus aujourd'hui qu'un travers d'esprit, une habitude bizarre et déraiso7mable ; Corneille Temploi déjà à peu près dans cette acception aux vers 1323 et 1373 de Polyeucte.
Marque. — V. 469.
Voltaire a remarqué que Corneille fait volontiers rimer marques avec monarques, et qu'il est assez difficile, le plus souvent, de préciser le sens qu'il donne au mot marques; il semble le prendre ici dans l'acception de qualités distinctives, comme dans Otiion (v. 926) :
Souvent un peu d'amour dans le comr des monarques Accompagne assez bien leurs plus illustres marques.
Même. — Sans articlo. — V. 152 et 897. Cet emploi est très fréquent dans Corneille; voir par exemple Otiion y. 34() et 347) :
J'ai mêmes déplaisirs, comme j"ai même Hamme; J'ai mêmes désespoirs.
Mêmes. — AdvcrLe. — V. 838.
Corneille applique ici une rè^de édictée pjar Yaugelas dans ses 'Remarques : « Même et mêmes adverbe. Tous deux sont bons, et avo( s et sans s; mais voici comme je voudrais user tantôt de l'un et tantôt de riiutre : quand il est proche d'un substantif singulier, je voudrais mettre mêmes avec s; et quand il est proche d'un substantif pluriel, je voudrais mettre même sans s, et l'un et l'autre pour éviter l'équivoque, et pour empêcher que même adverbe ne soit pris pour même pronom. Un exemple de chacun le va faire entendre : Les choses même que je vous ai dites me justifient assez, et : La chose mêmes que je vous ai dite, etc. » Mêmes adverbe avec s existait encore à la fin du xvn*' siècle, puisque dans toutes les éditiond'Esther publiées du vivant de Racine on lit ainsi le vers -2^3 :
Mêmes tu leur promis de ta bouche sacrée.
Mérite. — Homme de mérite. — V. Ol.o, 1295 et lo89.
De même iju'on disait ime beauté pour wie belle femme, il nous semble que Corneille a écrit ici un vrai, un rare, un grand mérite, pour uJi homme d'un vr^, d'un rare, d'un grand mérite; et ce qui achève de nous le faire croire, c'est que nous lisons dans l'exposition. do> Femmes savantes :
Et l'on peut pour époux refuser un mérite Que pour adorateur on veut bien à sa suite.
Mériter. — Être méritoire, style mystique. — V. 6o8.
De même dans la sixième Lettre de Pascal ci ^l"*" de Roannez : <( C^ ne sont ni les austérités du corps, ni les agitations de l'esprit, mais les bons mouvements du cœur qui méritent. »
Moins. — Pour le moins. — V. 1276.
A'oir Plus. — Cette tournure archaïque se rencontre encore daii> Tartuffe {\. 1941):
Pour montrer que son cœur sait, quand moins on y pense, D'une bonne action verser la récompense.
Moitié. — Épouse. — V. 11G6.
" L'usage, a dit Voltaire, a permis qu'en quelques occasions on I)uissc appeler sa femme sa moitié :
Mânes du grand Pompée, écoutez sa moitié.
Ce mot-là fait un effet admirable. C'est la moitié du grand PomjM-e qui iiarlc. " Aujourd'hui moitié ne s' emploie plus que dans le
LEXIUUE. -221
slylc lainilier; mais, dans ce vers de Polyeuclc, il e>l diin l'iTt-t ])raiicoup plus heureux que ne serait femme ou rpoui^e.
Mouvements. — V. 4oo.
On no trouve plus guère ce mot, dans le sens où remploie ici Corneille, qu'accompagné d'un détcrminatif : mouvement de colère, mouvement de répulsion, mouvement jaloux, comme dans ce vers de Bajazet (378j :
D'un mou cernent Jaloux je ne fus pas maîtresse;
mais Corneille et ses contemporains l'employaient absolument pour d^^signer les impulsions qui s'élèvent dans Vdme, les sentiments pa>^sionnès quilaremuent ; ainsi Bossuet, dans son Oraison funrhre de Marie- Thérèse : « L'amour peut bien remuer le cœur des héros du monde ; il peut bien y soulever des tempêtes, et y exciter des mouvements qui fassent trembler les politiques. » On verra dans la variante du vers oOO qu'en 1660 Corneille a substitué dans ce vers sentiments à mouvements ; il a fait en même temps le même changement au vers 947 de Cinna :
J'oljéis sans réserve à tous vos sentiments.
Objet. — Personne aimée. — V. 4o8, i'io et :i71. De même dans les Amours de Tristan (L'excusable erreur, sonnet) : Que Y objet est divin qui s'est fait mon vainqueur !
Ce sens s'est conservé assez longtemps ; car on lit encore e-i 1705 dans Vîdoménée de Crébillon (I, vi) :
Près de Vohjet enfin qui cause mon ardeur.
Œil {Un bel). — Pour une belle femme, une femme aimée. — Y. 87.
Cette expression était alors fort employée dans le style galant, car nous la trouvons dans les premières comédies de Corneille, dans son Horace (v. 570), dans la Sophonisbe de Mairet (II, vf) et dans la Clarionte (V, v) de La Calprenède (1636) :
Si jamais im bel œil triompha de votre âme.
Ordonner de Huelqu'un). — Ordonner, disjjoser de son sort. — V. 1030.
De même dans VAndromaque de Racine (v. 184) :
Et seul de tous les Grecs ne m'est-il pas permis D'ordonner d'un captif que le sort m'a soumis?
Ordre (Donner ordre éi). — Faire tout préparer pour. — V. 365. Dr iiiLMuedans Sertorius (ï, m) :
Moi, je vais donner ordre à le bien recevoir.
22S LKXlOLi-:.
Oter de. — V. 1220.
On lit dans le Commentaire do Voltaire : « On n'été point des périls; on vous sauve d'un péril; on détourne un péril; on vous arrache d'un péril. » Cette expression devait être usitée au temps de Corneille; car il emploie assez fréquemment oter de : ôter de souci, dans la Galerie du Palais, V Illusion romique et le Cid; ôter d'un doute, dans le Cid; oter de scnqmle, dans Pertharite.
Où. — Adverhe. — 1° Pour auquel, à laquelle, auxquels. — V. '60, 3o2, 1322 et 1768.
2° Pour vers lequel. — V. 1342.
S** Pour dans lequel, dans laquelle. — V. (3ol, 727, 728, 12:j0, 1o21, 1.374, et Abrégé : « L'ingénieuse tissure des fictions avec la vérité, oii consiste le plus beau secret de la poésie, » et : « Néarque l'ayant éclairci du scrupule où il était. »
Cet emploi de oii est extrêmement fréquent au xvn<= siècle, et, en 1647, Vaugelas écrivait dans ses Remarques sur la langue française : (c L'usage en est élégant et commode ; par exemple, le mauvais l'tat où je vous ai laissé est incomparablement mieux dit que le mauvais état auquel je vous ai laissé. Le pronom lequel est d'ordinaire si dur, en tous les cas, que notre langue semble y avoir pourvu en nous donnant de certains mots plus doux et plus courts, pour substituer en la place, comme où, en cet exemple. »
Outre (Encore un peu plus). — Quelque temps enaare. — V. 1129.
Dans cette locution, OH^re est employé adverbialement; plus outre signifie plus au delà, plus loin, dans la distance et dans le temps. Cettr expression a vieilli.
Ouverture de cœur. — Sincérité, franchif^e. — Examen : « Comme il ne parait personne avec qui elle ait plus d'ouverture de cœur (ju'avec cette Charmion. »
De même dans la dixième ProvincioJe : « Avec la même sincérité' et la même ouverture de cœur que s'il parlait à Jésus-Christ, dont le prêtre tient la place, » et dans une lettre du jeune Racine à M. Vitart (1602j: « Je lui ai tant témoigné jusqu'ici de soumission et d'ouverture de cœur, etc. » Cette locution n'est plus guère employée, mais on dit encore très bien à cœur ouvert pour avec franc/iise :
Pauline a l'àme noljle et parle à cœur ouvert (v. 463).
Parler à moi. — Pour mi- parler. — V. 788.
Cette construction, dit Chassang dans sa Grammaire franniisc Tours supérieur. Syntaxe du Pronom, § 224), (c est moins ordinaire aujourd'hui qu'autrefois; mais elle était la plus usitée au xvii« siècle.
Ex. : (( Je parle à vous comme à mon ami. » (MALHERiii:.) <( \'oici comme il faut parler à eux. » [M.) « Il parle à elle en tierce personne. » {Id.) « Xoiis avons des amis qui pourront parlera lui. » (Sévig.né.) »
Parmi. — Suivi dun substantif au singulier. — V. 193.
« Parmi ce grand amour est un solécisme, dit Voltaire; parmi demande toujours un pluriel ou un nom collectif. » L'abbé d'Olivet a également déclaré incorrect le vers 695 de Britannims : Mais parmi ce plaisir quel chagrin me dévore !
Voltaire et d'Olivet sont condamnés par l'usage, qui est en faveur de parmi en cet emploi, et par le sens étymologique du mot, qui est par le milieu de ;
Force moutons parmi la plaijie.
(La Fontaine, Fables, XI, i.)
Parricide. — V. 782.
« On ne se sert pas seulement du mot parricide pour signifier celui qui a tué son père, mais pour tous ceux qui commettent des crimes énormes et dénaturés de cette espèce, tellement qu'on le dira aussi bien de celui qui aura tué sa mère, son prince, ou trahi sa patrie, que d'un autre qui aurait tué son père, car tout cela- tient lieu de père. » (Vaugelas, Remarques .^^ C'est ainsi que d'Urfé, ou son continuateur Baro, a dit dans VAstrée (V, p. 331), en parlant de l'assassinat du grand Euric (Henri IV) : « Un parricide (tel peut-on bien appeler celui qui tua le père du peuple), etc. »
Passer par. — Actif, soumettre à Vaction de. — V. 1071.
De même dans V Illusion comique (v. 454) :
Vous aviez désolé les pays d'alentour
Fait passer par le feu villes, bourgs et campagnes.
On dit encore aujourd'hui : passer un soldat par les armes.
Penser. — Infinitif pris substantivement, \)0\xy pjensée. — V. 393, 1005, 1049 et 1059.
Cet emploi n'est pas de la création de Corneille, comme Ta cru Aimé-Martin. Penser, pour pensée, a d'ailleurs vieilli assez promptement; car en 1660 Corneille a fait disparaître cette forme d'un grand nombre de ses vers, et plus tard La Bruyère écrira (Dj quelques usages) : « L'usage a préféré... dans les noms pensées à pensers, un si beau mot, et dont le vers se trouvait si bien. » André Chénier {r Invention) a essayé de rajeunir pensers :
Sur des pensers nouveaux faisons des vers antiques.
Peste. — Au figuré. — V. 783.
De même Faret, parlant des flatteurs, dans son Honnête Uomnv' (Éd. 163i-, p. 121) : « Oh! que les Princes sont malheureux, qui, au lieu de fidèles serviteurs, se trouvent environnés de ces pestes publiques, qui infectent leurs esprits de mille imaginations vaines et
folles, dont leurs peuples ressentent après de si funestes effets! » Pitoyable. — Enclin à la intié, compatissant. — V. 1010. De même dans Molière {l'Étourdi, II, vm) :
Je jette encore un œil pitoyable sur vous.
Plaît ill). — Suivi d'un infinitif, sans préposition intermédiaire.
C'est dans Corneille la conslruction la plus fréquente : «. Il faut dire : la faveur qu'<7 vous a plu me faire, la grâce qiiil vous a plu iri accorder, qui est meilleur que : la faveur quVZ vous a plu de me faire, etc, » (Marguerite Blffet, Observ., p. HO, 1668, passage cite par Litlré, au mot Flaire.)
Plus. — 1° Pour le plus, comparatif à la place du superlatif.
De même dans la Clarionte (1636) de La Calprenède (I, n) : Où les crimes plus noirs se fout sur les autels, et dans sa Mort de Mithridate (1635, II, iv) :
Enfin je possédais l'abrégé plus parfait
Des ouvrages plus beaux que la nature ait fait.
Cet archaïsme se trouve encore aux vers 623 et 873 de Bajazet et dans la 'Recherche de la Vérité (IV, vu) de Malebranchc (1675) : « Les expériences ordinaires sont peu dignes de leur application; mais ces expériences rares et surprenantes, qui ne nous peuvent jamais éclairer l'esprit, sont coJles qu'ils observent avec plus de soin. »
2° Plus... plus, exprimant une augmentation corrélative, sans que le parallélisme des plus soit observé comme aujourd'hui. — V. 99 et 100.
De même dans le ('omfr d'Esseœ (II, i) de Thomas Corneille : Devient plus violent, plus il se voit gêné,
pour : plus il se voit gêné, plus il devient violent, ou : il devient d'autant plus violent qu'il se voit plus gêné.
Corneille, au vers 1564 de Polyeucte, « a même supprimé un des plus et renversé la phrase :
Mais, malgré ma bontés qui cvo'it plus tu l'irrites...
Cela signifie iplus tu irrites ma honte, plus elle croit. Cette tournure vive est à recommander. » {Dictionnaire de Littré.)
Pompeux. — En parlant des personnes, triomphant, dans l'appareil et l'orgueil du triomphe. — V. 1118.
De même dans Boileau {Satire I, v. 72} :
On le verra bientôt, pompeux en cette ville. Marcher encor chargé des dépouilles d'autrui.
Possédé de, posséder. — Dominé moralement par. dominer morainndnt. — V.20 et 1147; 337 et lc37.
LEXIQL'E. 231
De même Racine diiiis Athali-^ v. olU) :
Mais (/e ce souvenir mon âme possédée, et dans Britannicus (y. 7*o) :
Cet amour, Seigneur, qui vous possède.
Pousser. — Proférer. — V. 440.
Cet emploi, condamné par Voltaire, est très fréquent au xvii'' siècle; ainsi Pascal, dans la troisième Provinciale : « D'où vient qu'on pousse tant d'imprécations? » On trouve même dans les Po'.'i2Vs de Scudôrv, dans VÉcole des Femmes de Molière (I, v), et dans une Litre de Bayle (iQl i) jioiisseurs et polisseuses de beaux sentiments.
Pratique. — Manière d'agir. — Y. 1460.
Emploi fréquent; ainsi dans le Prologue de V Amphitryon de Molière :
Ses pi-atiifues, je crois, ne vous sont pas nouvelles.
Prêt à. — Où l'on dit aujourd'hui près de. — V. 1132. Cet emploi est très fréquent au xvii^ siècle; ainsi dans Ylphigénie de Racine (v. 1406) :
Regarde quel orage est tout prêt à tomber.
Prétendre {quelque cliosr). — Réclamer, exiger comme un droit. — V. 384.
De même Malherbe : « Les prêtres prétendent exemption des frais de la guerre » (Éd. Lud. Lalanne, 1, 397, cité par M. Ch. Livet dans son Lexique de VAvare), et La Fontaine [Fables, I, vi) :
Comme le plus vaillant, Je prétends la troisième (part).
Priser. — Estimer, apprécier. — V. 963 et 1360. Ce mot ne s'emploie plus qu'assez rarement. Proche. — Aj(jctif, voisin, prochaiji. — V. 277. De même dans VŒdipe de Corneille (v. 1006) :
Au pied de cette roche Que de ces tristes murs nous voyons la \hi?i proche.
Purger. — Purifier, épurer. — V. 47.
De même dans Vlmiiation (111) : « purger ce cœur. » On disait aussi purger de pour purifier, laver de :
Purgé de ses forfaits par l'eau du saint baptême.
(RoTROu, Saint Genest. IV, vi.)
« Lecteur, accuse-moi de trop d'ambition ou de peu de jugement;
sans me purger de l'un ou de l'autre, je dirai seulement, etc. » Avia au lecteur du Grand Sélim, tragédie imprimée sans nom d'auteur à Paris (164o).
Racine a employé trois fois ce verbe dans Phèdre [V. 969, lOiO et 106i). Purger était au xvji'^ siècle du style noble, et ne cho<iuait pas les personnes qui allaient rir<' à r Amour méd''-in. à M. '/'■ pnur-
roaufjnar et au Malade imafjinairc . N'ai ne trouvait ridicule ce voi> de la Sophonisbe de Mairet (I, i) :
Je serai satisfait quand tu te purfjeras.
C'était aussi d'ailleurs un terme de poétique : purger les passions. Corneille parle fréquemment de la purgation des passkms dans la tragédie par le moyen de la pitié et de la crainte,
Que Xe... point...]. — Si ce n'est {ne... pioint... sinon; ne... pas d'autre... que). — V. 1167.
« Point est ici une faute contre la langue. » (Voltaire.) Vaugelas et Ménage s'étaient, avant Voltaire, élevés contre cet emploi; mais il est très fréquent au xvi^ siècle, et même au xvn*^ : « Lorsqu'ils [les honnêtes gens) veulent se mêler de faire des contes, ils n'en font j)oint que de plaisants. » (Faret, VHonnétt Homme, Éd. 16.34, p. 193.) « Il n'y ix point de bon poète que ceux qui le sont naturellement. » (Racine, Remarques sur les Olympiques dePindare, Ode IL)
Que si. — Pour si. — V. 819.
Ce latinisme se rencontre assez souvent dans Bossuet : « Que si le mort n'était convaincu d'aucune faute, on l'ensevelissait honorablement. )> [Dise, sur VHist. unir., III, ni.)
Quérir. — Chercher, avec mission d'amenor. — V. 1097.
« Quérir ne se dit plus, » écrit Voltaire, et, dès 1690,Furetière déclarait que c'était un « vieux mot ». Il s'emploie cependant encore aujourd'hui à l'infinitif, avec les verbes aller, venir, envoyer. Le substantif quête, avec le sens de recherche, s'est conservé durant tout le xvii^ siècle; nous le trouvons dans la Bradamante (IV, i) de La Calprenède (1637) :
Allons et poursuivons la quête jusqu'au bout, dans VÈtourdi (V, xiv) et dans V Avare (V, v) de Molière.
Qui. — Précédé d'une préposition et se rapportant à un nom de chose, pour lequel. — V. 538 et 803.
Vaugelas et après lui tous les grammairiens ont déclaré que « qui, au génitif, datif et ablatif (c'est-à-dire régi par de^ à, par, ou par quelque autre préposition), en l'un et en l'autre nombre, ne s'attribue jamais qu'aux personnes. » Mais les meilleurs écrivains du xvii^ siècle se sont affranchis de cette règle en vers et même en prose; ainsi Molière dans son Bon Juan (III, m) : « ...lui faire une de ces injures powr qui un honnête homme doit périr. »
Qui? — Interrogatif neulre, ])our qu'est-ce qui? — V. 1542 et 1717,
Cet emploi archaïque se trouve encore dans le Menteur (v. 471), dans La Fontaine {Fables, II, v) :
Qui fait l'oiseau? C'est le plumage.
LEXIQCE. 233
't dans le MUhridale de Racine '\. i06o; :
Contre un si juste choix ç«/ peut vous révolter ?
Voir aussi le Misanthrope (v. 832).
Rage. — 1° En rage. — V. io04.
£« ?Y/^{? s'employait alors dans lo style tragique; Corneilb-' avait ■rrit déjà dans sa Médf-e (v. 1357) ;
Créon sort tout en rage.
2° Rages, au pluriel. — V. 2't2.
« Rages ne se dit plus au pluriel, écrit Voltaire au sujet de ce vers ; je ne sais pourquoi; car il faisait un très bel effet dans Malin-rbe et dans Corneille. » Malherbe a dit, en effet, dans ses Odes III, ni, Pour la mère du roi) :
Et déjà les roges extrêmes,
Par qui tombent les diadèmes, etc.
Ramassé. — Rassemblé, réuni. — V. 2oo.
Ramasse est dans ce vers pris en mauvaise part, comme l'est I ou jours le mot ramas :
D'un ramas d'étrangers l'indiscrète fureur.
(Racine, Alhalie, v. 1657.)
Réclamer. — Implorer, invoquer. — V. 237 et 915.
De même dans le Fetit Carême de Massillon [Sur l'humanité des 'jrands envers le peuple) : « La misère ose rarement réclamer les lois établies pour la protéger. »
Remis. — Sens latin, posé, rassis, calme. — V. 1040.
Ce sens, qui vieillit, se trouve plusieurs fois dans Corneille. Bossuet a dit aussi : « Les actions de respect demandent une contenance remise et posée. » [Sermon sur la compassion de la sainte Vierge.)
Remise. — Retardement. — V. 23 et 1655.
De même Voiture [Lettre XVIII; : « Je suis sur le point de partir sans aucune remise. »
Résigner [une chose\ — Se démettre d'une chose, Vahandonner en faveur de qudqu'un. — V. 1300.
De même dans les Essais de Montaigne (I, xsiv) : « Héraclitus résigna la royauté à son frère. »
Retenue. — Modf^ration. — V. 585.
De même dans Bossuet [Oraison funèbre d'Yolande de Monterby) : « Elle savait donner de la retenue aux langues les moins modérées, » et dans Racine [Èpiire dédicatoire de Rritannicus) : « La modération n'est
qu'une vertu ordinaire quand elle ne se rencontre qu'avec des qualités ordinaires. Mais qu'avec toutes les qualités et du cœur et de l'esprit... vous ayez encore cette sage retenue que tout le monde admire en vous, c'est sans doute une vertu rare en un siècle où l'on fait vanité des moindres choses. »
Rêver. — Activement, voir en rêve. — V. 4 et 1169.
De même Pascal [Pensées, III, xiv) : « Si nous rêvions toutes les nuits la même chose, elle nous affecterait autant que les objets que nous voyons tous les jours. »
Rompre [un ch-ssein, une chose, un coup). — Au figuré, empêcher viohinm'nt l'accomplissement d'un dessein, ompècher violemment unr chose d'avoir lieu, empêcher un coup d'' porter, prévenir un r-oup. — V. o6, 64, nio, 65 et l-ïOl.
Voltaire a écrit au sujet des vers o6, 64 et 6o : « Les rompre, à demi rompu, rompez. Ce mot rompre, si souvent répété, est d'autant plus vicieux qu'on ne dit ni rompre un dessein, ni rompre un coup. » Voltaire se trompe : on trouve rompre un dessein dans les meilleurs écrivains du xvii*' siècle, notammr^it dans le dernier vers du Misanthrope :
Allons, Madame, allons employer toute chose Pour rompre le dessein que son cœur se propose.
Quant à l'expression rompre un coup, elle est fréquente dans Corneille :
Pour bien rompre le coup d'un malheur si pressant. Peut-être que son art n'est pas assez puissant.
{La Toison d'Or, v. 1836.)
Et Corneille avait raison d'employer cette excellente expression, que l'on rencontre assez souvent chez ses contemporains, et encore dans une curieuse lettre que Racine écrit du camp près de Xamur à Boileau, le lo juin 1692 : « Un de ces gabions sauva peut-être la viiau Roi, ou à Monseigneur, ou à Monsieur, qui tous deux étaient à ses côtés; car il rompit le coup d'une balle de mousquet qui venait droit au Roi, et qui, en se détournant un peu, ne fit qu'une contusion au bras do M. le comte de Toulouse, qui était pour ainsi dire dans les jambes du Roi. »
Séduire. — 1° Détourner du chemin de la vérité, faire tomber dans l'erreur. — V. 807 et 1283.
De même Bossuet dans l'Histoire des Variations (XI, 18) : « Une femme italienne avait apporté en France cette damnable hérésie; deux chanoines d'Orléans, qui étaient en réputation, furent les pre-
micrs scdaits. » —Le démon est qiiol<iiiefois appel)'' Vcsprit aèdarieuv. 2° Au figuré, tromper, abuser. — V. lljol et 1707. De même dans V Andromaque de Racine (v. 7^3) : Cher Pylade, crois-moi, ta pitié te séduit.
Sentiments. — Amour. — V. 1238.
Dans ce sens, le Bictionnaire de Littré cite, après ce vers, une plirase de M°^® de La Fayette {la Princesse de Clèves) : « Son sentiment était si profond, que rien au monde ne pouvait la distraire des objets qui servaient à le nourrir. »
Si peu que. — Le peu que. — V. 761.
(( Si peu que j'ai d'espoir n'est pas français; il faut le peu que. » (Voltaire.) Voltaire se trompe : « Au xvn*^ siècle, dit Chassang dans sa Grammaire française {Cours supérieur, § 419 ter), si peu que équivalait à le peu que. Ex. : « Ils consumaient si peu qu'iU avaient de force à se supplanter les uns les autres. » (Mézeray, A6r. de Uhistoire de France, ann. 4oo.) »
Soi. — Où nous mettrions aujourd'hui lui-même ou lui. — Y. 912.
« Soi ne se dit qu'à l'indéfini; il faut faire quelque chose pour soi, il travaille pour lui. » (Voltaire.) La grammaire en effet donne raison à Voltaire; elle veut qu'on emploie soi seulement lorsque le sujet de la phrase est indéterminé {on, chacun, quiconque, etc.), et qu'on emploie lui, elle, comme pronoms personnels réfléchis, lorsque le sujet est un nom déterminé de personne (ce^ homme, la reine, etc.). Dès le xvn'' siècle, Vaugelas, le P. Bouhours et Thomas Corneille reconnaissaient cette règle; mais les meilleurs auteurs, Pascal, Boileau, Racine, La Fontaine, Fénelon, s'en sont affranchis; La Bruyère écrit, avec un nom de personne pour sujet déterminé, tantôt lui, tantôt soi : « Le diplomate lais-e voir en lui quelque sensibilité pour sa fortune, » et « Gnathon ne vit que pour soi ». Soi était un latinisme, qui donnait plus d'exactitude et de clarté au langage, marquant, bien mieux que ne le fait lui, le rapi)ort avec le sujet. Remplacez soi par lui dans ce vers de Polyeucte, et il devient mauvais; faites la même substitution dans ces vers de Molière {Amphitryon, I, ij) :
Toi, Sosie? — Oui, Sosie; et si quelqu'un s'y joue^ Il peut bien prendre garde à soi,
et il se produit une amphibologie, lui pouvant se rapporter à Sosie presque aussi bien qu'à il représentant ce quelqu un-là. Voltaire, d'ailleurs, qui blâmait chez Corneille cet emploi, l'a repris dans Zaire :
Zaïre aujourd'hui, Pour l'élever à soi, descendrait jusqu'à lui.
Voir la Grammaire française de Chassang \Cours supérieur. § 242). Souverain sur. — V. 477.
« On est 50îa'cram rf;, dit Voltaire; on n'est pas f^cnirn-nin aur. «Ce-
pendant, parlant, comme Corneille, de la raison, Boileau, dans la Satire IV (v. H 7- H 8;, écrit :
Eq vaia certains rêveurs nous rhabillent en reine, Veulent sur tous nos sens la rendre souveraine.
Succès. — Issue, irmltat. — V. 3o4 et 847.
Ce mot, au xvii^ siècle, pris seul, sans adjectif, désigne simplement Vissue d'une affaire, sans que la moindre idée de bonheur y soit, comme aujourd'hui, attachée. Ainsi, dans Andromaque (v. 1022) : J'ignore quel succès le sort garde à mes armes.
Sur. — Suivi d'une date. — Abrégé: « Le Martyrologe romain en fait mention sur le 13^ de février. » — W..-aLe seul Surius... enrapportc la mort assez au long sur le 9^ de janvier. » — Examen, « Ce martyre est rapporté par Surius sur le 9*= de janvier. »
Cet emploi a vieilli.
Tâcher à. — Comme tâcher de. — V. 16, lolO, 1717, 176(3, eiExamcn : « Tacher.., à gagner son esprit par une prompte complaisance. »
De même dans le Roman bourgeois de Furetière : « tâcher à nouer conversation. >> Cet emploi, très fréquent au temps de Corneille, a un peu vif'illi. -
Témoin. — Au sens primitif, ti^moignage, 'preuve. — V. 533.
M. F. Godefroy, dans son Lexiqite, cite une phrase des Mémoires d'État (lo99j du comte de Cheverny, dans laquelle témoins est rapproché de jjleurs, comme dans le vers de Corneille : <c Avec infinis pleurs et baisers, témoins publics de leur amour. »
Tenir suivi d'un adjectif;; Tenir à, (suivi d'un substantif). — Rqmter, juger; regarder comme un, une, etc. ~ V. 642, 1073 et 392.
Voici deux exemples de ces constructions, qui se rapprochent beaucoup des vers 1073 et 392; le premier est de Racine {la Thébaide, V. 776) :
Puisque Créon la veut la paix), je la tiens assurée;
le second est emprunté par M. Fr. Godefroy au Roman bourgeois de Furetière : « Lucrèce alors tint à bonheur de n'avoir pas commencé le récit de son aventure. »
Terre Tomber par). — Au figuré, être renversé, détruit. — V. 1 1 1 2.
De même Pascal dans la seizième Provinciale : « Tous vos raffinements tombent par terre. »
Tissure. — Abrégé : u L'ingénieuse tissure des fictions avec la vérité. »
Tissure, pris ici au figuré, a, mais avec un peu plus de force.
LEXIUCE. 237
; ■ sens de liaison, enchaînement, comnie l'explii^ue Coiiieillu luimême dans la seconde ijhrase de VAbrcgè; ce mot a le même sens, ou à peu près, dans l'avis Au lecteur placé par Corneille en tète de son Imitation : « Je puism'arrêtcroù je me trouve las, sans craindre d'en rompre la tissure. »
Toucher. — 1° Émouvoir. — V. 268.
De même dans Horace (v. 1035) :
Tous trois désavoueront la douleur qui te touche.
2^ En parlant de Dieu, toucher de la grâce, <iui chamjc le cœur. — V. 1234.
De même Racine, dans son Abrégé cle Vhistoire de Port-Royal : « Dieu, qui avait de grands desseins sur elle {Marie -Angélique Arnauld), se servit, pour la toucher, d'une voie assez extraordinaire. »
Tourner en. — Se changer en. — V. 886 et 1348.
De même dans Rodogune (v. 479) :
L'amour que j'ai pour toi tourne en haine pour elle.
Trahira. — Latiuisme, livrer par trahison à, sacrifier à. — V. 899. Corneille a dit, avec le même sens, ou à peu près, dans lié radius (v. 1173) :
Souffrir qu'il se trahisse aux rigueurs de mon sort 1 Vivre par son supplice, et régner par sa mort!
Traiter de. — Pour traiter avec. — V. 137 et 832. De même dans la Femmes savantes (v. 35) :
Et, traitant de mépris les seus et la matière.
Travaux. — Épreuves. — V. 1090.
Traverse. — V. 145.
On appelle proprement traverse un obstacle qui se met à la traverse de nos désirs et qui nous cause de l'aftliction ; ainsi Voltaire {Henriade, VII) :
Trop fier dans ses succès, mais ferme en ses traverses.
Trébucher. — Tomber. — V. 1574.
(( Trébucher, dit Voltaire, n'a jamais été du style noble. » Ici encore Voltaire se trompe. Ce verbe revient souvent sous la plume des poètes contemporains de Corneille :
Et le devoir du sang ne me peut empêcher
De faire à son tombeau ses meurtriers trébucher.
(La Calprenède, la Mort de Mitkridate, II, iv.)
Elle [la fortune) a fait trébucher les plus heureux monarques. ^ . [Ibid., III, I.)
Dussé-ie avecque toi trébucher aujourd'hui.
[Id., le Comte dE^sr.r, IV, i:i.)