Le Temps, CUronique théâtrale du 6 octobre
leur d'intolérance que souffle au cœur une foi nouvelle. Il n'est }ias habitué à trouver des forces de cette espèce sous ses pas ; tous ces grands mouvements de passion le déconcertent ^ » Dépaysé au milieu du triple héroïsme de Polyeucte, de Pauline cl de Sévère, ne le comprenant pas, ne pouvant pas le comprendre, il n'en tient pas compte dans les calculs très naturels, très humains, qu'il fait, et il est fort surpris de voir ces calculs produire un résultat tout opposé à celui qu'il attendait. Certes il est ému, sincèrement ému du danger de Polyeucte ; il voudrait pouvoir le sauA'er, mais il s'imagine que Sévère le hait lui-même, et va saisir cette occasion de se venger en lui faisant [•trdre sa charge : Félix n'agirait-il pas ainsi, s'il était à la place fie Sévère et Sévère à la sienne? En vain Pauline lui rappelle la générosité de SévèrC;, en vain Sévère en personne intercède auprès de lui pour Polyeucte, Félix, abusé par son expérience des faiblesses humaines, ne peut croire à tant de grandeur d'âme; il ne voit dans Sévère qu'un fourbe dangereux, dont il s'applaudit de n être pas la dupe, et, par crainte de Sévère, bien qu'il en souffre, il sacrifle son gendre pour garder sa place. Quant à sa fille, elle a eu beau lui dire :
Ma mort suivra la mort de ce cher criminel,
Félixn'ena rien cru; il ne s'est même pas inquiété de la voir accompagner Polyeucte, qu'on emmenait au supplice ; elle ne Ta épousé que par obéissance : il pense qu'elle sera bientôt consolée. Ce sera donc de la stupeur qu'il éprouA'era tout à l'heure à voir Pauline reparaître chrétienne, à écouter les menaces de Sévère. Il n'a pas compris Sévère, il n'a pas compris Pauline, il n'a pas compris davantage Polyeucte. Il ne s'est même pas donné la peine de connaître, comme Sévère l'a fait par curiosité, la secte qu'il est chargé de punir. Polyeucte vient, dans un saint transport, de briser les idoles, et Félix se figure que le supplice de Néarque, puis les menaces, pourront quelque chose sur lui! Pour gagner du temps, Félix, dans une louable intention du reste, a recours à un subterfuge; il feint de vouloir se convertir; il demande à