CoKNKiLLE, Discours de la Traf/édie
de la seconde scène : « La faim d'une partie de nos cavaliers a déjà fait des fantassins », et par ce trait du récit final : « Il a proféré jusqu'à son dernier soupir le nom de son Dieu et le A'ùtre, et la fatale épée, qui a séparé sa tête de son corps, a partagé par la moitié le nom d'Indegonde, qu'il avait encore à la bouche'. » L'intrigue est très faible et le sujet sans intérêt. La princesse Indegonde, Française et catholique, a amené son époux Hermenigilde à abjurer l'arianisme. Persécuté par la seconde femme de son père, la reine Goisinte, Hermenigilde s'est réfugié avec Indegonde dans Séville, que le roi vient assiéger. Récarède, frère d'Hermenigilde, lui apporte de la part de leur père des paroles de paix; Hermenigilde se sou met, sur la promesse qu'il aura la vie sauve ; mais, comme il refuse de revenir à l'arianisme, le roi son père, qui tient (II, i « qu'un roi ne compose point avec ses sujets et qu'aucun parole ne peut engager un souverain à ses sujets », le fait déca piter malgré les supplications de Récarède, et Indegonde meurt de douleur-. Une pièce aussi insignifiante fut cependant remarquée de Corneille : le personnage de la reine Goisinte le frappa, et il en lit plrfs tard l'Arsinoé de Xicomède. A ce titre aussi, la faible tragédie de La Calprenède, véritable type de la tragédie de collège", méritait d'être rappelée ici.
Que nous en sommes loin avec cet étrange Saint Genest de Rotrou, dont Sainte-Reuve a pu dire, dans son Po7'l- Royal'*, que c'était (( en plein xvli'" siècle... la pièce la plus romantique qu'on puisse imaginer » I En effet, Rotrou, qui prenait ses sujets un jjeu partout, a greffé sur le Martyre de saint Genest de Desfontaine (1645) /e Martyre d'Adrien (1630j, tragédie latine du jésuite Louis Cellot, et, s'inspirant en outre de Polyeucteei, comme l'a
1. Il semble que Rotrou ait voulu reproduire ce trait de mauvais goût à la tin du récit de la mort de Genest (V, vu) :
J'ai rnis la tragédie à sa dernière scène,
Et fait, avcr sa tôte, ensemble séparer
Le cher nom de son Dieu, qu'il voulait proférer.
2. Seul, le rôle du généreux prince Récarède est heureusement conçu. On peut encore signaler une scène assez intéressante (IV.ii), dans laquelle" deux conseillers du roi Levigilde,run traître à son prince, l'autre honnête homme, engagent leur maître, l'un à frapper, l'autre à épargner Hermenigilde. Cette scène fait songer a celle de Mathan et d'Abner au second acte (ÏAthalie.
3. Aussi ce sujet a-t-il été repris et traité en latin par le P. Caussin en 1664.