I, VI
o6 NOTICE SLR LA TRAGEDIE CHRETIENNE.
Mais la princesse Valérie demande que Genest représente la mort d'un martyr; justement Maximin vient de faire périr un chrétien, Adrien ; Genest propose de retracer son martyre sous les yeux mêmes de Maximin; celui-ci y consent A'olontiers :
Avec plaisir je serai spectateur Eu la même action dout je serai l'acteur ^
Ainsi finit le premier acte, qui n'est, comme celui de i'IUusion Comique, qu'un prologue.
Le début du second acte de cette tragédie chrétienne fait songer à l Imjrromptu de Versailles de Molière : un théâtre vient d'être dressé sur la scène ; Genest, achevant de s'habiller et tenant à la main le rôle d'Adrien, donne des a^is au décorateur, repasse son rôle, sourit aux doléances de sa camarade Marcelle, qui se plaint des galants importuns dont sa loge est encombrée, lui fait répéter son monologue, demande qu'on vienne allumer les chandelles (qui faisaient alors tout l'éclairage du théâtre), et, resté seul, se remet à repasser sou rôle en se promenant. Pendant qu'il récite, un trouble secret lenvahit; un effet avantcoureur de la Grâce se produit :
Je feins ijûoins Adrien que je ne le deviens !...
Mais où va ma pensée ?
Il s'agit d'imiter, et non de devenir-.
A ce moment, « le Ciel s'ouvre, on voit des flammes, et on entend une voix, qui dit :
Poursuis, Genest, ton personnage :
Tu n'imiteras point en vain; Ton salut ne dépend que d'un peu de courage, Et Dieu t'y prêtera la main.
Cette voix du Ciel, chargée de préparer les spectateurs à l'action de la Grâce, va lier étroitement Tune à l'autre les deux lùèces qui composent la tragédie de Rotrou ; elle précise, avant que la deuxième pièce commence, l'idée mère du Saint Genest, celle qui en fait l'unité : en représentant un martyr, Genest va