‹ Polyeucte (volume 2)Chapitre 26 sur 175 · II, VMI · texte numérisé non relu

II, VMI

o8 NOTICE SUR LA TRAGÉDIE CHRÉTIENNE.

Les Dieux, dont, comme nous, les monarques dépendent, Ne le permettent pas, et les lois le défendent.

ADRIEN

C'est le Dieu que je sers qui fait régner les rois, Et qui fait que la tr-rre en révère les lois.

FLAVIE

Sa mort sur un gibet marque son impuissance.

A DRIEN.

Dites mieux : son amour et son obéissance.

Sur une croix enfin...

A DRIEN.

Sur un bois glorieux, Qui fut moins une croix qu'une échelle des Cieux.

FLAVIE

Mais ce genre de mort ne pouvait être pire.

ADRIEN

Mais, mourant, de la mort il détruisit l'empire.

FLAVIE

L'auteur de l'univers entrer dans un cercueil!

ADRIEN

Tout l'univers aussi s'en vit tendu de deuil... César m'abandonnant. Christ est mon assurance : C'est l'espoir des mortels dépouillés d'espérance.

FLAVIE

Il vous peut même ôter vos biens si précieux.

ADRIEN

J'en serai plus léger, pour monter dans les Cieux.

FLAVIE

L'indigence est à l'homme un monstre redoutable.

ADRIEN

Clirist, qui fut homme et Dieu, naquit dans un étable^ 1. RotroUjOn le voit, fait encore étahle mascuHn, comme au xvi^ siècle.

NOTICE SUR LA TRAGÉDIE CHRETIENNE. o9

Vilrien reste inflexible, et Flavie, exécutant, bien qu'à regret,

Ididre qu'il a reçu, le fait charger de chaînes par ses deux

-ardes. Le premier acte du Martyre d'Adrien est fini ; la prin-

; cesse Valérie déclare qu'elle veut aller dans les coulisses

L féliciter les acteurs.

1 Au troisième acte de la pièce véritable, nous la voyons '■ revenir, étonnée de la confusion qui règne derrière le théâtre ;î parmi les cométiiens ; mais déjà le second acte du Martyre d'Adrien commence, et Maximin dit en riant :

. . . L'acteur qui ])araît est celui qui me joue... Voyons de quelle iivà.ce il saura m'imitri-^.

i Devant le comédien Octave, représentant Maximin, Genest- Adrien défend le Dieu des chrétiens :

C'est lui, qui du néant a tiré l'univers, Lui, qui dessus la terre a répandu les mers, Qui de l'air étendit les humides contrées, Qui sema de brillants les voûtes azurées, Qui fit naître la guerre entre les éléments, Et qui régla des cieux les divers mouvements. La terre à son pouvoir rend un muet hommage; Les rois sont ses sujets, le monde est son partage; Si l'onde est agitée, il la peut affermir; S'il querelle les vents, ils n'osent plus frémir; S'il commande au soleil, il arrête sa course : Il est maître de tout, comme il en est la source; Tout subsiste par lui, sans lui rien n'eût été-.

Le Maximin de théâtre, furieux, ordonne à Flavie de conduire en prison son ancien favori. Mais Natalie, représentée par la comédienne Marcelle, que nous avons vue tout à l'heure, ^ient trouver son mari pour essayer sur lui (il le suppose du moins) le pouA'oir de ses larmes. Adrien lui coupe la parole, lui déclare qu'il ne renoncera jamais à sa nouvelle foi, et, se souvenant, mal à propos, de l'admirable résignation de Polyeucte, donne

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