‹ Polyeucte (volume 2)Chapitre 33 sur 175 · NOTICE · texte numérisé non relu

NOTICE

SLR LA DÉDICACE A LA HELXE RÉGENTE

L'usage des dédicaces était alors général, et s'explique aisément jiar la gène dans laquelle vivaient la plupart des poètes. Ils étaient très peu payés par les comédiens. Hardy recevait trois écus pour ses pièces; il est vrai qu'il s'était fait associer aux bénéfices de la troupe. Tristan devait toucher cent écus pour les Rivales; quand on sut que la comédie était de Quinault, un débutant, on n'en donna que cinquante, avec le neuvième de la recette, tant que la pièce serait dans sa nouveauté. Racine eut pour Andrornaque cent écus. Avec les éditeurs, les prix étaient encore plus dérisoires. Sommaville paya pour VAlcyonée de Du Ryer (1639), tant vantée par Ménage, Saint- Évremond et la reine Christine, 2 francs le cent les petits vers, et 4 francs le cent les grands. Le Tartuffe et Dieu sait le bruit qu'il avait fait!) ne fut payé par Ribou que 2 000 livres. Pour vivre, il fallait que les poètes reçussent une pension du roi ou du cardinal, entrassent chez les grands sous le titre de domestiques, comme on disait alors, ou leur offrissent des dédicaces ou de petites pièces de vers. Les dédicaces étaient récompensées par un présent, et tous les poètes en faisaient trafic sans remords. Cependant, nous devons en conxeniT ,\ai dédicace de Cm/K/i, par la disproportion entre les louanges accordées et le mérite du financier Montoron, qui devait les payer, avait fait scandale et proverbe ; on appelait les dédicaces trop flatteuses des dédicaces à la MoJitoron, et le vieux Corneille ne fut pas ménagé en 1666 par Furetière, lorsque cet ami intime de Boileau, faisant justice des dédicaces dans son Roman bourgeois Éd. Jannel, II, p. 100-123% imagina un livre intitulé « Somme dédicatoire, ou examen général de toutes les questions qui se peuvent faire touchant la dédicace des livres, divisée en quatre volumes », et donna de ce prétendu traité une Tahle^ dont voici quelques extraits :

« Tome I, chap. m. Qui fut le premier inventeur des dédicaces. Ensemble quelques conjectures historiques qui prouvent quelles ont

1. Quand Corneille écrivit cette dédicace, la mort de Richelieu venait de lui enlever la pension que lui faisait le cardinal.

■/Il NOTICE SLll LA DEDICACE A LA KEK\E REGENTE.

été trouvées par un mendiant. — Tome II, chap. x. Éloges de M. de Montoron, Mecenas bourgeois, premier de ce nom, recueillis des épttrcs dédicatoires des meilleurs esprits de ce temps. — Tome III, chap. XVII. P'actum d'un procès pendant entre un libraire et un auteur qui travaillait à ses gages et à la journée, sur la question de savoir à qui appartiendrait la dédicace du livre, de laquelle il n'avait point été fait mention dans leur marché. — Chap. xix . Si un domestique ou commensal d'un Mecenas est obligé de lui dé dier ses ouvrages privativement et à l'exclusion de tous les autres, et si le Mecenas lui doit pour cela une récompense particulière, ou si le logement et la nourriture lui en doivent tenir lieu; le droit des esclaves est ici traité, qui veut qu'ils ne puissent rien acquérir que pour leurs maîtres. — Tome IV, chap. vi. Du titre ou carat de la louange. Où il est montré que pour être de bon aloi, et en avoir bon débit, elle doit être de 24 carats, c'est-à-dire portée dans le dernier excès. — Chap. xv. S'il est permis à un auteur qui n'a rien reçu d'une dédicace de la changer, et de dédier le même livre à un autre. Où la question est décidée en faveur de l'affirmative, suivant la règle du droit qui permet de révoquer une donation par ingratitude. » Et, après avoir imaginé cette Table, Furetière supposait une dédicace, d'une fantaisie aussi cruelle que charmante, envoyée par Mythophylacte « à très haut et très redouté seigneur Jean-Guillaume, dit Saint-Aubin, maître des hautes œuvrer de la ville, prévgté et vicomte de Paris », c'est-à-dire au bourreau! 11 espérait ainsi porter le dernier coup aux dédicaces. Qu'eùt-il dit, s'il eût vu, renchérissant sur les auteurs attaqués par lui, Galland se permettre d'écrire mille et une dédicaces pour sa traduction des Mille et une Nuits 1704-171 2) ? Qu'eùt-il dit, lui qui, après vingt-trois ans, ne pardonnait pas encore au grand Corneille son Èpttre à M. de Montoron ? Cette trop fameuse Êpitre rapporta, d'après Tallemant (VI, 227), deux cents pistoles à Corneille pauvre et récemment marié ; mais la somme était si élevée et l'épître avait fait tant de bruit qu'il devenait au poète fort difficile de trouver quelqu'un qui voulût bien accepter la dédicace de son Polyeucte. Il s'adressa au roi; suivant Tallemant (II, 248 1, Louis XIII, loin de songer à surpasser en libéralité le financier Montoron, n'accepta la dédicace que sur l'assurance que Corneille se trouverait assez payé par l'honneur. Heureusement pour la bourse du poète, quand Polyeucte fut imprimé, en 1644, Louis XIII était mort depuis plusieurs mois, et Corneille put dédier sa tragédie à la reine régente, qui dut se montrer plus généreuse que ne le voulait être son époux. La reine espagnole aimait l'auteur du Cid; c'est grâce à elle qu'en janvier 1637 des lettres de noblesse „, avaient été octroyées par le roi à Pierre Corneille, père du grand M Corneille, trois ans après qu'un édit avait déclaré : « qu'à l'avenir il ^i ne serait expédié aucune lettre d'anoblissement, sinon pour de

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