‹ Polyeucte (volume 2)Chapitre 4 sur 175 · Voir la note 4 de la page · texte numérisé non relu

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3. 'L'Argument de Melite se renferme au conti-aire en quelques lignes, comme celui de la Veuve.

4. Citons parmi ces hommages celui du poète du Ryer (1605-1658), qui iV-ra représenter Tannée du Cid sa comédie des Vendanges de Suresnes, et qiii sera appelé à l'Académie en 1646, avant Corneille :

Que pour louer ta belle Veuve

Chacun de son esprit donne une riche preuve ;

Qu'on voie en cent façons ses mérites tracés : •

Pour moi, je pense dire assez

Quand je dis de cette merveille

Quelle est sœur de Mélite et ûUe de Corneille.

5. Nous l'avons donnée dans nps Morceaux choisis des classiques français du xviic siècle (Delagrave, éditeur).

de l'Aslréc, encore dans sa nouveauté, avait plaisir à retrouver au théâtre les sentiments et le langage des personnages de d'Urfé. D'autre part, il n'est pas étonnant que les contemporains aient jugé excellents les vers des premières pièces de Corneille, puisqu'ils étaient en effet les meilleurs qui eussent encore été récités sur le théâtre.

Les succès de Corneille ne pouvaient manquer d'attirer sur lui l'attention de Richelieu. On sait que le cardinal, non content d'être un grand ministre, prétendait être un grand poète dramatique, et qu'il fournissait des plans de tragédies ou de comédies à des poètes chargés de développer les scènes et de les mettre en vers sous sa direction. Il voulut s'attacher l'heureux auteur de la Veuve, et le lit entrer avec une pension dans la société des Cinq. Mais Corneille n'était pas fait pour travailler sous un maître, et il ne resta pas longtemps le collègue de l'Estoile, de Colletet, de Rotrou et de Boisrohert. Il se permit, dans le troisième acte de la Comédie des Tuileries, qui lui avait été confié, de changer quelque chose au plan dressé par RicheUeu. Le cardinal, mécontent, dit assez sèchement au poète qu'il fallait avoir de l'esprit de suite. Corneille fut blessé ; sentant d'ailleurs s'éveiller son génie, il voulut recouvrer son indépendance. Il partit pour Rouen, donnant pour motif de sa retraite les soins à prendre de sa petite fortune. Le cardinal le laissa s'éloigner, mais il conçut contre lui une irritation sourde, qui devait éclater un jour.

Rentré en Normandie, Corneille y acheva sa tragédie à^Médée (1635). C'était la première fois qu'il s'inspirait de l'antiquité; il n'imita point Euripide, parce qu'il savait mal le grec, mais Sénèque le Tragique ; d'ailleurs le style déclamatoire de cet écrivain plaisait à Corneille, qui fut toujours épris de l'éclat et de la pompe. Sa Médée, pleine de beaux vers, n'était pas un chefd'œuvre, mais elle faisait pressentir un chef-d'ceuvre ; l'année suivante allait voir s'élever « la merveille du Cid » .

On prétend que ce fut de M. de Châlon, ancien secrétaire des commandements de la reine-mère, retiré à Rouen, qui donna à Corneille le conseil d'étudier le théâtre espagnol. L'Espagne était d'ailleurs à la mode à cette époque. Dès que Corneille eut fait connaissance avec les poèteS'espagnols, il s'enthousiasma

Kl NOTICE SUR PIERRE CORNEILLE (1606-1684 .

pour eux. C'est que, comme Ta très bien vu W. SclilegeP, «le génie de Corneille avait des traits de ressemblance avec le génie espagnol, et Ton peut regarder ce poète comme un Espagnol élevé sur les bords de la Seine ^ » Sans perdre de temps, Corneille se mit à l'œuvre; il entreprit presque à la fois de nous amuser des rodomontades espagnoles ^ et d'exciter notre admiration pour rhéroïsme castillan, et il fît représenter V Illusion comique quelques mois avant le Cld (I636j. Tourmenté toute sa vie par le désir de la nouveauté, Corneille a écrit dans V Illusion comique une des pièces les plus bizarres du xvn*' siècle, avec le Saint Genest de Rotrou. Il reconnaît lui-même, dans sa dédicace, que c'est « un étrange monstre. Le premier acte n'est qu'un prologue, les trois suivants font une comédie imparfaite, le dernier est une tragédie ; et tout cela, cousu ensemble, fait une comédie ». Mais il ajoute: « Qu'on en nomme l'invention bizarre et extra^-agante, tant qu'on voudra; elle est nouvelle; et souvent la grâce de la nouveauté, parmi nos Français, n'est pas un petit degré de bonté. » L'événement donna raison à Corneille, car V Illusion comique se maintint fort longtemps à la scène, bien que ce personnage du Matamore, qui anime et remplit la pièce, ait été souvent déjà mis sur notre théâtre. Ce qui distingue des autres le faux brave de Corneille, c'est que, sans le vouloir, par ce sentiment du grand qui était en lui, Corneille lui a fait parler par instants le langage de la vraie bravoure. Quelques vers de ce rôle ne seraient pas déplacés dans celiti de Rodrigue.

C'est, on le sait, d'un drame de Guillem de Castro, représenté dix-huit ans auparavant à Valence, que Corneille a tiré la tragédie du Cld. Sans vouloir nier ici les incontestables beautés de la pièce espagnole, il faut reconnaître que la pièce française lui est supérieure. Corneille a su dégager des événements qui encom-

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