‹ Polyeucte (volume 2)Chapitre 46 sur 175 · Ce que les anciens appelaient '< la tragédie simple d · texte numérisé non relu

Ce que les anciens appelaient '< la tragédie simple d

2. Mariane avait été mise à mort vingt-huit ans auparavant sur l'ordre de son époux. Ses malheurs ont inspiré des tragédies à Hardy (1610 , à Tristan (1636;, à Voltaire 1723) et a Xadal 172.3 .

3. Il y a dans une tragédie unité d'action, quand il n'y a qu'une action principale; utiité de lieu, quand la pièce peut être représentée dans un seul décor: unité de temps, quand laction se passe en vingt-quatre heures. Corneille a écrit, la même année que cet Evamen^ un Discours des troii unités. Comme il a toujours beaucoup de peine à observer les deux dernières et nous ne saurions aujourdhui le lui reprocher , il ne laisse jamais échapper Toccasion de faire remarquer qu'il les a observées. On ne peut que .plaindre l'illustre poète d'être obligé d'entrer, pour se justifier, dans de si petits détails

EXAME.X DE POLYEUCTE. S3

magistrats et les corps de ville S et c'est ce qui en fait différer l'exécution. Nos acteurs n'avaient ici aucune de ces assemblées à faire.

Il suffisait de la présence de Sévère et de Félix, et du ministère du grand-prêtre; ainsi nous n'avons eu aucun besoin de remettre ce sacrifice en un autre jour. D'ailleurs, comme Félix craignait ce favori, qu'il croyait irrité du mariage de sa fille, il était bien aise de lui donner le moins d'occasion de tarder ({u'il lui était possible, et de tâcher*, durant son peu de séjour, à gagner son esprit par une prompte complaisance, et montrer tout ensemble une impatience d'obéir aux volontés de l'Empereur.

L'autre scrupule regarde l'unité de lieu, qui est assez exacte, puisque tout s'y passe dans une salle ou antichambre commune aux appartements de Félix et de sa fille. Il semble que la bienséance y soit un peu forcée pour conserver cette unité au second acte, en ce que Pauline vient jusque dans cette antichambre pour trouver Sévère, dont elle devrait attendre la visite dans son cabinet*. A quoi je réponds qu'elle a eu deux raisons de venir au-devant de lui : l'une, pour faire plus d'honneur à un homme dont son père redoutait l'indignation, et qu'il lui avait commandé d'adoucir en sa faveur; l'autre, pour rompre plus aisément la conversation avec lui, en se retirant dans ce cabinet, s'il ne voulait pas la quitter à sa prière, et se délivrer, par cette retraite, d'un entretien dangereux pour elle, ce qu'elle n'eût pu faire, si elle eût reçu sa visite dans son appartement.

Sa confidence avec Stratonice, touchant l'amour qu'elle avait eu pour ce cavalier*, me fait faire une réflexion sur le temps qu'elle prend pour cela 2. Il s'en fait beaucoup sur nos théâtres, d'affections qui ont déjà duré deux ou trois ans, dont on attend* à* révéler le secret justement au jour de l'action qui se présente ^, et nonseulement sans aucune raison de choisir ce jour-là plutôt qu'un autre pour le déclarer, mais lors même que vraisemblablement on s'en est dû ouvrir beaucoup auparavant avec la personne à qui on en fait confidence. Ce sont choses dont il faut instruire le spectateur en les faisant apprendre par un des acteurs à l'autre ^ ; mais il faut prendre garde avec soin que celui à qui on les apprend ait eu lieu de les ignorer jusque-là aussi bien que le spectateur, et que quelque occasion tirée du sujet oblige celui qui les récite à rompre enfin un silence qu'il a gardé si longtemps. L'Infante, dans le Cid, avoue à Léonor l'amour secret qu'elle a pour lui^ et l'au-

i. Les magistrats de la municipalité.

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