Poète comique
3. Chose singulière. Corneille lui-même, dans la Suite du Menteur, dit que le Menteur était « faible de style », et, revenant sur cette idée dans l'Examen de la Suite du Meilleur, il y déclare encore que la première comédie i'^t moins bien écrite que la seconde.
4. A proprement parler, Gilbert n'a pas eu, seml^le-t-il, connaissance du
Le théâtre retentissait encore des acclamations que Rodogune avait excitées à sa naissance, que déjà, dans son inépuisable fécondité, Corneille faisait représenter une nouvelle tragédie.- Gomme il avait voulu donner une suite au Menteia\ il voulut donner un pendant à Polyeucte\ mais à la scène les pendants, d'ordinaire , ne réussissent pas mieux que les suites. Théodore (1646) fut plus malheureuse encore que ne l'avait été /a Suite du Menteur, et nous devons avouer qu'elle le méritait, bien que cette jjièce, dont le sujet est choquant, ait rencontré dans Ernest Desjardins* un fervent apologiste.
Corneille fut très sensible à l'insuccès de Théodore ; mais il se releva promptement avec Héraclius (16-47) ; c'est la pièce la plus compliquée de son théâtre, avec Clitandre, et il faut convenir que l'intrigue en est parfois assez difficile à suivre ; mais, quand on a relu attentivement Héraclius (Corneille reconnaissait lui-même qu'il fallait voir cette tragédie plusieurs fois pour en remporter une pleine intelhgence), comme on est récompensé de la peine qu'on a prise ! Que de fortes et mâles beautés! Que de situations intéressantes dans cette tragédie dont tous les personnages sont attachants ! Héraclius est une des meilleures parmi les pièces de second ordre du grand Corneille.
C'est seulement le 22 janvier 1647 que l'Académie ouvrit ses portes à l'auteur du Cid, de Polyeucte et du Menteur. Soyons juste : si l'Académie, en 164-4, aA'ait préféré à Corneille l'aA'Ocat général Salomon, et, en 1646, Pierre du Ryer, l'auteur applaudi &'Esther (1643) et de Scévole (1646), c'est que, pour rester fidèle à ses statuts, elle avait décidé de n'éUre autant que possible que des écrivains faisant leur résidence à Paris-. A la mort du poète Maynard, l'ami de Malherbe et de Racan, Corneille fit savoir qu'il passerait désormais une partie de l'année à Paris : sur cette nouvelle, Ballesdens, avocat au Conseil et attaché au
plan de Corneille ; car le cinquième acte de sa tragédie ne ressemble en rien au dernier acte de la tragédie de Corneille, et est aussi plat que celui de Corneille est terrible; mais Corneille avait imprudemment parlé de la pièce qu'il composait à des confidents indiscrets.