‹ Polyeucte (volume 2)Chapitre 70 sur 175 · SÉVÈRE. FABIAN · texte numérisé non relu

SÉVÈRE. FABIAN

SÉVÈRE

Cependant^ que Félix donne ordre* au sacrifice, 365

Pourrai-je prendre un temps à mes vœux si propice? Pourrai-je voir Pauline, et rendre à ses beaux yeux L"liommage souverain que l'on va rendre aux Dieux? Je ne t'ai point celé que c'est ce qui m'amène ; Le reste est un prétexte à* soulager ma peine ; sto

Je viens sacrifier, mais c'est à ses beautés Que je viens immoler toutes mes volontés,

FABIAX.

Vous la A'errez, Seigneur.

V. 367. Sévère n'a pas encore appris le mariage de Pauline; il va éprouver une cruelle déception ; mais il restera le généreux Sévère que Pauline a aimé.

V. 368. Toute cette scène va être gâtée à nos yeux par les termes de galanterie qu'on employait alors à l'hôtel de Rambouillet; mais sous ce langage fade et faux se cache une passion sincère et qui émeut. — Cette comparaison entre les dieux et les yeux de Tobjet aimé serafortlongtemps à la mode; car, en 1742. rencontrant dans le temple de Tellus la tille de Cicéron, le Catilina de Crébillon lui dira encore (I, m) :

Quoi 1 Madame, aux autels vous devancez l'aurore 1 Et quel soitt si pressant vous y conduit encore? Qu'il m'est doux cependant de revoir vos beaux yeux, Et de pouvoir ici rassembler tous mes Dieux !

y. 369. Félix l'avait bien compris (v. 320-322).

\. 370. \ ar. : Du reste, mon esprit ne s'en met guère en peine, (Éd. 16V3-36.)

110 POLYEUCÏE.

SÉVÈRE

Ah ! quel comble de joie !

Cette chère beauté* consent que je la voie ! Mais ai-je sur son àme encor quelque pouvoir? 375

Quelque reste d'amour s'y fait-il encor voir? Quel trouble, quel transport lui cause ma venue ? Puis-je tout espérer de cette heureuse vue? Qar je voudrais mourir plutôt que d'abuser Des lettres de faveur que j'ai pour l'épouser; :î8o

Elles sont pour FéUx, non pour triompher d'elle : Jamais à ses désirs mon cœur ne fut rebelle: £t si mon mauvais sort avait changé le sien, Je me Aaincrais moi-même, et ne prétendrais* rien.

FABIAN

Vous la verrez, c'est tout ce que je vous puis dii-e. 385

D'où ^ient que tu frémis, et que ton cœur soupire? Ne m'aime-t-elle j)lus? éclaircis-moi* ce point.

FABIAN

M'en croirez-vous, Seigneur ? ne la revoyez point;

Portez en heu* plus haut l'honneur de vos caresses :

Vous trouverez à Rome assez d'autres maîtresses; 391)

Et dans ce haut degré de puissance et d'honneur,

Les plus grands y tiendront * votre amour à bonheur.

SÉVÈRE

Qu'à des pensers * si bas mon âme se ravale !

Que je tienne Paubne à mon sort inégale I

Elle en a mieux usé, je la dois imiter ; 395

\ . 3/ t. \ ar. : Cet adorable objet consent que je le voie. Éd. 1043-jG.) A . 37G. ^ ar. : En lui parlant daniour, las-tu vu s'émouvoir? (Éd. 164-3.) \ ar. : Ea lui pariant de moi, las-tu vu s'émouvoir? (Ed. 1648-60.)

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