‹ Polyeucte (volume 2)Chapitre 82 sur 175 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Kpargnez-moi des pleurs qui coulent à ma honte; l':pargnez-moi des feux qu"à regret je surmonte ; Kufm épargnez-moi ces tristes entretiens, nui ne font qu'irriter vos tourments et les miens.

Que je me prive ainsi du seul bien qui me reste ! siâ

PAULINE

Sauvez-vous d'une vue à tous les deux funeste.

SÉVÈRE

Quel prix de mon amour! quel fruit de mes travaux!

PAULINE

C'est le remède seul qui peut guérir nos maux.

SÉVÈRE

I Je veux mourir des miens : aimez-en la mémoire.

V 544 CeUe situation est si intéressante qu'il n'est pas surprenant qu'elle iit«té souvent renrcluite dans les romans etdansles tragédies du xyiio siècle. A nsi nous îa retrouvons dans le Grand Cyrusis^. 1211-121 4) de M^e de Scudéry dans la Bérénice de Segrais ;i, p, 4oO;. où Zénobie repousse aussi Tirid'ate quelle aime , et dont elle est amiée : « C était pour vous dire un ad eu solennel que j'ai souffert que vous me voviez ; .le veux partir des demain • ne vous oppoiez point à la résolution que j'en ai prise, si vous n avez ^r!s c'eUe de me lai re une injure insupportable. . - Momme dit a Xiphares dans le Mithridate de Racine (II, vij :

J'attends de votre complaisance Que désormais partout vous fuirez ma présence.

tj'en viens de dire assez pour vous persuader Que j'ai trop de raisons de vous le commander. Mais après ce moment, si ce cœur magnanime bun véritable amour a brûlé pour Momme, .Je ne reconnais plus la foi de vos discours Qu'au soin que vous prendrez de m'éviter toujours.

Campistron se souviendra aussi de Pauline, quand il lera dire à Andronic par Irène [Andronic, II, vi; :

Avez-vous oublié qu'un serment solennel

Nous impose à tous deux un silence éternel .

Qu'il n'est plus entre nous d'entretien légitime,

Quun «^eul mot, qu'un regard, quun soupir est un crime .

Que sans cesse attentive à remplir mon devoir.

Je mets tout mon bonheur à ne vous plus revoir.

Et quels que soient 1-s maux que vous avez à craindre,

Qu'il ne m'est pas permis seulement de vous plaindre .'...

\h ' prince, pensez-vous quinsensible, inhumaine,

Mes veux, sans s'émouvoir, regardent votre peine;

Que, 'pendant les horreurs dun eiU rigoureux.

Vous sovez seul à plaindre, et le seul malheureux . .

Mais que dis-).'? où m'entraîne une force inconnue .

Âh ' pourquoi" venez-vous chercher encor ma vue .

Partez, prince, c'est trop prolonger vos adieux.

Enfin Altieri dans son Philippe II (I, m), mettant en scène Isabelle et don Carlot placera dans la bouche delà reine ces paroles : << Mes pensées vous suivront : malgré moi vous m'occuperez sans cesse. Mais perdez la trare de mes pas; que je n'entende plus votre voix. >.

12;j POLYECCTE

PAULINE

Je veux guérir des niiens : ils souilleraient ma gloire*. ôôd

SÉVÈRE

Ah! puisque votre gloire* en prononce l'arrêt,

11 faut que ma douleur cède à son intérêt.

Est-il rien que sur moi cette gloire* n'obtienne?

Elle me rend les soins que je dois à la mienne.

Adieu : je vais chercher au milieu des combats 555

Cette immortalité que donne un beau trépas,

Et remplir dignement, par une mort pompeuse,

De mes premiers exploits l'attente avantageuse *,

Si toutefois, après ce coup mortel du sort,

J'ai de la vie assez pour chercher une mort. 56o

PAULINE

Et moi, dont A'otre vue augmente le supplice,

Je l'éviterai même en votre sacrifice;

Et seule dans ma chambre enfermant mes regrets,

Je vais pour vous aux Dieux faire des vœux secrets.

SÉVÈRE

Puisse le juste ciel, content* de ma ruine, y^>'>

Combler d'heur* et de jours Polyeucte et PauUne!

PAULINE

Puisse trouver Sévère, après tant de malheur, Une félicité digne de sa A'aleur !

SÉVÈRE

Il la trouvait en vous.

PAULINE

Je dépendais d'un père.

V. 550. '( Si la Fraace était forcée, dans quelque naufrage, à sacrifier tous ses poètes hormis un seul, celui qu'elle devrait sauver, c'est Corneille... La poésie de Corneille est l'antidote de toutes les erreurs, de tous les venins qui empoisonnent depuis si longtemps notre littérature. L'abjecte doctrine de la sainteté de la passion, de sa souveraineté sur le devoir et sur la loi... ne trouve nulle part un démenti et un frein plus puissant que dans les vers du Cid, d'Horace, de Cinna et de Polyeucte. » (De Laprade, Essais de critique idéaliste, IV, le grand Corneille, Ij.

V, Oo3. y ar. : D'un cœur coinrno le mien qu'est-ce qu'eUe n'obtienne?

Vous reveniez les soins que je dois àlarnieniie. ÉJ. 1643-36.) \ ar. : II n'est rien que sur moi cette gloire n'obtienne. Éd. 1660-64.)

V. 560. « Cespens'-es affectées, ces idées plus recherchées que naturelles, étaient les vices du temps. » i Volt.vire.)

V. 562. Var. : Je la veux éviter, mêmes au sacrifice. (Éd. 1643-o6.)

Y. 569. Cette fin de scène est exquise; Sévère et Pauline sacrifient leur

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