‹ Polyeucte (volume 2)Chapitre 83 sur 175 · ACTE II, SCÈNE III. \2i · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE III. \2i

SEVERE

0 deroir qui me perd et qui me désespère ! Adieu, trop vertueux objet*, et trop charruant.

PAULINE

Adieu, trop malheureux et trop parfait amant.

SCEXE III

PAULINE, STRATONIGE.

STRATOMCE.

Je VOUS ai plaints tous deux, j'en verse encor des larmes; Mais du moins votre esprit est hors de ses alarmes :

amour au devoir; ils ne se verront plus ; c'est un adieu éternel qu'ils se disent; mais, sûrs dorénavant l'un de l'autre et chacun de soi-même, ils cherchent, sans se l'avouer, le moyen de prolonger de quelques instants ce dernier entretien; chacun rattache au dernier mot de l'autre une nouvelle phrase, qui amènera nécessairement une nouvelle réponse, jusqu'à cet hémistiche de Pauline :

Jo dépendais d'un pi'^re,

« hémistiche délicieux, tout imprégné de regret et d'amour " (M. Fb.. Saucev, leTeinps, Chronique théâtrale du 2% juUïet 1886;, qui place de nouveau entre eux l'idée du devoir, et qui décide Sévère à se retirer. Il faut rapprocher de ces derniers vers la fin de la première grande scène entre Rodrigue et Chimène [le Cid, III, iv), et les adieux des deux amants dans Roméo et Juliette (II, ii et III, v) de Shakespeare.

Y. 570. « Perd et de's espère, placés l'un à la fin de l'hémistiche, l'autre à la fin du vers, forment une consonnance qui blesse l'oreille. )j {Noie de M. Gêruzez.)

Y. 572. « Jusqu'ici on ne voit à la vérité dans Pauline qu'une femme qui n'a point épousé son amant, qui l'aime encore et qui le lui dit quinze jours après ses noces. Mais c'est une préparation à ce qui doit suivre, au péril de son mari, à la fermeté que montrera Pauline en parlant à Sévère pour ce mari même, à la grandeur d'âme de Sévère. Yoilà ce qui rend l'amour de Pauline infiniment théâtral et digne de la tragédie, m (Voltaire.)

Y. 573. La confidente de Bérénice, dans la Bérénice de Racine (I, v), montrera autant de sensibilité, quand Antiochus, après avcùr avoué son amour à Bérénice, lui aura fait ses adieux, en disant comme Sévère :

Madame, le seul bruit d'une mort <iui> j'implore Vous fera souvenir que je vivais en<:ore. Adieu.

Page 1