SCÈNE lY
POLYEUGTE, NÉARQUE, PAULINE, STRATOMCE.
l'est trop verser de pleurs: il est temps qu'ils tarissent, )ue votre douleur cesse, et vos craintes finissent ; lalgré les faux a^is par vos Dieux envoyés, 595
e suis vivant, Madame, et vous me revoyez.
je jour est encor long, et ce qui plus* m'effraie, jSl moitié de l'avis se trouve déjà vraie : 'ai cru Sévère mort, et je le vois ici.
e le sais; mais enfin j'en prends peu de souci. eoo
e suis dans Mélitène, et, quel que soit Sévère, ^otre père y commande, et l'on m'y considère ; !t je ne pense pas qu'on puisse aA'CC raison un cœur tel que le sien craindre une trahison.
Y. o93. Polyeucte a laiss? Pauline en larmes 'v. 123) et la retronveplcumt encore; il est vrai que, pendant son absence, elle a versé des pleurs qui 'étaient pas pour lui 'v. o3o;. Mais Corneille a compris que la situation de olyeucte serait assez fausse, s'il le ramenait en scène aussitôt après la sortie 3 S jvère; de là le court dialogue que nous venons d'entendre entre Pauline
Stratonicc; quand Polyeucte reparait, de nouveau Pauline est toute à ses aintes pour lui, et il peut, sans faire sourire, lui dire : C'est trop verser de pleurs, etc.
V. o9o. C'en est fait; Polyeucte est chrétien: dans la première scène, il isait à Néarque :
Votre Dieu, que je n'ose encor nommer le mien ;
est maintenant à Pauline qu'il dit : « vos dieux ». Dans ces mots, Pauline a voit qu'un peu de moquerie pour elle-même, qui a cru trouver dans un songe. a avis des dieux. Polyeucte est sincère en disant que le songe de auline a été envoyé par les dieux ; car les chrétiens considéraient alors s dieux des païens comme des démons, qui avaient le pouvoir d'envoyer les songes.
V. 396, Au premier acte, Polyeucte l'appelait d'un nom plus tendre :
Adieu, Pa.utiae, a.dicu.
V. 604. Cette haute opinion que Polyeucte a de Sévère nous préparc jx trois grandes scènes du quatrième acte.
On m'avait assuré qu'il a'ous faisait ^-isite, «i.
Et je Amenais lui rendre un honneur qu'il mérite.
PAULINE
Il vient de me quitter assez triste et confus ; Mais j'ai gagné sur lui qu'il ne me verra plus.
Quoi 1 A'ous me soupçonnez déjà de quelque ombrage ?
PAULINE
Je ferais à tous trois un trop sensible outrage. 'u
J'assure mon repos, que troublent ses regards.
La vertu la plus ferme évite les hasards :
Qui s'expose au péril veut bien trouver sa perte;
Et pour vous en parler Rxec une âme ouverte,
Depuis qu'un vrai mérite* a pu nous enflammer, h:
Sa présence toujours a droit de nous charmer.
Outre qu'on doit rougir de s'en laisser surprendre,
On souffre h résister, on souffre à s'en défendre ;
Et bien que la A'ertu triomphe de ces feux, i
La Aictoire est pénible, et le combat honteux. <52(|
0 vertu trop parfaite, et devoir trop sincère,
Que vous devez coûter de regrets à Sévère î
Qu'aux dépens d'un beau feu vous me rendez heureux,
Et que vous êtes doux à mon cœur amoureux !
Plus je vois mes défauts et plus je vous contemple, «25
Plus j'admire...
V. filO. « Je ferais à. tous trois un trop sensible outrage est admirable. »
(Voltaire.)
V. 614. « Pauline, entre Polyeucte et Sévère, n'est ni embarrassée, ni gênée à nos yeux ; elle le serait, si elle voulait ménager sa passion ; comme elle veut la vaincre, nous la plaignons peut-être, mais non pas avec des sentiments petits et indignes d'elle ; notre pitié s'élève à l'admiration. » (Saixt-Marc Girardin, Coz^/'S de litt. dram., IV, p. 66.) — Pour Tcxpressi'^in avec une âme ouverte, rapprocher le vers 463.
V. 616. Polyeucte rappellera ces deux vers à Pauline (v, 1589-1590).