‹ PolyeucteChapitre 56 sur 78 · ACTE V, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE I

Mais voyez que sa mort mettra ce peuple en rage, Que c'est mal le guérir que le désespérer.

FÉLIX

En vain après sa mort il voudra murmurer ; Et s'il ose venir à quelque violence, C'est à faire à céder deux jours à l'insolence : J'aurai fait mon devoir, quoi qu'il puisse arriver, Mais Polyeucte vient, tâchons à le sauver. Soldats, retirez-vous, et gardez bien la porte.

FÉLIX

As-tu donc pour la vie une haine si forte. Malheureux Polyeucte ? et la loi des chrétiens T'ordonne-t-elle ainsi d'abandonner les tiens ?

Je ne hais point la vie, et j'en aime l'usage, Mais sans attachement qui sente l'esclavage. Toujours prêt à la rendre au Dieu dont je la tiens : La raison me l'ordonne, et la loi des chrétiens ; Et je vous montre à tous par là comme il faut vivre. Si vous avez le cœur assez bon pour me suivre.

FÉLIX

Te suivre dans l'abîme où tu te veux jeter ?

^ Var. J'aurai fait mon devoir, quoi qui puisse arriver. (1660-1664.)

94 POLYEL'CTE.

Mais plutôt dans la gloire où je m'en vais monter.

FÉLIX

Donne-moi pour le moins le temps de la connaître : Pour me faire chrétien, sers-moi de guide à l'être, Et ne dédaigne pas de m'instruire en ta foi, 5 Ou toi-même à ton Dieu tu répondras de moi.

N'en riez point, Félix, il sera votre juge ; Vous ne trouverez point devant lui de refuge : Les rois et les bergers y sont d'un même rang. De tous les siens sur vous il vengera le sang.

FÉLIX

10 Je n'en répandrai plus, et quoi qu'il en arrive, Dans la foi des chrétiens je souffrirai qu'on vive : J'en serai protecteur.

Non, non, persécutez, Et soyez l'instrument de nos félicités : Celle d'un vrai chrétien n'est que dans les souffrances,^ 15 Les plus cruels tourments lui sont des récompenses. Dieu, qui rend le centuple aux bonnes actions; Pour comble donne encor les persécutions. Mais ces secrets pour vous sont fâcheux à comprendre : Ce n'est qu'à ses élus que Dieu les fait entendre.

* Var. Aussi bien un chrétien n'est rien sans les souffrances,

Les plus cruels tourments nous sont des récompenses. (1643-1656.)

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