‹ Polyeucte; tragédie, avec une introduction, des éclaircissements et des notesChapitre 120 sur 147 · ACTE IV, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE III

Et leur plus haut éclat fait tant de mécontents.

Que peu de vos Césars en ont joui longtemps/ 1190

J'oi de l'ambition, mais plus noble et plus belle* Cette grandeur périt, j'en veux une immortelle, ' Un bonheur assuré, sans mesure et sans fm, Au-dessus de l'envie, au-dessus du destin. Est' ce trop l'acheter que d'une triste vie II95 Qui tantôt, qui soudain me peut être ravie, Qui ne me fait jouir que d'un instant qui fuit, Et ne peut m'assurer de celui qui le suit?

PAULINE

Voilà de vos chrétiens les ridicules songes ;

Voilà jusqu'à quel point vous charment leurs mensonges: 1200

Tout votre sang est peu pour un bonheur si doux !

Mais, pour en disposer, ce sang est-il à vous?

Vous n'avez pas la vie ainsi qu'un héritage ;

Le jour qui vôus la donne en même temps l'engage:

Vous la devez au prince, au public, à l'État. 1205

Je la voudrais pour eux perdre dans un combat; Je sais quel en est l'heur, et quelle en est la gloire. Des aïeux de Décie on vante la mémoire ;

« Autrefois, le mot trône désignait, soit simplement le siège royal et, dans c« cas, on disait : sur le trône; soit toute la construction fermée plus ou moins par des balustrcs ou par toute autre clôture et contenant le siège; ce second sens, qui explique très bien l'emploi des prépositions dans, en, hors de, est beaucoup plus fréquent que l'autre, non pas seulement chez Corneille, mais, en général, chez les écrivains de son temps. » (M. M art y- La. veaux.) *

1102. Périt, est périssable.

1105. D'une vie, par une vie; voyez la note du v. 54.

1106. Tantôt, bientôt; aux v. 800 et 035, tantôt s'appliquait au contraire au passé.

1197. l-A vie aux plus heureux passe comme un moment. (Rotrou, Grisante, U, 3.) C'est à peu près la réponse que l'Adrien du même poète fait à Flavie :

César m'aban*lonnant. Christ est mon assurance : C'est l'espoir des mortels dépouillés d'espérance.

— Il vous peut même ôter vos biens si précieux.

— J'en serai plus léger pour monter dans les eieux. {Saint Genest, II 6.

1198. Chaque jour est un bien que du ciel je reçoi ; Je jouis aujourd'hui de celui qu'il me donne.

Il n'appartient pas plus aux jeunes gens qu'à moi,

Et celui do demain n'appartient à personne. (Maucroix.)

1199. « C'est ici que le mot de ridicule est bien placé dans la bouche de Pauline, Les termes les plus bas, employés à propos, s'ennoblissent. » (Voltaire.)

1200. Charmer n'est-il pas ici pris au propre, dans le sens, commun chez es tragiques, d'égarer par quelque mystérieux sortilège ?

1203. Comme la plupart des héroïnes de Corneille, Pauline est femme de tête, elle sait raisonner avec rigueur.

1207. Sur heur, voyez la note du v. 99.

1208. Allusion au dévouement des deux Décius, ç^ui passaient pour les aïeux de l'empereur.

Et ce nom, précieux encore à vos Romanis,

Au bout de six cents ans lui met l'empire aux mains. 42jO

Je dois ma vie au peuple, au prince, à sa couronne ;

Mais je la dois bien plus au Dieu qui me la donne:

Si mourir pour son prince est un illustre sort,

Quand on meurt pour son Dieu, quelle sera la mort!

PAULINE

Quel Dieu !

Tout beau, Pauline : il entend vos paroles. 1215 Et ce n'est pas un Dieu comme vos dieux frivoles, Insensibles et sourds, impuissants, mutilés, - , De bois, de marbre, ou d'or, comme vous les voulez: C'est le Dieu des chrétiens, c'est le mien, c'est le vôtre ; Et la terre et le ciel n'eu "connaissent point d'autre. 1220

12i5. Tout beau. « Cette expression, fréquente dans Corneille, s'employait pour arrêter quelqu'un, le retenir, le faire taire : « Et voulant interrompre « lorsque M. Galiot opinoit, Monsieur de Saint-Poi me fit un ^gne de la main et « me dit : Tout beau ! ce qui me fit taire. » (Montlug, Commentaires, livre II.) Par malheur, les chasseurs se servent de cette locution en parlant aux chiens couchants, lorsqu'ils veulent les empêcher de pous^r les perdrix qu'ils ont arrêtées : cela a suffi pour la faire considérer comme triviale et déplacée dans le style élevé. » (Lexique de l'édition Régnier.)

Tout beau, la loi d'honneur vous défend la surprise. (Rotrou, Clarice, V, 12.)

Tout beau, ne les pleurez pas tous. {Horace, 1009.)

Tout beau, ma passion, deviens un peu moins forte. {Cinna, 125.) Tout beau, Flaminins, je n'y suis pas encore. [Nicomcd/e, 1388.)

« Cette locution, trop peu noble, même pour une conversation familière, perd sa bassesse dans un dialogue sublime ; dépouillée de son caractère personnel, elle n'est plus que le signe d'une idée qui nous touche, l'expression ioi te et naturelle d'un sentiment vif^ et, pourvu qu'elle nous le représente bien, tout le reste est écarté. » (Guizox, Corneille et son temps.)

1218. Dans VImitation, Corneille dira de même :

Vos dieux n'ont point de bras à lancer le tonnerre, Gentils, ils ne sont tous que simulacres vains : C'est de l'or, de l'argent, du bois et de' la pierre

Qui tient sa forme de vos mains.

Vous leur faites des yeux, vous leur faites des boncbes Qui ne savent (jue c'est de voii' et de parler, Et leurs plus vifs regards sont bénins ou farouches

Comme il vous plait les ciseler. [Psaumh cxiii.)

Le Genest de Rotrou répond à Marcelle, qui le presse d'abjurer sa fo$ (

Vous verrez si des dieux de métal et de pierre Seront puissants au ciel comme on le oioit en terre. Et s'ils vous sauveront de la juste fureur D'un Dieu dont la croyance y passe pour erreur, (V, 2.)

Avant eux, Sedulius, prêtre et poète du v» siècle, écrivait :

Heu ! miseri, qui vana colunt, qui corde sinistre

Keligiosa sibi sculpuiit simulacra

Lignée, ligna rogas, surdis clamare videri»' .▲. mvitis responsa petis.

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