FÉLIX, POLYEUCTE, PAULINE, ALBIN
PAULINE
Qui de vous deux aujourd'hui m'assassine? ^ 1580 Sont-ce tous deux ensemble, ou chacun à son tour? Ne pourrai-je fléchir la nature ou l'amour? Et n'obtiendrai-je rien d'un époux ni d'un père?
FÉLIX
Parlez à votre époux.
Vivez avec Sévère.
1572. Un docteur, c'est proprement celui qui enseigne [qui docet). En oe sens, Boileau l'a même appliqué aux confrères de la Passion, qui se faisaient, comme
n disait alors « docteurs de la foi », sans en avoir le droit.
, On chassa ces docteurs prêchant sans mission. {Art poétique, IIL)
Félix donne à ce mot une acception méprisante et fait allusion, en général, ui docteurs chrétiens qui ont séduit Polyeurte, et en particulier à Néarque.
1573. Sur manie, voyez les notes des v. 830 et 1323.
1574. « Trébucher n'a jamais été du stylo noble », dit Voltaire dans son commentaire sur Rodogiine. Et pourtant Corneille l'a employé sans scrupule, non pas seulement dans le sens de chanceler, mais, comme ici, dans le sens de tomber.
Pui?ses-tu voir sous le bras de ton fils
Trébucher les murs de Memphis ! (Malherbe.) Ce n'est pas tout d'un coup que tant d'orgueil trébuche. {Rodogune, 1399.) Tremble, et crois voir bientôt trébucher ta fierté. {Sertorius, 347.)
4575. Gagner temps, pour : gagner du temps. On disait aussi perdre temps.
1580. 0 ciel! Voilà un cri involontaire échappé à Polyeucte, et qui le montre moins f rt qu'il ne veut le paraître.
1584. « Félix n'aime pas les grandes émotions, j'allais dire les scènes : c'est ■n caractère faible; il a l'égoïsme des bourgeois de Molière. » (M. Merlet.)
POLYEUGTE
PAULINE
Tigre, assassîne-moi du moins sans m'outrager. (585
POLYEUGTE.
-Mon amour, par pitié, cherche à vous soulager : il voit quelle douleur dans Tâme vous possède, Et sait qu'un autre amour en est le seul remède. Puisqu'un si grand mérite a pu vous enflammer, Sa présence toujours a droit de vous charmer : 1590 Vous l'aimiez, il vous aime, et sa gloire augmentée...
PAULINE
Que Vai-je fait, cruel, pour être ainsi traitée, Et pour me reprocher, au mépris de ma foi, Un amour si puissant que j'ai vaincu pour toi ? Vois, pour te faire vaincre un si fort adversaire, 1595 Quels efforts à moi-même il a fallu me faire ; Quels combats j'ai donnés pour te donner un cœur Si justement acquis à son premier vainqueur; Et si l'ingratitude en ton cœur ne domine, Fais quelque effort sur toi pour te rendre à Pauline : 1600 Apprends d'elle à forcer ton propre sentiment; Prends sa vertu pour guide en ton aveuglement; Souffre que de toi-même elle obtienne ta vie, Pour vivre sous tes lois à jamais asservie. Si tu peux rejeter de si justes désirs, 1605 Regarde au moins ses pleurs, écoute ses soupirs; ^ Ne désespère pas une âme qui t'adore.
POLYEUGTE.
Je vous l'ai déjà dit, et vous le dis encore,
1585. Tigre, cruel; voyez^le v. 1125. Ici, il faut bien le reconnaître, Pauline efface un peu ,Po!yeucte, qui nous semble bien froid, mais exagère peut-être à dessein cette froideur, pour mieux se défendre d'un danger qu'il sait trop réel.
1586. Var. Ma pilié^^tant s'en faut, cherche à vous soulager ;
Notre amour vous emporte à ?tes douleuis ?i \Taies
Que rien qu'un autre amour ne peut guérir ces plaies. (1643-1636.)
1590. C'est la répétition presque textuelle des paroles de Pauline ; voyez les V. 615-616. A droit de, a lieu de.
Sa douleur secrète a droit de l'éloigner. (Rodogune, 1602.)
Le Capitole a droit d'en craindre un coup de maître. {Ntcoméde, 920.)
1596. A moi-même, sur moi-même; voyez le v. 1354.
1597. Donnés pour te donner, légère négligence. L'Académie admet l'expression : donner un combat. Corneille dit aussi « donner bataille», «il lui donna bataille » {Bodogune, 69), et, très souvent, « rendre un combat ».
1601. « Le mot propre est dompter. » (Voltaire.) Forcer était alors synonyme de dompter:
Forcez en ma fa^%ur une trop juste haine. {Pompée, 1222.) Il y en a d'innombrables exemples chez Rotrou.
1607. « Comment Pauline peut-elle dire qu'elle adore Polyeucte? Elle lui