ACTE V, SCÈNE IIJ
Je n adore qu'un Dieu, maître de l'univers, ' Sous qui tremblent le ciel, la terre et les enfers,
Un Dieu qui, nous aimant d'une amour infinie,
Voulut mourir pour nous avec ignominie.
Et qui, par un elïort de cet excès d'amour.
Veut pour nous en victime être offert chaque jour.
viais j'ai tort d'en parler à qui ne peut m'entendre.
Voyez Taveugle erreur que vous osez défendre : Des crimes les plus noirs vous souillez tous vos dieux ; Vous n'en punissez point qui n'ait son maître aux cieux La prastitution, l'adultère, l'inceste.
Le vol, l'assassinat, et tout ce qu'on déteste, C'est l'exemple qu'à suivre offrent vos immortels. J'ai profané leur temple, et brisé leurs autels ; Je le ferais encor, si j'avais à le faire, Même aux yeux de Félix, même-aux yeux de Sévère, Même aux yeux du sénat, aux yeux de l'Empereur,
FÉLIX
Enfin ma bonté cède^à ma juste fureur : Adore-les, ou meurs.
POLYEUCTB.
Je suis chrétien.
FÉLIX
Impie!
Adore-les, te dis-je, ou renonce à la vie.
POLYEUGTE.
Je suis chrétien.
FÉLIX
Tu l'es^ O^cœur trop obstiné '
1657. Le Dieu qae nous servons est le seal Dieu du monde, Qui <le rien a bâti le niel. la terre et l'onde : C'est lui seul qui commande à la guerre, aux assauts ; Il n'y a Dieu que. lui, tous les autres sont faux. (Garnier, Juives, IV. liB.
1659. Sur le genre du mot amour voyez la note du v. 77.
166G. se rapporte à crimes; son maître, quelque divinité qui en donne l'exemple et en soit le modèle. Ces accusations lancées contre les dieux du paganisme étaient familièi*es aux chrétiens, et l'on a. déjà vu au v. 839 que Polyeucte et Néarque ne les avaient pas épargnées aux idoles du temple avant de les renverser..
IGTl. « Ce vers est dans le Cid et est à sa place dans les deux pièces. » (Voltaire.)
1G77. M Ce mot « je suis chrétien », deux fois répété, égale les plus beaux mots d'Horace. Corneille, qui se connaissait si bien en sublime, a senti que ï'amour pour la religion pouvait s'élever au dernier degré d'enthousiasine, puisque le chrétien aime Dieu comme la souveraine beauté, et le ciel comme sa patrie. » (Chateaubriand.) C'était d'ailleurs la déclaration uniforme des ; chrétiens et leur unique réponse à toutes les questions. M. Léblant le prouve par de nombreux documents dans sou Mémoire sur la préparation au martyre.
170 POLYEUCTE Soldats, exécutez l'ordre que j'ai donné,
PAULINE
•Où le conduisez-vous?
FÉLIX
A la mort.
A la gloire.
Chère Pauline, adieu ; conservez ma mémoire. 1680
PAULINE
Je te suivrai partout, et mourrai si tu meurs.
Ne suivez point mes pas, ou quittez vos erreurs.^
FELIX
Qu'on l'ôte de mes yeux, et que l'on m'obéisse. Puisqu'il aime à périr, je consens qu'il périsse.