ACTE V, SCÈNE IV i
M'étant fait cet effort, j'ai fait ma sûreté.
Mais n'es-tu pas surpris de cette dureté? 169('
Vois-tu comme le sien des cœurs impénétrables,
Ou des impiétés à ce point exécrables?
Du moins j'ai satisfait mon esprit affligé :^ >
Pour amollir son cœur je n'ai rien négligé";
J'ai feint même à tes yeux des lâchetés extrêmes ; 1695
Et certes, sans l'horreur de ses derniers blasphèmes,
Qui m'ont rempli soudain de colère et d'effroi,
J'aurais eu de la peine à triompher de moi.
ALBIN
Vous maudirez peut-être un jour cette victoire,
Qui tient je ne sais quoi d'une action trop noire, 1700
Indigne de Félix, indigne d'un Romain,
Répandant votre sang par votre propre main.
FÉLIX
Ainsi Font autrefois versé Brute et Manlie ;
Mais leur gloire en a crû, loin d'en être affaiblie;
Et quand nos vieux héros avaient de mauvais sang, 1705
Us eussent, pour' le perdre, ouvert leur propre flanc.
1689. Sur la locution se faire un effort, voyez la note du v. 1354. J'ai fait ma fûreté, je me suis assuré contre tout péril.
Un front encor marqué des fers qu'il a portés
A droit de me charmer, s il fait vos sûretés. {Othon, 1232.)
1691. Des cœurs impénétrables ; la. même locution se retrouve dans Othqn{ASS) et Pulchérie (832). Aimé Martin se trompe quand il prétend que le mot impénétrable a ét^ inventé par Corneille. — Impénétrable n'est pas le mot propre; il signifie caché, dissimulé, qu'on ne peut découvrir, qu'on ne peut pénétrer, et ne peut jamais être mis à la place d inflexible. » (Voltaire.) — En effet le mot n'est pas employé ici dans sa signification la plus habituelle; mais celle que lui attribue Corneille est tout à fait conforme à son origine, et il est d'ailleurs à remarquer qu'il lui a toujours donné un sens analogue à celui que Voltaire a blâmé. » (M. Marty-Laveaux.)
1694. Amollir, adoucir, fléchir; ce verbe est presque toujours pris aujourd'hui en mauvaise part.
1700. Je ne sais guoi; Corneille aime cette expression, qui revient souvent dans ses œuvres et qui rappelle le nescio qxdd des^ Latins. Le V» des Entretiens d'Ariste et d'Eugène, du P. Bouhours, est intitulé : le Je ne sçay quoy. En 1635, quand l'Académie voulut exiger de ses membres le tribut hebdomadaire î'un discours sur un sujet quelconque, l'un d'entre eux choisit pour sujet : le Je ne sais quoi.
Et c'est je ne sais quoi d'abaissement secret Où quiconque a du cœur ne consent, qu'à regret.
(Corneille, Remercîment d Mazarin.)
1703. Brute et Manlie. Ces noms la.: us francisés sont fréquents chez Corneille, qui dit, non seulement Brute {Cinna, 438, etc.) mais Cosse, Crasse, Romule. Tulle, même Cinne dans les Poésies diverses. On a déjà plusieurs fois rencontré le nom de l'empereur Décius francisé, et écrit Décie.
nOB. Viar. Jamais nos vieux liéror n'avaient de mauvais sang
Qu'ils n'eufsent, pour e perdre, ouvert leur propreflaac. (î6W-16il6
ALBIN
Votre ardeur vous séduit ; mais quoi qu'elle vous die,
Quand vous la sentirez une fois refroidie, * Quand vous verrez Pauline, et que son désespoir Par ses pleurs et ses cris saura vous émouvoir... 1740
FÉLIX
Tu me fais soiivenir qu'elle a suivi ce traître,
Et que ce désespoir qu'elle fera paraître
De mes commandements pourra troubler l'effet :
Va donc y donner ordre et voir cç qu'elle fait ;
Romps ce que ses douleurs y donneraient d'obstacle ; 1715
Tire-la, si tu peux, de ce triste spectacle ;
Tâche à la consoler. Va donc; qui te retient?
ALBIN
Il n'en est pas besoin, Seigneur, elle revient.