‹ Polyeucte; tragédie, avec une introduction, des éclaircissements et des notesChapitre 35 sur 147 · PAR CORNEILLE · texte numérisé non relu

PAR CORNEILLE

Ce martyre est rapporté par Surius sur le neuvième de janvier. Polyeucte vivait en l'année 250, sous l'empereur Décius. Il était Arménien, ami de Néarque, et gendre de Félix, qui avait la commission de l'empereur pour faire exécuter ses édits contre les chrétiens. Cet ami l'ayant résolu à se faire chrétien, il déchira ces édits qu'on publiait, arracha les idoles des mains de ceux qui les portaient sur les autels pour les adorer, les brisa contre terre, résista aux larmes de sa femme Pauline, que Félix employa auprès de lui- pour le ramener à leur culte, et perdit la vie sur Foi'dre de son beau-père, sans autre baptême que celui de son sang. Voilà ce que m'a prêté l'histoire ; le reste est de mon invention.

Pour donner plus de dignité à l'action, j'ai fait Félix gouverneur d'Arménie, et ai pratiqué un sacrifice public, afm de rendre l'occasion plus illustre et donner un prétexte à

amour avant qu'il en eût l'aveu (Te Pauline. Ceux qui veulent arrêter nos héros dans une médiocre bonté, où quelques interprètes d'Aristote bornent leur vertu, ne trouveront pas ici leur compte, puisque celle de Polyeucte va jusqu'à la sainteté, et n'a aucun mélange de faiblesse. J'en ai déjà parlé ailleurs, et, pour confirmer ce que j'en ai dit par quelques autorités, j'ajouterai ici que Minturnus, .dans son Traité du Poète ^, agite cette question, si la Passion de Jésus- Christ et les martyres des éaints doivent être exclus du théâtre, à cause qu'ils passent cette médiocre bonté, et résout en ma faveur. Le célèbre Heinsius 2, qui non seulement a traduit la

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